Applique de mobilier : satyre tenant un pedum ?

Égypte > provenance inconnue

IIIe - IVe siècle ap. J.-C. ?

[VOIR CHRONOLOGIE]

H. 8,85 cm ; l. 4,5 cm ; P. max 1,25cm.

Os, tibia de bœuf.

Co. 2262 - Co 2313

Commentaire

Etat de conservation

Les cassures de la pièce en partie supérieure et sur le côté dextre ont entraîné la disparition de la tête du personnage ainsi que de son bras droit. De petits éclats affectent la bordure inférieure et l’extrémité du pied gauche. La pièce a fait l’objet d’un recollage qui a nécessité l’ajout de comblements permettant l’assemblage des quatre fragments qui étaient disjoints. La cassure verticale qui scindait en deux la figure du satyre a engendré une lacune sur la jambe droite, et une autre au niveau de la bordure inférieure. L’ensemble des cassures a favorisé l’apparition d’un réseau de fissures verticales et obliques présentes dans toute l’épaisseur de l’os. On note également des traces de délitement et de desquamation, notamment sur le bras gauche. Quelques petites taches de couleur ocre brun sont discernables sur les faces externe et interne.

Description

Tandis qu’il avance promptement vers la droite, le satyre amorce un mouvement dans le sens contraire. Le croisement des jambes, conjugué à une légère torsion du buste, suggère un regard porté vers l’arrière. Cette hypothèse, renforcée par l’arc-boutement du haut du tronc, ne peut être totalement validée en raison de la cassure du cou. Malgré tout, la plupart des satyres animant les éléments de mobilier en os adoptent une attitude tournoyante similaire. Cette posture transcrit le mouvement frénétique du corps des faunes dansant au son des tympanons, cymbales ou crotales, agités par les ménades. Elle implique également une communication entre les participants au thiase dionysiaque sculptés sur différentes appliques.

 

Bien que le satyre soit aujourd’hui amputé de son bras droit, on peut supposer que ce dernier était relevé, éventuellement pour maintenir une corbeille ou une outre de vin (voir les appliques Co. 2055, Co. 2063, Co. 2068, Co. 2101, Co. 2145 du musée Rodin). Il pouvait aussi décrire un arc-de-cercle au-dessus de la tête, à l’instar de l’applique inv. 18914 du musée Benaki (Marangou 1976, n° 38 p. 93, pl. 12c), sur laquelle le satyre fait sienne, par mimétisme, la pose nonchalante de Dionysos Lycien. Le bras gauche, disposé le long du corps, retient un attribut dont l’extrémité touche le sol. Il faut sans doute y reconnaître un pedum, quoique que le manche soit particulièrement large et l’extrémité recourbée difficilement identifiable. On peut citer à cet égard deux reliefs en os sculptés d’une figure de satyre tenant un pedum dont le sommet en crochet est pointé vers le bas : l’applique inv. 71.57 du Walters Art Museum de Baltimore (Randall 1985, n° 128, p. 86-87), et un élément fragmentaire appartenant au décor du coffret découvert dans le tombeau du légat Namosas à Haïfa (Musée du Louvre, département des Antiquités orientales, AO 3087 A).

 

La nudité du personnage contraste avec la pardalide qui retombe le long de ses jambes. Ponctuée de petites perforations circulaires, elle présente des extrémités effilées ondulantes, voltigeant au rythme de la danse du satyre. La confrontation avec le fragment d’applique Co. 2097 est éloquente sur le plan strictement iconographique : posture identique et présence d'une peau de léopard aux pans flottant le long des jambes. Le traitement stylistique s’avère néanmoins assez divergent. Aux jambes étirées et fuselées du satyre du relief Co. 2097 s’opposent celles aux cuisses courtes et à la musculature accentuée de notre figure. En outre, le fait que les talons ne prennent pas appui sur la ligne de sol, matérialisée ici par trois rainures, procure davantage de dynamisme à la silhouette qui nous intéresse.

