Reliquaire

Horus sous sa forme de faucon

ÉGYPTE > PROVENANCE INCONNUE

ÉPOQUE TARDIVE > XXVI– XXXIdynastie > 656 - 323 AVANT J.-C.

[VOIR CHRONOLOGIE]

BRONZE (ALLIAGE CUIVREUX)

H. : 14 cm ; L. : 5,5 cm ; Pr. : 18 cm 

Co. 793

Commentaire

Etat de conservation

L’œuvre présente un bon état de conservation.

Bien que le métal soit oxydé et ait pris des teintes vert-de-gris et rouille, les nombreux détails et décorations de ce reliquaire sont encore bien visibles. Originellement occupé par la momie d’un faucon, l'objet est aujourd’hui comblé de plâtre blanc. La plaque qui scellait le réceptacle est en grande partie détruite. La partie restante de la face inférieure est très corrodée et fissurée. On note quelques traces d’impacts et de perte de matière sur toutes les faces du reliquaire. Le coin supérieur gauche est écrasé, de même que la tige enroulée de la couronne. Il est probable que l’œuvre se soit déformée lors d’une chute vers l’avant, mais ces éléments s’étant patinés d’une manière similaire au reste de l’objet, il est aussi probable que la chute se soit produite à une époque antique. 

Description

L’œuvre Co. 793 est un reliquaire, originellement conçu pour abriter une momie de faucon, comme en témoigne la figuration de l’animal sur le coffre. La statuette de faucon, la base et le réceptacle creux sont tous solidaires les uns des autres et ont été moulés en une seule opération. 

 

De nombreux exemples de ce type d’objet sont connus dans les diverses collections muséales, notamment au British Museum (EA68869, EA67196). Ceux-ci étaient produits en série afin d’accueillir des momies animales offertes en ex-voto. Sur l'objet Co. 793, le faucon, en tant que symbole d’Horus, dieu monarchique, est coiffé de la double couronne de Haute et Basse-Égypte, le pschent. Une tige enroulée complète la couronne rouge, écrasée vers l’avant suite à une chute de l’objet. Comme sur les deux objets du British Museum, le faucon se tient sur une base dépourvue de décoration, au centre du réceptacle, lui-même non-orné à l’exception d’un fin tore sous le couvercle en ressaut et formant une légère corniche, et d’un rebord le long de la base. Seules deux lignes de texte incisées animent la face avant. 

 

L’anatomie du faucon est assez fidèlement rendue, bien que les pattes soient un peu hautes et épaisses. Les détails sont abondants : l’ouverture du petit bec crochu est bien visible, un sillon incisé en arc de cercle délimite la région parotique (pour le vocabulaire de l’anatomie des oiseaux, voir http://www.cosmovisions.com/oiseauxAnatomie.htm) et les sourcils sont striés de petites lignes verticales. Le plumage de la nuque et de la partie haute des ailes sont rendus de manière identique, par de petites plumes en forme de gouttes ; à partir du milieu du dos, les plumes se font longues et fines. La séparation entre l’aile droite et l’aile gauche est sensible dans le modelé, mais n’est pas rendue dans la décoration incisée car les plumes couvrant toute la surface uniformément. Ce même type de décor se retrouve sur d’autres statues de faucons en bronze contemporaines, au Metropolitan Museum of Art de New York (25.2.11, 30.8.233) ou au Penn Museum de Philadelphie (E14287). Les pennes des ailes se croisent sur la queue, dont le traitement est en revanche différent. En effet, elle est constituée de six larges plumes, dont les rachis entourés des barbes sont clairement dessinés. Le ventre de l’oiseau et le haut des pattes sont dénués de décoration, tandis que la peau est rendue par des stries horizontales sur la face avant et traduite par un quadrillage sur la face arrière des pattes. Les serres, acérées, sont clairement figurées.

