Uraei

Élément de couronne

ÉGYPTE > PROVENANCE INCONNUE

TROISIÈME PÉRIODE INTERMÉDAIRE OU ÉPOQUE TARDIVE > XXIe– XXXedynastie > 1059 - 332 AVANT J.-C.

[voir chronologie]

BRONZE (ALLIAGE CUIVREUX)

H. : 4,9 cm ; L. : 3 cm ; P. : 1,2 cm 

Co. 1502

Commentaire

Etat de conservation

L’objet présente un mauvais état de conservation.

Le métal est oxydé et corrodé dans les parties creuses, à l’origine incrustées. La surface du métal a pris une teinte rougeâtre, particulièrement à l’arrière des serpents. Le tenon placé à l’arrière des disques solaires est brisé. 

Description

L’œuvre Co. 1502 figure deux cobras dressés et disqués, appelés en Égypte ancienne des uraei. Les deux serpents sont reliés l’un à l’autre au niveau des disques solaires et du capuchon dilaté qui entoure le cou ; le tout est conforté en partie dorsale basse par un renfort métallique horizontal. Le tenon ménagé à l’arrière des disques solaires indique la fonction de ce double uræus. Élément richement orné, il était rapporté sur une coiffe royale ou divine. 

Certaines caractéristiques du corps des serpents Co. 1502 ont été détaillées, notamment le cou qui est strié de lignes horizontales, la tête sur laquelle les côtés sont creusés en triangle créant des yeux étirés et un nez en pointe. Mais aussi l’arrière de la tête où l’on voit deux bourrelets de métal rejoignant la pointe de la queue. Celle-ci, très fine, est collée au corps et se termine au milieu des disques solaires. L’ondulation naturelle des corps des reptiles a été mise en valeur, la manufacture est de qualité. 

Le capuchon de chaque cobra est compartimenté en six espaces. Ceux-ci sont creux, ce qui permettait d’y insérer une incrustation de pierre ou de pâte de verre. Les disques solaires surmontant les deux têtes des reptiles étaient également incrustés. 

 

Ce type d’uræus précieusement décoré n’est pas rare en Égypte ancienne et pour un exemple de cobra dressé, participant à un assemblage de couronne-atef en bronze avec traces de dorure à la feuille et d’incrustations de pâte de verre coloré en rouge et vert, voir l’uræus du Musée du Louve N 4250 1 (cf. GUICHARD Hélène (dir.), Des animaux et des pharaons. Le règne animal dans l’Égypte ancienne, Catalogue d’exposition, Lens, Musée du Louvre-Lens, 5 décembre 2014 - 9 mars 2015, Paris, Lens, 2014, p. 144-145). Pour comparaison, voir également au Brooklyn Museum, 08.480.6216.580.18116.735 ; au Metropolitan Museum of Art de New York, 50.198.341.160.110 ; au British Museum, EA57331EA11612; ou encore au Penn Museum de Philadelphie, E120

 

Uraeusuraeiau pluriel, désigne les serpents de l’espèce Naja haje haje Linn. que l’on voit se dresser à l’avant des couronnes des rois, des dieux et parfois des reines. Ce terme est une forme latinisée d’un mot grec dérivant de iâret, nom égyptien du cobra. Ces reptiles, toujours figurés capuchon dilaté, prêts à l’attaque, sont toujours des cobras femelles en contexte égyptien. Protectrices, elles représentent un aspect mécontent de « l’Œil de Rê ». Les textes divins anciens racontent comment l’œil de Rê rentrant d’une mission punitive fut mécontent de voir qu’il avait été remplacé. Pour calmer sa colère, Rê le transforma en serpent et le plaça sur son front avec pour mission de le protéger contre ses ennemis en crachant contre eux son venin (cf. CORTEGGIANI Jean-Pierre, L’Égypte ancienne et ses dieux : dictionnaire illustré, Paris, 2007, p. 563-565). Les serpents sont bien sûr dangereux à cause de leur venin mais aussi en raison du feu symbolique qu’ils crachent dans l’Au-delà. Dans un texte mythologique, Rê est mordu par un serpent qu’Isis a façonné pour le piéger, il décrit sa souffrance ainsi : « le venin brulait véritablement, il était plus puissant que les flammes ou que le feu ». L’animal venimeux est alors une menace pour celui qui est visé et une protection pour celui qui le porte. Cette protection sera très vite utilisée par presque tous les dieux puis les rois et parfois les reines. 

Le terme iâret étant féminin, l’uraeusest naturellement associé à toutes les divinités féminines et peut ainsi servir de déterminatif à n’importe quel nom de déesse. Outre son rôle protecteur des couronnes, l’uraeus agrémenté d’ailes peut également protéger les cartouches des rois et des reines, mais aussi tout type de mobilier : trône, naos, bijoux… 

 

L’uræusdu musée Rodin Co. 1502 est double, ce qui est plus rare. Placé sur une couronne divine, il est l’un des attributs du dieu Montou, dieu attesté au moins dès les Textes des Pyramides et devenu progressivement le dieu guerrier de la région thébaine (ibid., p. 341-343). Cette coiffe lui est spécifique, voir par exemple l’œuvre AF588 conservée au Musée du Louvre (cf. GOMBERT-MEURICE Florence, PAYRAUDEAU Frédéric (dir.), Servir les dieux d’Égypte. Divines adoratrices, chanteuses et prêtres d’Amon à Thèbes, Catalogue d’exposition, Musée de Grenoble, 25 octobre 2018 - 27 janvier 2019, Paris, 2018, n° 91, p. 176-177). Au Musée de Berlin sont également détenues les œuvres 13 194 (cf. ROEDER Günter, Ägyptische Bronzefiguren, Berlin, 1956, p. 393, § 527f, pl. 55 [p]) et 14 069 (ibid., p. 391, § 523B b, pl. 55 [r]) figurant tous deux un double uraeus bien que le second soit composite (tête humaine et tête de faucon). 

 

La datation de l’œuvre Co. 1502 est comprise entre la Troisième Période intermédiaire et la Basse-Époque. Le métal ayant pris une teinte rougeâtre, il s’agit probablement d’un alliage dit « bronze noir », particulièrement utilisé au Nouvel Empire et durant les périodes directement postérieures. La maîtrise des alliages utilisant de l’or et de l’argent donnait à l’objet une surface brillante très noire. 

Œuvres associées

Les collections du musée Rodin ne conservent aucune autre œuvre similaire à Co. 1502.

Inscription

Anépigraphe. 

Historique

Acquis par Rodin entre 1893 et 1913.

 

Donation à l’État français en 1916.

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