Figurine funéraire

Maîtresse de maison

Égypte > provenance inconnue 

Probablement Première Période intermédiaire ou Moyen Empire > 2200-2033 avant J.-C. > 2033-1710 avant J. C. 

[VOIR CHRONOLOGIE]

Bois anciennement polychromé

H. 53,6 cm ; L. 8,5 cm ; Pr. 8 cm 

Co. 3398

Commentaire

Etat de conservation

L’état de conservation est plutôt bon. Le bois est sain, malgré la présence de nombreuses fentes et pertes de matières au sommet du crâne, sur la perruque, sur le devant du corps, dans le dos, au niveau des reins et des cuisses, ainsi que sur les pieds, où elles sont particulièrement profondes.  

Par ailleurs, le nez est abîmé. L’incrustation de l’iris gauche est manquante. Des cavités rondes, plus ou moins larges, se remarquent sur l’épaule et sous le fessier gauche. La rondelle du bras droit est cassée et a disparu en partie. Les nœuds du bois ont travaillé au niveau des genoux et de l’omoplate droite. De petites marques, peut-être des coups, sont visibles sur les jambes.  

De plus, on remarque un éclaircissement de la surface au niveau de la perruque, des deux bras, et de la base des pieds.  

Description

La statuette Co. 3398 représente une femme debout, les pieds joints. Elle est placée sur un socle moderne en bois exotique, attribuable à l’artiste japonais Kishiso Inagaki. Bras allongés le long de son corps, ses paumes ouvertes sont étendues à plat contre les cuisses. Elle porte une perruque tripartite mi-longue à mèches étagées, et une robe longue et moulante. Le bas du vêtement est figuré au niveau des mollets par une jonction du bois. La polychromie d’origine est difficilement discernable, l’œuvre apparaissant couverte d’une couche brunâtre. Cependant, les incrustations du visage demeurent presqu’intactes, malgré l’absence de l’iris de l’œil gauche. Tandis que les sourcils et le contour des yeux sont en lapis-lazuli bleuté, la sclérotique est blanche, vraisemblablement en pâte de verre, et l’iris, quant à lui, a été fabriqué dans une matière noire encore à déterminer (pâte de verre  ?).  

 

Ces éléments incrustés confèrent à la statuette un regard intense et franc, mis en avant par de larges yeux en amande, eux-mêmes soulignés par un épais trait de maquillage dont la pointe s’étire jusqu’aux tempes, des sourcils élégants et courbés, un visage ovale aux pommettes pleines et aux lèvres charnues, esquissant un léger sourire. Malgré une perruque épaisse, qui, de profil, donne l’impression que la tête est légèrement disproportionnée par rapport au reste du corps, l’œuvre frappe par sa grande finesse et sa délicatesse, notamment au vu de sa taille (53,6 cm de hauteur). Les épaules sont fines, la poitrine menue, la taille délicate, les hanches marquées par un léger décrochement, les courbes sont pleines. Le nombril et le pubis sont bien modelés. Les jambes sont longues et fuselées, mais néanmoins plus massives que le reste du corps. On note que, de profil, les mollets sont aussi larges que les cuisses, et les pieds proportionnels aux dimensions de la tête. Les articulations des genoux sont à peine esquissées. Quant aux bras, ils dénotent par leur allongement et leur raideur apparente, au point que l’articulation du coude semble totalement absente. Le bras gauche est légèrement plus petit et plus fin que le bras droit. Les doigts, très longs et sans ongle - hormis sur les pouces -, sont évoqués par un léger surcreux dans le bois, contrairement aux orteils, bien dessinés. Ces derniers sont représentés avec plus de réalisme et de rondeur, et arborent des ongles bien visibles, malgré l’état du bois.  

