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Satyre portant une outre de vin

Applique de mobilier 

Égypte > provenance inconnue

IIIe-IVe siècle ap. J.-C. ?

[VOIR CHRONOLOGIE]

H. 9,5 cm ; l. 3,15 cm ; P. 1,58 cm (P. d’origine : 2,7 cm)

Os, humérus droit de bœuf, face latérale

Co. 2058

Commentaire

Etat de conservation

Une cassure, qui a suivi la ligne de profil du visage ainsi que les contours du buste, des hanches et des cuisses, a entraîné la disparition de la partie dextre de l’applique. Les jambes sont brisées au niveau des genoux. Des éclats sont observables dans l’angle supérieur senestre et un peu plus bas. Des traces noires d’aspect gras s’observent sur les parties les plus en saillie.

Description

Le jeune satyre à la musculature vigoureuse détourne le visage vers l’arrière tandis qu’il avance vers la gauche. De sa main gauche masquée par le drapé de la nébride ou du manteau qui retombe le long du corps, il supporte une outre gonflée de vin qui repose sur son épaule gauche. Malgré la présence de satyres askophoroi sur les sarcophages romains des IIe-IIIe siècles, il n’est pas évident de déterminer quel a pu être le modèle pour ce sujet iconographique sculpté sur les pièces de placage de mobilier en os. Deux sarcophages appartenant au courant néo-attique (130-150 ap. J-C.), l’un conservé au Palais Maffei à Vérone, et l’autre appartenant à la Ny-Carlsberg Glyptothek de Copenhague, offrent une figure de satyre assez proche (TURCAN 1966, p. 151-152, pl. 10c), tout comme le plat d’Ariane du trésor de Kaiseraugst réalisé peu avant le milieu du IVe siècle (BARATTE, PAINTER, LEYGE 1989, p. 261-262, n° 224). Sur ces trois œuvres, le jeune disciple du dieu du vin présente un visage de face ou vu sous son profil droit, mais marche d’un pas alerte vers la gauche portant une outre de vin comme le satyre de l’applique du musée Rodin. La position de ce dernier est identique à celle qu’adoptent les satyres sur les appliques Co. 2056 et Co. 2275. En outre, il constitue la contrepartie symétrique du personnage sculpté sur le fragment d’applique Co. 2055.

 

Le vif mouvement qEn raison de la forte torsion du cou, assez long, le visage offre son profil gauche. Une épaisse chevelure bouclée surmonte une oreille de faune. Cette masse capillaire trouve des comparaisons éloquentes dans la chevelure à boucles serrées des satyres des appliques Co. 2086 du musée Rodin, AF 6570 du musée du Louvre (QUONIAM, PICARD 1970, p. 186, n° 243) et 18931 du musée Benaki (MARANGOU 1976, p. 96, n° 51, pl. 14c). La bouche aux lèvres pincées est surplombée par un nez droit. L’œil gauche assez étiré, à la pupille signalée de façon très discrète, se loge sous une arcade sourcilière prononcée et un front bas.

Le vif mouvement qui anime le satyre est traduit avec une certaine justesse. L’artisan a fait preuve également d’un véritable sens du modelé dans la subtile traduction des masses musculaires étirées et les chairs lisses du personnage. Le buste allongé et étroit, vu de trois-quarts, présente un travail soigné. Des incisions matérialisant la présence des clavicules se rejoignent pour indiquer le sternum. Une fine ondulation vient aussi souligner les pectoraux tandis qu’une ligne gravée en surface suggère la ligne blanche qui descend jusqu’au nombril, creusé par un léger coup de burin. La même précision apportée aux détails anatomiques s’observe dans les parties génitales ou la rotule du genou droit.

 

La plasticité conférée au corps du satyre, ainsi que le soin accordé au visage sont les signes indéniables d’une facture de qualité, et d’un regard porté un modèle hellénistique. Ces traits invitent à considérer cette applique comme l’un des exemplaires les plus réussis du musée Rodin dédiés aux satyres askophoroi. Tant par son iconographie que par certains éléments formels, notre pièce rappelle fortement le fragment 21876 du musée Benaki (MARANGOU 1976, p. 96, n° 50, pl. 15d), mais aussi l’applique découverte à Alexandrie sur le site du théatre Diana (DIA.97.4205.2.3 : RODZIEWICZ 2020, p. 363-366, fig. 1 p. 364). Bien que le torse semble moins large et les cuisses plus fines sur la pièce du musée Rodin que sur ces reliefs de comparaison, on retrouve un personnage à la taille mince et au buste tendu vers l’arrière, surmonté d’un haut cou, sur lequel vient se greffer une tête menue fortement tournée vers l’arrière. Le manque d’indices significatifs concernant la datation nous conduit à conserver la plus grande prudence et à proposer un façonnage de l’objet entre le IIIe et le IVe siècle.

 

Comparaisons 

-Athènes, musée Benaki, 18931 (coiffure), 21876 (ensemble).

-Paris, musée du Louvre, DAE, AF 6570.

-Paris, musée Rodin, Co. 2055, Co. 2056, Co. 2275, Co. 2274-Co. 2314.

Historique

Acquis par A. Rodin entre 1893 et 1917. Donation A. Rodin à l’État français en 1916.

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