Applique de mobilier

Dionysos Lykeios

Égypte > provenance inconnue

Seconde moitié du IIIe siècle – début du IVe siècle ap. J.-C. ?

[VOIR CHRONOLOGIE]

H. 10,6 cm ; L. 4,63 cm ; P. 2,1 cm

Os, humérus gauche, face médiale

Co. 2240

Commentaire

Etat de conservation

La partie inférieure de l’applique est brisée, ce qui a pour effet la perte d’une grande partie du bras gauche et des jambes de Dionysos. De petites taches ocre-brun sont observables sur la face principale (bras droit et épaule gauche), ainsi qu’au dos de la pièce. Le chant sommital de l’applique conserve des traces de rouge.

Description

L’ivresse dans laquelle se trouve plongé Dionysos le conduit à adopter une attitude indolente : son bras droit dressé, avec la main ramenée au-dessus de la tête, accompagne un balancement de la ligne des épaules et du bassin. Au hanchement assez prononcé, répond cependant une faible inclinaison de la ligne des épaules. Cette pondération permet de restituer une jambe droite en appui et une jambe gauche fléchie ou croisée. Le déséquilibre de la figure rendait l’appui nécessaire du corps sur un pilastre ou une colonnette, éléments présents autrefois dans la partie inférieure senestre de l’applique. Seul le départ du bras gauche qui s’y accoudait est encore visible.

 

La longue chevelure féminine et le corps modelé avec délicatesse sont des caractéristiques de l’image du dieu du vin et de la fête dès le IVe siècle avant J.-C.. Son état de langueur invite à mettre l’accent sur le dessin sinueux du corps. Outre l’introduction d’un support palliant l’instabilité de la pose, le visage imberbe associé à un corps nu d’adolescent situe ce relief en os dans la dépendance des types praxitéliens fleurissant à partir de la seconde moitié du IVe siècle av. J.-C.. Quant au bras ceignant la tête, il rappelle étroitement la posture adoptée par l’Apollon Lykeios, statue en bronze fondue pour le Lycée d’Athènes, célèbre gymnase ainsi dénommé en raison de sa proximité avec le temple élevé à Apollon Lykeios. Cette sculpture décrite par Lucien de Samosate au IIe siècle ap. J.-C. (Anacharsis, ou les Gymnases, 7), sans que l’auteur en soit mentionné, fut attribuée sans fondement, hormis sa ressemblance avec l’Hermès d’Olympie, au XIXe siècle, au sculpteur Praxitèle (vers 395 av. J.-C. - vers 330 av. J.-C.). Connu par des monnaies d’argent athéniennes du début du Ier siècle av. J.-C., et une trentaine de répliques en marbre, bronze et ivoire, ce prototype pourrait revenir à un sculpteur contemporain ou être une création plus tardive. La paternité à Praxitèle a en effet été remise en cause au profit de l’œuvre de son contemporain Euphranor ou d’un artiste du IIe siècle av. J.-C. Le canon moins allongé, l’ouverture de la composition, l’importance de la musculature et la solidité de la tête de certaines répliques, comme la statuette en ivoire mise au jour lors des fouilles archéologiques menées sur l’Agora d’Athènes (Athènes, musée de l’Ancienne Agora, BI 236), ne correspondent pas à ce qu’on connaît de l’art de Praxitèle appliqué au nu masculin éphébique (cf. Pasquier & Martinez 2007, p. 55, p. 308-309, n° 86 p. 338-339)

 

Au sein du corpus d’appliques du musée Rodin dédiées à Dionysos, ce relief se distingue par des volumes bien dégagés, et une facture soignée allant de pair avec une attention portée aux détails. Malgré un bassin très large, contrastant avec les pièces Co. 2071 ou Co. 2232, les proportions du corps semblent plus harmonieuses que sur beaucoup d’autres éléments de placage consacrés à la même divinité. Les contours des membres sont cernés d’une ligne incisée destinée à accuser le relief. À hauteur des pectoraux, signalés par une légère saillie au-dessus de l’abdomen, le corps est légèrement tourné vers la droite. Les muscles du torse sont séparés par la ligne fortement incisée du sternum. Celle-ci court verticalement à partir des arcs qui matérialisent les clavicules, tout en enserrant le cou. Sous le sternum, descend jusqu’au nombril la linea alba, évoquée par une gravure pratiquée à la surface de l’os. Si les mamelons sont suggérés par de petites incisions courbes, le nombril a été plus profondément perforé à l’aide d’un fin burin que l’artisan a utilisé en décrivant un mouvement circulaire, comme le suggèrent les stigmates conservés sur le pourtour de l’enfoncement.

 

Le visage, tourné de trois-quarts vers la gauche est porté par un cou assez haut et plutôt épais, tandis qu’il est mis en valeur par le bras droit replié, qui l’encadre. Ce dernier se termine par un geste cassé du poignet et une main aux doigts particulièrement effilés, rendue avec plus de minutie que sur la plupart des autres appliques du lot. L’himation qui retombe le long du bras droit de Dionysos anime la partie dextre de l’applique d’un réseau de plis fluides profondément creusés.