 

La tête, le corps et les jambes ont été sculptés dans un morceau de bois monoxyle; les bras sont au contraire rapportés. Ils sont rattachés au corps par un système de tenon-mortaise, caractéristique de ce genre de sculpture. Des vestiges des plans d’assemblage restent visibles, spécialement au niveau de l’épaule gauche, où une large cavité ronde s’observe, destinée à accueillir une petite cheville de bois.  

 

Les statuettes en bois sont particulièrement difficiles à dater hors contexte de découverte, car sujettes à des archaïsmes volontaires de la part des sculpteurs.  

La forme particulière de la perruque, étagée et tripartite, mais relativement courte, particulièrement à l’arrière où la mèche s’arrondit fortement au-dessus des omoplates (HARVEY 2001, p. 20 et 657 : « Wf.6 »), permettrait de supposer que la statuette Co. 3398 n’a pas été fabriquée après la Deuxième Période intermédiaire, période pendant laquelle les perruques tripartites longues et les perruques enveloppantes commencent à se généraliser sur les statues en bois de particuliers (VANDIER 1958, p. 437).  

Un parallèle peut être fait avec une statuette de femme en bois conservée au Musée du Caire et datant du Moyen Empire (Inv. N° CG 28994, BORCHARDT 1911, p. 149 et pl. 47 : Fig. 225). La perruque est similaire (tripartite courte à mèches étagées, s’arrondissant à l’arrière au niveau des épaules) mais on remarquera toutefois que les oreilles sont visibles, ce qui n’est pas le cas de la statuette Co. 3398. Yeux et sourcils incrustés, la statuette du musée du Caire aurait été nue, comme l’indiqueraient les traces de peinture préservées au niveau du triangle pubien. 

L’attitude de Co. 3398, attestée dès l’Ancien Empire, perdure au Moyen Empire comme le montre la statuette de la Dame Djehutynakht, datant de la XIème dynastie et conservée au Museum of Fine Arts de Boston (Inv. N° 20.1127, 

https://collections.mfa.org/search/objects/*/20.1127). Elle se tient en effet debout, les pieds joints, bras ballants le long du corps, paumes ouvertes à plat contre les cuisses et est vêtue d’une longue robe moulante similaire, s’arrêtant à mi-mollet.  

Les traits délicats du visage de Co. 3398, de même que sa silhouette longiligne, font également supposer que notre statuette daterait de la Première Période intermédiaire ou du Moyen Empire (VANDIER 1958, p. 152). La ressemblance avec une autre statuette en bois du musée Rodin de la même période, la Co. 3396, est à relever : même tenue - autant que nous le laisse entrevoir l’état du bois -, et même silhouette longiligne et délicate, au torse menu, à la taille fine, au bassin allongé et aux hanches marquées par un léger décrochement. 

 

L’état général de la polychromie nous accorde peu d’éléments concrets pour proposer une reconstitution certaine des habits et des parures, hormis la carnation ocre et les cheveux noirs, typiques des canons classiques de représentation égyptienne. Une statuette en bois du Moyen Empire, conservée au Musée du Caire (CGC N° 28905, BORCHARDT 1911, p. 152 et pl. 48  : Fig. 231) permet d’élaborer quelques hypothèses de restitution. Le vêtement, aujourd’hui presque indiscernable, de la figurine Co. 3398 peut être compris comme une longue robe retenue par deux bretelles placées sur les seins (VANDIER 1958, p. 253). Cette robe n’a pas conservé sa polychromie. Il est plus difficile d’affirmer si la femme arborait des bijoux peints.  

 

L’attitude et la taille de Co. 3398 tendent à montrer qu’elle serait la représentation funéraire d’une maîtresse de maison, dans sa fonction de gestionnaire du foyer. Image de la propriétaire de la tombe d’où elle provient ou bien présente en tant qu’épouse du défunt (Cf. Co. 2346 et Co. 3396), cette statuette serait à dater le plus vraisemblablement de la Première Période intermédiaire ou du Moyen Empire. 

Inscription

Anépigraphe. 

Historique

Sans historique. 

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