Masque de cercueil féminin

Égypte > provenance inconnue

Probablement Troisième Période intermédiaire > 1069-664 avant J.-C. 

[VOIR CHRONOLOGIE]

Bois polychromé

H. 30 cm ; L. 16 cm ; Pr. 10, 3 cm 

Co. 3394

 

Commentaire

Etat de conservation

 

L'objet est en assez mauvais état de conservation. Le bois, la toile et la polychromie sont altérés et portent notamment les stigmates d’une ancienne attaque d’insectes xylophages -plusieurs trous d’envol sont visibles, en particulier sur les côtés où le bois est dénudé-, ainsi que la trace de nombreuses moisissures blanches aujourd’hui stabilisées, spécialement sur les zones enduites de colle de peau. La toile de marouflage se détache en plusieurs points de son support et s’effiloche en bordure, tandis que les différentes couches picturales s’écaillent par endroits, laissant apparaître la toile, notamment sous l’œil droit, sur toute la joue gauche et sur le nez. La sous-couche préparatoire de couleur crème, visible sur le nez et le menton par exemple, est particulièrement pulvérulente.

Description

Ce visage provient d’un masque funéraire de femme, initialement intégré à la partie supérieure d’un sarcophage. La tête de la défunte est cernée d’une coiffe dite en « dépouille de vautour » dont il ne reste que la partie antérieure, surplombant son front, et le départ des ailes. Originellement attribut des reines, mères et épouses de rois, ou bien des déesses (VERNUS YOYOTTE 2005, p. 422: «vautour»), le port de cette coiffe très spécifique, en forme de vautour femelle, s’est progressivement stylisé et étendu aux sarcophages féminins. 

 

Malgré un état de conservation passable, les couleurs d’origine sont remarquablement préservées: la carnation et le plumage de la dépouille du vautour sont ocre ; la perruque, le fond du bandeau, les plumes du vautour, les sourcils et les yeux sont noirs ; le bandeau et la chevelure qui apparaît dessous sont actuellement bleus ; les contours de la coiffure sont ocre rouge. La tonalité claire du visage de la femme correspond au canon égyptien habituel, suivant lequel les carnations féminines sont plus pâles que celles des hommes.

 

L’objet est composite: à la pièce principale, que forment le visage et une partie de la coiffure, est assemblé un fragment de planche, maintenu par des chevilles en bois. Ce fragment a été arraché à une structure plus complexe d’ais assemblés. Deux morceaux de bois isolés sans numéro d’inventaire propre ont été associés au masque, mais ils n’en proviennent pas directement ; le plus gros est même moderne.

 

Les grands yeux soulignés d’un lourd trait de fard, les sourcils épais et courbés, le visage ovale et la carnation jaune doré sont caractéristiques de la production de sarcophages de la Troisième Période Intermédiaire. Le cartonnage de dame Meresamun, musicienne du culte d’Amon, conservé à l’Ashmolean Museum d’Oxford (Inv. N° 1960.1288), qui date de cette même période, et plus spécifiquement de la XXIIIème (818-715 av. J.-C.) ou XXIVème dynastie (727-664 av. J.-C.), est stylistiquement très proche du Co. 3394. Si la carnation est plus foncée -ocre rouge, ce qui ne se conforme pas au canon de représentation des corps féminins-, il arbore les mêmes traits: sourcils épais, grands yeux cernés de noir, nez aquilin, visage ovale. La coiffure se prête également à la comparaison: le bandeau orné d’écailles cerne une dépouille de vautour, figurée par des points noirs sur un fond ocre jaune.

 

Une coiffure et un visage similaires se retrouvent sur les cercueils externes de la dame Taânetenmes, fille d’un prophète d’Amon de la même période (Musées Royaux d’Art et d’Histoire de Bruxelles, Inv. N° E.5890 a-c, in DELVAUX THERASSE 2015, p. 114-119, fig. 30), même si la chevelure et le bandeau sont plus complexes. Ce cercueil, comme celui de Meresamun conservé à Oxford, a comme provenance attestée le site des nécropoles de Thèbes-ouest. On peut conjecturer que ce serait peut-être le cas de Co. 3394, même si sa provenance demeure inconnue.

 

Le cartonnage de dame Meresamun et les cercueils de la dame Taânetenmes étant complets, ils permettent de comprendre globalement le cercueil d’origine auquel appartient le fragment du musée Rodin. Dame de la haute société, on peut supposer que la défunte anonyme du masque Co. 3394 était coiffée d’une délicate perruque tripartite dont les mèches retombaient jusqu'à la poitrine, elle-même recouverte d'une multitude de colliers polychromes. Le reste du corps était sans doute représenté enveloppé dans un linceul, et peint de diverses divinités protectrices.

Inscription

Anépigraphe. 

< Retour à la collection