 

Il émane de la physionomie de cet acolyte de Dionysos une impression de vigueur et de solidité. Celle-ci découle des muscles marqués qui structurent fermement le torse et accompagnent le mouvement des jambes. La tension de la musculature est particulièrement sensible dans le rendu des mollets, mis en valeur par une incision. Le buste, vu de trois-quarts, s’accorde par sa taille au canon légèrement trapu du personnage. Plus large que sur de nombreuses appliques, il est structuré par des détails anatomiques indiqués avec précision. Les pectoraux de forme elliptique, aux mamelons notés par deux petits cercles, forment une légère saillie surplombant l’abdomen, occupé en son centre par un profond nombril. La linea alba court du sternum jusqu’à l’ombilic sous la forme d’une ligne droite incisée. A travers les petites ondulations qui animent le flanc gauche, le modelé de l’abdomen révèle une compréhension subtile de l’anatomie masculine.

 

Alors que les organes génitaux sont évoqués de façon discrète, et que la main gauche semble sculptée rapidement, le travail du torse a fait l’objet d’une véritable attention. Les proportions du satyre, son attitude, ainsi que la notation scrupuleuse de certains détails anatomiques, sont autant de caractéristiques qui nous invitent à rapprocher notre pièce de l’applique Co. 2093 du musée Rodin. Cette applique également cassée en partie supérieure ne devait pas dépasser originellement 12 cm, à l’image de la nôtre. Elle témoigne, de surcroît, d’une même insistance sur la musculature, en l’exacerbant encore davantage. Elle offre cependant une traduction moins heureuse des masses musculaires, la silhouette affichant une plus grande rigidité.

 

C’est avec l’applique inv. KK 991 du Suermondt Ludwig Museum d’Aix-la-Chapelle que l’élément de placage entretient le plus de parentés (Sporn 2005, n° 373 p. 248). Si l’iconographie diffère un peu en ce qui concerne les attributs, puisque le satyre tient ici dans sa main gauche une lourde grappe de raisin, l’attitude dansante du personnage est particulièrement proche de ce qu’on peut observer sur la pièce du musée Rodin qui nous préoccupe. Progressant du même pas leste, le satyre propose une silhouette aux similitudes frappantes : plasticité du corps aux proportions relativement courtes, ligne sinueuse du flanc gauche suivant l’articulation des masses musculaires, notation méticuleuse des détails anatomiques. Les mamelons sont en effet décrits à l’aide de petites incisions de forme circulaire, et le nombril soigneusement creusé à l’aide d’une très fin trépan-vrille. Cette manière d’indiquer les mamelons se retrouve d’ailleurs sur deux pièces du musée Benaki, sculptées de satyres à la posture analogue au nôtre (inv. 12757 et inv. 18914 : Marangou 1976, n° 37-38 p. 93, pl. 12b-c).

D’une taille proche, l’applique du musée du Caire n° 7093, mise au jour à Oxyrhynchos, en dépôt au musée de Port-Saïd, constitue une variante intéressante de notre pièce (Strzygowski 1904, n° 7093 p. 185, fig. 241). Le compagnon de Dionysos qu’elle supporte, par son allure générale et son buste tournoyant, rappelle la silhouette du musée Rodin ; la forte stylisation des volumes et la sécheresse dans le rendu anatomique l’en éloignent cependant.

 

Notre applique semble appartenir à une série de reliefs avoisinant les 10-12 cm de haut. Le sens du modelé et du mouvement qu’elle partage avec l’exemplaire aixois, ainsi que le soin accordé à la transcription des détails anatomiques, participent à en faire une œuvre de qualité. Le rapprochement avec la pièce inv. 18914 du musée Benaki, assignée à l’époque sévérienne (193-235 ap. J.-C.) par L. Marangou, et celle d’Aix-la-Chapelle précédemment citée, datée du IIIe-Ve siècle, nous incite à placer la réalisation de cette pièce au cours des IIIe et IVe siècles.

 

Comparaisons :

-Aachen, Suermondt Ludwig Museum, inv. KK 991 (iconographie et style).

-Athènes, musée Benaki, inv. 18914 (position et détails anatomiques).

-Paris, musée Rodin, Co. 2093 (position et buste), Co. 2097 (posture et pardalide).

-Port-Saïd, musée national, anciennement au musée du Caire, n° 7093 (iconographie).

 

Inscription

Anépigraphe.

Historique

Acquis par A. Rodin entre 1893 et 1917. Donation A. Rodin à l’État français en 1916.

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