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Porteuse d'offrandes

Égypte > provenance inconnue

Moyen Empire > XIIe dynastie

[VOIR CHRONOLOGIE]

Bois polychromé

H. 38,5 cm ; L. 11 cm ; Pr. 6,6 cm

Co. 2348

Commentaire

Etat de conservation

L'objet est en bon état de conservation. Cependant, le bois et la polychromie sont altérés. On note ainsi les traces d'anciennes attaques d'insectes xylophages sur la jambe gauche et la base. Par ailleurs, des fentes longitudinales s'étirent sur le côté droit du torse et du fessier, ainsi que sur l'épaule gauche. Le bois comporte de nombreux défauts, et un nœud important s'est détaché au niveau des cuisses sur la face avant. Les volumes ont été perforés. La cheville de bois maintenant la main droite au panier d'offrandes est cassée. Quant à la polychromie, elle est très lacunaire. Des fragments d'enduit et d'engobe se sont écaillés et soulevés sur l'ensemble de la statuette. 

Description

Cette statuette réalisée en bois représente une femme debout, les pieds joints, arborant une perruque boule lisse mi-longue couvrant les oreilles et portant un panier de victuailles sur la tête. Sa main droite maintient ce panier en équilibre, son bras gauche est ballant le long du corps, paume ouverte contre la cuisse. La femme est placée sur un petit socle. Ses jambes sont serrées, le pied gauche étant très légèrement avancé. Le bois était entièrement peint et les couleurs d'origine sont conservées: la carnation, la robe et les mèches de la perruque sont ocre jaune ; les sourcils, l'iris, sans doute le contour de l'œil, certaines parties de la robe et des bijoux, les poils pubiens et les sandales sont noirs ; la perruque est peinte en bleu clair ; les motifs en croisillons sur les côtés du panier, les offrandes amassées au sommet de ce dernier, certaines parties de la robe et des bijoux, ainsi que la base, sont rouges. 

 

Co. 2348 est d'une finesse et d'une délicatesse remarquables, en particulier dans les détails de la polychromie encore conservée. Les yeux, ronds et assez grands, sont placés haut sur la face. Ils sont soulignés par des sourcils fins et droits, légèrement incurvés aux tempes. Le nez, au profil un peu aplati, est mince. La bouche, de la même largeur que la base du nez, est petite et charnue. La lèvre inférieure est plus pulpeuse et moins avancée que la lèvre supérieure. Les joues pleines, aux pommettes hautes et légèrement saillantes, et le petit menton, dessinent un visage ovale, soutenu par un cou gracieux.

Le reste du corps est à l'image du visage, svelte et élégant. Le buste est long et étroit, la poitrine petite et pointue. Le sillon ventral et le nombril sont bien marqués. Les hanches aiguës sont indiquées par un léger décrochement descendant jusqu'au pubis triangulaire. La forme de ce dernier est accentuée par une ligne de traits verticaux d'ocre noir figurant la pilosité pubienne. L'entrejambe et le sillon inter-jambiaire sont eux aussi surlignés d'un trait d'ocre noir. Les membres, bras et jambes, sont longs et déliés. Les doigts et les orteils, aux ongles menus, sont délimités par un léger surcreux et soulignés d'un trait d'ocre rouge. Les articulations, spécialement celles des genoux, sont fines et bien marquées. 

Le panier est particulièrement riche en détails : hormis les motifs en croisillons d'ocre rouge sur fond jaune décorant les faces latérales, il arbore sur la face supérieure une série d'idéogrammes, également peints à l'ocre rouge, figurant en deux dimensions les différentes offrandes que contiennent le panier. Malgré le soulèvement de la polychromie qui rend la lecture difficile, on distingue encore une tête de bœuf et une oie troussée. 

