Bas-relief

Colonne de texte

Égypte > Provenance inconnue
Troisième Période Intermédiaire > Seconde moitié du IVe siècle avant J.-C. ou postérieur
H. 0,26 CM ; L. 0,19 CM ; P. 0,035 CM
Calcaire
Co. 940
 

Commentaire

Etat de conservation

Le fragment est en bon état de conservation. Les signes hiéroglyphiques sont bien conservés dans leur relief et leurs détails. Cependant, même si la découpe du bloc suit la largeur d’une colonne de texte, le fragment a été prélevé arbitrairement au sein du décor de la paroi, comme en témoigne la disparition de la base des deux piliers-djed situés en partie basse.

Description

Étant donné son module, son inscription en hiéroglyphes monumentaux et non cursifs, ainsi que son relief soigné, ce fragment de bas-relief provient probablement d’un temple. L’inscription qui y figure est partiellement conservée, et on y voit encore, de part et d’autre, les segments verticaux destinés à séparer les colonnes de texte. La ligne de gauche a cependant été coupée au moment du prélèvement du bloc pour le vendre sur le marché de l’art. Les signes hiéroglyphiques sont gravés en creux ; le bélier est particulièrement bien détaillé, puisqu’on constate un léger modelé interne destiné à signifier l’épaule droite de l’animal, le modelé des cornes, ou encore les détails de la face.
Le revers du bloc a fortement été repris. Aucune trace de polychromie n’a été observée.
 
Les quelques signes conservés sur ce bas-relief mentionnent « le bélier, maître de Mendès », Banebdjed ou Banebdjedet en égyptien. Banebdjet est le dieu principal de la ville de Mendès (Djedet en égyptien), une localité située dans l’est du Delta du Nil, sur le site de l’actuel Tell el-Rub‘. À partir du Ier millénaire av. J.-C., la ville de Mendès connaît un essor sans précédent, et le culte Banebdjed se développe également. 
 
L’identification de l’animal employé pour représenter le dieu a longtemps été débattue : s’agit-il d’un bélier ou d’un bouc ? Les témoignages grecs signalent, en effet, que le dieu de Mendès est un bouc (tragos), tandis que les sources égyptiennes le représentent toujours comme un bélier. Dans la documentation pharaonique, l’espèce animale qui sert à l’image du dieu Banebdjed est un mouton aux longues cornes torsadées (Ovis longipes palaeoegyptiacus), une espèce qui disparaît de la vallée du Nil au cours du IIe millénaire av. J.-C. L’animal est alors remplacé par une espèce aux cornes recourbées (Ovis platyra aegyptiaca). Ce changement entraîna plusieurs modifications dans l’iconographie religieuse égyptienne, puisque, par exemple, le dieu Khnoum lui aussi criocéphale adopte la nouvelle paire de cornes recourbées plutôt que torsadées pour la première fois sous le règne de Ramsès III. 
 
Cependant, le signe gravé sur le bas-relief Co. 940 du musée Rodin possède une particularité étonnante, puisque l’animal est ici doté de deux paires de cornes : des cornes torsadées et des cornes recourbées. Ce détail iconographique permet de supposer que le bas-relief est postérieur à la seconde partie du IVe siècle (VERNUS, YOYOTTE 2005, p. 478).
 
Les dieux béliers, et plus particulièrement celui de Mendès, incarnent la fécondation masculine. Cette caractéristique, bien présente dans la documentation ptolémaïque, semble avoir comme l’une de ses origines une association par homophonie entre le mot ba « bélier » et baḥ  « phallus ». Par ailleurs, béliers, boucs et verrats ont une éthologie particulière dont les naturalistes autant que les mythes grecs se sont faits l’écho : ce sont des animaux particulièrement actifs sexuellement. L’identification du « bélier de Mendès » comme une manifestation du dieu Pan par les auteurs classiques se comprend donc aisément, puisque cette divinité grecque est liée à la sexualité et la fécondité. L’association entre les créatures mi-hommes, mi-boucs que sont Pan et les satyres d’une part et le bélier de Mendès d’autre part devient d’autant plus pertinente que le bouc devient l’animal de Banebdjed, à une époque tardive mais que l’on peine encore à déterminer avec précision (VOLOKHINE 2011, p. 633).
 
À partir du Moyen Empire, un rapprochement supplémentaire s’établit avec le terme ba (« âme »), un autre homophone (ou quasi-homophone, en fonction des voyelles qui existaient à l’oral mais que l’écriture hiéroglyphique ne nous renseigne pas). Les dieux béliers sont alors considérés comme les baou, les « manifestations » du dieu solaire. Ce rapprochement imprègne à son tour la théologie des dieux béliers, notamment celle de Banebdjed. 
 
Bien qu’ancien, le culte du bélier de Mendès se développe considérablement au cours de la Basse-Époque. Attesté partout en Égypte, il est naturellement particulièrement prégnant à Mendès et sa région, mais aussi dans l’ensemble de la Basse-Égypte. L’association de Banebdjed à d’autres divinités (Osiris et Rê notamment) explique aisément la diffusion de son culte dans toute l’Égypte, jusqu’à l’oasis de Baharia ou à Bouhen en Nubie. La mention du dieu à Eléphantine, temple originellement consacré à la triade Khnoum – Satis – Anoukis, n’est pas non plus pour nous surprendre puisque Khnoum est un autre dieu bélier qui en vient donc naturellement à être rapproché de Banebdjed. En conséquence, en l’absence d’informations sur le contexte de découverte du bloc Co. 940, il demeure impossible de statuer sur son origine géographique, si ce n’est qu’il provient sans doute d’un temple – bien que celui-ci n’ait pas nécessairement été consacré en propre à Banebdjed lui-même. 
 
 

Inscription

Le bélier, maître de Mendès […]
 

Historique

Sans

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