 

Le faucon est l’animal sacré du dieu Horus, lui-même représenté hiéracocéphale sur la plupart des reliefs où il apparaît. Il prête également son apparence à Montou, dieu guerrier de la région thébaine, à Rê, le dieu solaire, à Sokar, faucon momifié associé à Osiris, ainsi qu’à d’autres divinités moins connues encore, comme les dieux Harmakhis ou le dieu Houroun, d’origine cananéenne. Ici cependant, il ne fait que peu de doute que c’est le dieu Horus qui est associé à ce faucon sacré, dans la mesure où c’est ce dieu monarchique par excellence qui est le plus fréquemment représenté coiffé de la double couronne. Dans la théologie égyptienne, le dieu Horus a deux persona différentes : un des dieux les plus anciens du panthéon égyptien, « Horus l’Ancien » est le prototype du souverain auquel il s’assimile souvent, car il règne sur l’Egypte après avoir défait son rival Seth. C’est seulement vers la fin de l’Ancien Empire, avec la montée en popularité du mythe osirien, qu’il s’assimile à un « Horus le jeune », fils d’Isis et d’Osiris, cherchant à venger ce dernier, assassiné par son frère Seth par jalousie. Plus tard encore, surtout à partir de la fin du Nouvel Empire, l’accent est particulièrement mis sur l’enfance d’Horus, élevé en cachette dans les marais de Chemnis par sa mère Isis pour le protéger de Seth. Les épisodes mythologiques mettant en scène Horus enfant, aussi appelé Harpocrate, lui prêtent des pouvoirs de guérison envers diverses maladies, piqûres et morsures d’animaux dangereux : il devient donc particulièrement important dans les pratiques médicales et magiques, comme en témoignent notamment les nombreux exemples de stèles dites « d’Horus-sur-les-crocodiles » (ainsi celle du Louvre E10777) qui devaient infuser de propriétés curatives l’eau ayant coulé sur leurs inscriptions magiques. 

 

Les reliquaires comme celui-ci, renfermant des faucons, mais aussi d'autres animaux (ibis, chats, crocodiles, babouins, serpents, etc.), sont très bien connus. Ils comprennent deux types d’animaux, qu’Alain Charron (2002, p. 176) a proposé de distinguer en « uniques » et « multiples ». Les uniques regroupent des animaux individualisés, nommés et bénéficiant d’un culte en propre, choisis à raison d’un exemplaire sacralisé parmi l’ensemble de ses congénères – comme les taureaux Mnévis et Apis. Dans le cas de l’œuvre Co. 793, il s’agit au contraire du reliquaire d’un « multiple » : ces animaux-ci n’étaient pas sacralisés de leur vivant, ni choisis parmi d’autres, mais servaient d'hypostases du dieu associé à cet animal. C’est donc par les rites de leur momification et les formules récitées à cette occasion que leur caractère sacré leur était conféré. Ils devenaient alors un ba de la divinité, acquérant un rôle de médiateur, et étaient offerts en ex-voto ou offrandes auprès de ce même dieu. Avec la formidable montée en popularité de telles pratiques à la Basse Époque, les demandes devenaient si nombreuses que les bêtes étaient alors élevées dans le seul but de servir à leur mort d’objets de dévotion, provoquant la naissance d’une véritable industrie de la mise à mort animale. L'engouement était tel que certains reliquaires ne contenaient plus une momie complète, mais seulement une partie de celle-ci, voire un paquetage imitant la forme de l’animal ou bourré avec les ossements de plusieurs animaux différents. 

 

Il serait tentant de proposer comme provenance d’origine de ce reliquaire le site de Saqqara, ou la ville de Bouto (où Horus était particulièrement vénéré), d’où proviennent respectivement les deux parallèles conservés au British Museum.

Œuvres associées

Les oeuvres Co. 3035 et Co. 801 du musée Rodin représentent des statuettes de faucon ; seule la première possède encore ses pattes, mais la seconde, qui présente un décor de plumes incisé, est de meilleure facture. Ces deux statuettes ne sont pas nécessairement liées à un reliquaire comme le Co. 793. Les collections du musée Rodin conservent en revanche plusieurs reliquaires complets sous les espèces des Co. 2403Co. 2406Co. 2435Co. 2436Co. 5643 et Co. 5786. En revanche, Co. 793 est le seul reliquaire complet d’un faucon. 

Inscription

Il y a deux lignes de texte sur la face avant du reliquaire. Il est incisé. 

Historique

Acquis par Rodin entre 1893 et 1913.
 
BOREUX 1913 : 369. Faucon debout sur une base en forme creuse ayant servi de sarcophage. Il est coiffé du pschent. Haut 15 cent. Dimensions de la base 17 ½ x 5 ½ x 5. 150 fcs. 
 
Donation à l’État français en 1916.
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