 

Cette statuette est composée de plusieurs morceaux, assemblés grâce à un système de tenons et de mortaise. Sur l'élément principal, le corps, le panier d'offrandes, les bras et le socle d’origine, aujourd’hui disparu et remplacé par un socle moderne, ont été assemblés. Ainsi, une petite cheville transperce la paume de la main droite et se fiche dans le panier, afin de les maintenir ensemble. De même, des tenons sont encore visibles au sommet du crâne, fixant le panier à la tête, et dans la partie supérieure des bras afin de les fixer aux épaules. À l’époque contemporaine, les jonctions entre les bras et les épaules ont été couvertes de colle de peau afin de solidifier les assemblages. Cette colle, qui a débordé, recouvre une partie du bois et de la polychromie. Un système de tenon-mortaise était également utilisé pour emboîter la statuette à son socle, système reproduit sur le socle moderne. 

 

L'altération des couches picturales n'empêche cependant pas une restitution du vêtement et des ornements peints sur le corps de la jeune femme. En effet, des traces de pigments sous l'aisselle gauche, près du cou, sur les poignets, les chevilles et les pieds, laissent à penser que cette dernière arborait une robe fourreau très serré, maintenue par une bretelle unique passée sur l'épaule gauche. Sous la poitrine, un liseré court sur la robe, composé de deux fines lignes d'ocre noir et d'ocre rouge séparées par un espace d'ocre jaune légèrement plus large. On remarque également les traces de deux paires de bracelets de poignets et de chevilles. Les bracelets de poignets semblent composés d'une large bande noire enserrée par deux bandes plus fines d'ocre rouge ; et les bracelets de cheville, quant à eux, d'un large espace d'ocre jaune enserré par deux bandes plus fines d'ocre rouge. Elle est chaussée de sandales, peintes en noir. On distingue les lanières passant entre les orteils, de même que des séries de points de chaque côté des pieds, près de la jonction avec la base.

 

L'attitude et les accessoires sont caractéristiques des porteuses d'offrandes, à savoir, la personnification d'un domaine funéraire, placée dans la tombe d'un défunt pour lui apporter symboliquement la nourriture nécessaire à sa survie dans l'au-delà (cf. Co. 2346). Ce type bien particulier de statuaire se caractérise par la présence d'une corbeille posée sur la tête, maintenue en équilibre d'une main, l'autre bras reposant habituellement le long du corps, ou tenant un vase ou une volaille. Les porteuses d’offrandes sont vêtues d’une robe fourreau, moulante et très serrée (VANDIER 1958, p.147-148). 

 

La tenue et la perruque semblent caractéristiques du Moyen Empire. Il est courant que les porteuses d'offrandes de cette époque soient vêtues à la mode de l'Ancien Empire, à la manière des représentations des dieux et des déesses (HARVEY 2001, p. 20 et 656: mélange entre Wf.1 et Wf.3). Par ailleurs le corps fin et délié de Co. 2348, de même que sa silhouette élancée, se rapproche beaucoup plus du style du Moyen Empire (2033-1710 av. J.-C.). Notre statuette ressemble effectivement à  l'E10781 du Musée du Louvre, datant de la XIIe dynastie (1963-1786 avant J.-C.). Tout comme Co. 2348, la porteuse d’offrande du Louvre se tient debout, un panier d'offrandes sur la tête, une main le maintenant en équilibre. Elle est cependant clairement dans l'attitude de la marche, la jambe gauche en avant. Elle soutient le panier avec la main gauche et tient un vase dans la main droite. Autre différence, les offrandes sont matérialisées en trois dimensions dans le panier. On remarque néanmoins que le type de tenue, une robe fourreau moulante, et la coiffure, une perruque boule lisse couvrant les oreilles, sont similaires (Base atlas du Musée du Louvre: E10781, porteuse d'offrandes). 

 

Il semble donc que Co. 2348 date de la XIIe dynastie. 

Inscription

Anépigraphe. 

Historique

Acquis par Rodin auprès de l'antiquaire Joseph Altounian entre 1910 et 1914.

BOREUX 1913 : Hôtel Biron, 56, "Porteuse d'auge en bois stuqué et peint. Le stuc a disparu en partie. Haut. (sans le socle) 37 centimètres. Estimé 200 francs."

Donation Rodin à l’État français 1916.

Commentaire historique

La statuette fut exposée à l’hôtel Biron, parmi les chefs-d’œuvre de la collection égyptienne, là où Charles Boreux la décrivit à l’été 1913 dans l’inventaire qu’il fit en vue de la donation à l’État français.

 

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