Modèle de sculpteur

Crocodile allongé sur un socle

Égypte > Provenance inconnue.

Époque tardive (ou Basse Époque)- Époque hellénistique (IVe – IIIe siècle avant J.-C.)

[voir chronologie].

Calcaire légèrement ocre.

H. 9,40 CM ; L. 22,3 CM ; l. 7 CM.

Co. 836

 

 

 

L’ancien n° d’inventaire, 365, correspondant à l’inventaire dressé par Boreux en 1913, est inscrit directement sur la pierre, au crayon bleu, sous la base. À proximité, un numéro bleu semble avoir été griffonné. 

Commentaire

Etat de conservation

Moyen. Le calcaire est pulvérulent avec des pertes de matière. Ainsi, les articulations des pattes antérieures ont disparu et les arêtes de la base, principalement du côté dextre, sont marquées de cassures, de manques et d’épaufrures. Des petits feuillets montrent la fragilité du matériau. Les volumes sont émoussés. Le bout de la gueule, usé, est désormais arrondi. De nombreuses griffures sous la base et quelques-unes éparses sur le crocodile sont observées. Un produit brunâtre, appliqué récemment peut-être afin de consolider l’objet, a rendu la pierre légèrement ocre.

 

Description

Modèle de sculpteur représentant un crocodile reposant sur un socle plat rectangulaire d’1,4 cm de hauteur. Il est figuré allongé sur le ventre, ses quatre pattes étant pliées. Le souhait du sculpteur étant de montrer un animal attentif, à l’affût, les quatre pattes sont immobilisées suivant un même axe et non en position de marche. Sa gueule est en avant et fermée et sa queue est légèrement courbée vers la droite à son extrémité. Le socle est abîmé du côté droit entre les deux pattes, sur quelques centimètres après la patte arrière ainsi que dans le coin arrière droit.

 

La carapace d’écailles osseuses (ou scutelles) est gravée en relief sur le dessus du reptile. Les écailles sont figurées en relie Les yeux, les narines, la mâchoire pourvue de dents ainsi que les cinq griffes des pattes antérieures et les quatre griffes de pattes postérieures sont quand à eux légèrement incisés dans le calcaire. On observe à divers endroits la présence de taches marronâtres à divers endroits, en particulier au-dessus de la gueule.

 

Sous la gueule, une fine partie du bloc est conservée. Elle a été volontairement réservée afin d’éviter que le volume en saillie ne se casse. Une ligne bleue foncée / noire a été tracée en son milieu. À l’avant du socle lui-même, sur sa hauteur, des incisions qui correspondent à un carroyage d’environ 1 cm sont visibles, tout comme un repère gravé à l’arrière de l’épaisseur de la base.

 

Œuvres associées

Pour une œuvre de plus grandes dimensions reprenant la même iconographie et conservée dans les collections du musée Rodin, voir Co. 3179. Elle se distingue toutefois de Co. 836 par l’aspect plus trapu du crocodile, l’absence de « pont » sous la gueule et le fait  que les écailles soient représentées par de simples incisions mais en plus grand nombre.

 

Dans la catégorie des modèles de sculpteur représentant des animaux, ceux que l’on retrouve le plus fréquemment sont les taureaux, béliers, lions et faucons les crocodiles ne représentent donc qu’une minorité, au même titre que les canards, les vautours, ibis et babouins (TOMOUM  2005, p. 85-86). Le contexte de découverte de ces objets étant rarement connu, il est donc difficile de savoir s’il ne faut y voir que de simples exercices pour des apprentis sculpteurs ou, en raison de l’échelle conséquente de la représentation,  si ils pouvaient également être utilisés comme ex-votos pour les divinités égyptiennes s’inspirant largement du bestiaire égyptien.

 

Le parallèle le plus probant pour Co. 836 est constitué par un lot de deux crocodiles en calcaire qui fut dernièrement en vente chez Bonhams le 3 avril 2014 (https://www.bonhams.com/auctions/21926/lot/183/). On notera cependant que leurs dimensions sont plus réduites (environ 12 cm de long chacun) et leur aspect plus sommaire : le détail des écailles n’est pas apparent et le « pont » sous la gueule est plus massif.

 

En dehors de ces deux exemplaires désormais conservés dans une collection privée, la majorité des modèles de sculpteur représentant des crocodiles s’avère être en relief plutôt qu’en ronde-bosse. Il s’agit bien souvent de plaques représentant la partie supérieure d’un crocodile qui peut être doté d’un corps humain (New York, Metropolitan Museum, inv. n°21.6.25 : http://www.metmuseum.org/collection/the-collection-online/search/551558?rpp=30&pg=1&ft=sculptor%27s+model+egypt&pos=30) ou de celui d’un reptile (Washington, Freer and Sackler Gallery, inv. n°1908.58 : http://www.asia.si.edu/collections/edan/object.cfm?q=fsg_F1908.58 ; Cambridge, Fitzwilliam Museum , E.GA.4545.1943 : http://webapps.fitzmuseum.cam.ac.uk/explorer/index.php?qu=E.GA.4545.1943%20%20&oid=58996 ; Hildeshein, Roemer und Pelizaeus Museum, inv. n°5270 : http://www.globalegyptianmuseum.org/record.aspx?id=11367, Caire CG 33490 : EDGAR 1906, p. 83, pl. 63 ; TOMOUM 2006, p. 241, pl. 82c, n° 166).

 

On ne peut manquer d’associer les représentations de crocodiles en ronde-bosse ou en relief au dieu-crocodile Sobek (sur ce dieu, voir CORTEGGIANI 2007, p. 508-510). Le culte de cette divinité est bien attesté dans les régions du Fayoum et de la Thébaïde, en particulier aux époques gréco-romaines, et notamment par l’existence de deux villes principales appelées Crocodilopolis.

 

L’espèce de crocodiles présente en Égypte est appelée Crocodilus Niloticus et ce reptile peut être tantôt adoré ou tantôt révéré. Il symbolise tant le Nil, sur les rives duquel il pullulait, que le pays tout entier, puisque le hiéroglyphe servant à désigner sa queue (kem) est également employé pour qualifier l’Égypte en tant que telle (kémet) (YOYOTTE, VERNUS 2005, p. 209-240).

 

Inscription

Anépigraphe.

Historique

Acquis par Rodin entre 1893 et 1913.

Boreux 1913 : Meudon/atelier Tweed/vitrine 9, 365, Crocodile en calcaire sur base rectangulaire. Long. 22 1/2. Estimé 150 francs.

Donation Rodin à l'État français 1916.

Commentaire historique

Le modèle était exposé à Meudon en 1913, dans une vitrine de l'atelier Tweed à Meudon.

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