 

Le nez épaté et accidenté, autour duquel sont distribués les organes du visage, est le signe d’une légère faiblesse dans la maîtrise du rendu de trois-quarts. Les yeux attestent de la même difficulté. Seul celui de gauche est véritablement précisé par un enlèvement de matière, en lieu et place du globe oculaire, pratiqué entre deux paupières en relief. Une bouche aux lèvres charnues et ourlées, aux commissures recreusées, surmonte un menton rond. S’agissant de la chevelure, l’artisan a fait preuve dans son traitement d’un soin tout particulier. La tête est cerclée par une mitra ornée de corymbes, visible au sommet du front. On notera que les fruits du lierre agrémentant la bandelette ne sont identifiables que sur une autre applique de la collection Rodin (Co. 2120). Cette bandelette retient les cheveux dont quelques mèches enroulées sur les tempes doivent se rejoindre en un chignon sur la nuque, et d’autres ondulées, se déploient de façon naturelle sur les épaules. Sculptées en relief de part et d’autre du visage, les boucles prennent à leur extrémité la forme de délicates lignes ondoyantes gravées entourant le cou.

 

Notre applique offre une étroite parenté, tout autant sur le plus stylistique qu’iconographique, avec une pièce légèrement plus large et moins lacunaire, découverte lors des fouilles entreprises par la mission polonaise dans le secteur de Kôm el-Dikka à Alexandrie (R 1728/72, cf. Rodziewizc 1978, p. 323-324, n° 3 ; Rodziewizc 2016, n° 51 p. 59). Bien que la courbure du torse et l’inclinaison de la tête soient plus prononcées que sur notre œuvre, ce relief en os propose une chevelure presque identique, retenue sur le dessus du front par une mitra garnie de deux renflements évoquant les grappes de lierre. Excepté la coiffure, d’autres ressemblances méritent d’être pointées : la main à l’index fléchi et aux doigts écartés, les pectoraux en légère saillie par rapport à la cage thoracique, aux mamelons ovales rendus par de petites incisions, l’indication de la structure osseuse par des lignes également incisées (clavicules et sternum) et l’agencement des plis de l’himation. Par contre, le traitement des yeux, en relief ici, alors qu’ils sont perforés sur la pièce du musée Rodin, s’avère différent.

 

La mise au jour de cet os sculpté sur le monticule est du sondage pratiqué dans la partie orientale de Kôm el-Dikka apporte un indice de datation, même si celui-ci doit être considéré avec prudence en raison de la pertubation des niveaux stratigraphiques de ce secteur. D’une qualité sculpturale indéniable, cette pièce voisinait avec une figurine en stuc de Zeus-Sarapis, une base en pierre d’une figurine votive ainsi qu’une statuette en bronze d’un athlète, toutes assignables au IIIe siècle d’après E. Rodziewizc (op. cit.). En outre, de la céramique africaine du IVe siècle a été retrouvée en abondance à proximité. Ces indices laissent envisager une réalisation de l’applique dans la seconde moitié du IIIe siècle ou au début du IVe siècle avant qu’elle ne soit abandonnée à la fin du IVe siècle.

 

Deux autres appliques, sans provenance, méritent d’être associées à celle du musée Rodin. Certains détails comme la forme du visage, la chevelure, ou l’indication des pectoraux renvoient de toute évidence à un modèle commun malgré un travail moins méticuleux. La première, appartient aux collections du département des Antiquités égyptiennes du musée du Louvre (AF 6571, cf. Quoniam 1970, n° 244 p. 187 ; Marangou 1976, p. 90). La même traduction moins appliquée se retrouve sur la seconde, mise en vente en ligne par une galerie américaine (Artemis Gallery, Louisville, Ancient, Ethnographic & Religious Art, 7 janvier 2016, lot 25). Cette dernière applique s’avère la plus complète de la série même si elle offre un aspect de surface rugueux ou altéré. Accompagné de la panthère, Dionysos, au buste plus raide, est accoudé à une colonnette torse.

 

Le rapprochement effectué par L. Marangou entre l’applique du Louvre et une pièce du musée Benaki (18899, Marangou 1976, p. 75, 78, n° 17 p. 90, Pl. 8a) ne paraît pas totalement pertinent. Si la robustesse du corps, et plus encore, la façon analogue dont l’artisan a traité la coiffure sont proches, l’applique du musée Benaki s’écarte de celle du musée Rodin et des trois œuvres comparables citées ci-dessus, par le mouvement inverse de la tête, et l’apparence du visage aux yeux globuleux.

 

Marquage

2 marqué en rouge en partie supérieure de la surface interne du bord dextre.

 

Comparaisons :

-Alexandrie, fouilles de Kom el-Dikka, R 1728/72.

-Musée du Louvre, DAE, AF 6571.

-Vente en ligne, Artemis Gallery, Louisville, (Californie), Ancient, Ethnographic & Religious Art, 7 janvier 2016, lot 25.

Inscription

Anépigraphe.

Historique

Acquis par A. Rodin entre 1893 et 1917. Donation A. Rodin à l’État français en 1916.

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