Groupe familial féminin

ÉGYPTE > ABYDOS

MOYEN EMPIRE > XIIdynastie > 1980 – 1801 AVANT J.-C.

[VOIR CHRONOLOGIE]

Serpentinite, probablement

H. : 13 cm ; L. : 9,7 cm ; P. : 5,5 cm 

Co. 822

Commentaire

Etat de conservation

L’œuvre présente un état de conservation correct.

Elle est complète malgré quelques impacts et cassures, notamment aux angles antérieurs de la base. On remarque également des traces d’outils sous la forme de griffures en de nombreux endroits de la surface, particulièrement entre les deux personnages, correspondant à un polissage inachevé. L’objet n’est pas tout à fait nettoyé et un peu de sédiment ou de poussière comble les petits espaces creux, en particulier entre les pieds.

Description

Ce groupe statuaire présente deux femmes qui se tiennent debout, les jambes jointes, les pieds alignés, les bras pendant le long du corps et les mains plaquées contre les cuisses. Placées côte à côte dans un même alignement, de part et d'autre d'un large espace au polissage inachevé, elles ont été sculptées en haut relief dans un bloc de pierre monolithe. Ce bloc, très probablement de la sepentinite, leur sert de pilier dorsal et de base. Leurs silhouettes se confondent avec le large pilier sur lequel elles sont adossées. L'arrière du bloc, aplani mais imparfaitement poli, prend la forme d'une stèle. La base sur laquelle elles se tiennent est approximativement rectangulaire. L’ensemble ne fait qu’un de la même manière que la statuette du Walter Art Museum 22.366.

 

Bien que la femme de droite soit plus petite que celle de gauche, elles portent les mêmes attributs. Toutes deux sont coiffées d’une perruque tripartite épaisse, qui englobe le visage et les oreilles. Les pans de la perruque retombent lourdement sur la poitrine. Une large raie sépare la coiffure en son milieu. Les deux femmes sont vêtues d’une longue robe-fourreau à bretelles, descendant jusqu’aux chevilles et cintrée sous la poitrine. Ces deux accessoires sont typiques du vêtement féminin du Moyen Empire et se retrouvent fréquemment sur les statuettes féminines de cette époque, voir notamment l’œuvre du Metropolitan Museum of Art 15.4.1 et celles du Walter Art Museum  22.16.

 

Les deux femmes arborent un visage très rond au front bombé, au nez légèrement épaté et aux yeux en amande très étirés, cernés d’un trait de fard pour la dame la plus âgée. Les formes du corps et la poitrine sont peu marquées et le cou est fondu dans la pierre, caché sous la masse de l’épaisse perruque. En dépit de la taille restreinte de l'objet (13 cm de haut) et d'un travail très vraissemblablement provincial, l'expression de leur visage est bien rendue et l'attitude des deux femmes est préservée de tout immobilisme. L’exagération de la longueur des bras, l’épaisseur disproportionnée des pieds et l’attention portée à l’individuation de chacun des doigts et orteils sont, eux aussi, caractéristiques de la statuaire du Moyen Empire. En l'absence de toute inscription ou contexte de provenance avéré, il n'est pas possible de restituer leur lien de parenté, le groupe représentant peut-être une même personne à deux âges de la vie ou bien une image mère-fille.

 

Au-delà des statuettes individuelles comme celles citées plus haut, on connaît des comparatifs directs à l’objet Co. 822, sous la forme de groupes statuaires associant deux ou plusieurs personnages, comme celui, fragmentaire, du Metropolitan Museum of Art 15.3.229. Le Louvre possède un exemple plus élaboré d’un groupe statuaire familial directement associé à une table d’offrandes E11573.

Ce type d’œuvre correspond à des commandes privées, offertes par des particuliers aux dieux qui leur accordaient en retour santé et prospérité. Produites en grande quantité à la fin du Moyen Empire, pour des classes sociales moyennement élevées, ces statuettes ont été généralement retrouvées en contexte funéraire ou bien alors dans des chapelles privées placées sur les parcours processionnels des sanctuaires (voir, par exemple, les notices des trois statues (masculines) Inv. N° B.495, B. 496 et B. 497 du musée royal de Mariemont par Luc Delvaux in DERRIKS, DELVAUX 2009, p. 56-63). Selon l'inventaire de la donation rédigé par Charles Boreux, la statuette Co. 822 aurait comme provenance Abydos. Elle était donc peut-être consacrée à Osiris ou au dieu chacal Oupouaout, très populaires dans la région à cette époque (voir la stèle funéraire de Nebsouménou musée Rodin Co. 982). Présentant un traitement de surface inachevé, ce petit groupe statuaire a été laissé anépigraphe. En l'absence d'inscription dédicatoire, il n'est pas possible d'affirmer s'il était destiné à être placé dans le tombeau d'un des cimetières abydéniens ou bien déposé dans une chapelle votive privée, en particulier l'une de celles édifiées sur le site égyptien de la "Terrasse du Grand dieu" pour assurer aux défuntes de ce groupe statuaire la vie post-mortem d'Osiris (sur les chapelles de cette zone, située à l'ouest du Kôm el-Soltan, voir SIMPSON 1974).

Œuvres associées

Les collections du musée Rodin ne conservent aucune autre œuvre similaire à Co. 822.

Inscription

Anépigraphe. 

Historique

Acquis par Rodin entre 1893 et 1913.

Boreux 1913 : Hôtel Biron, 192, Groupe de granit noir composé de deux femmes debout, l'une à côté de l'autre. Perruque [dessin de la perruque] longues robes descendantes jusqu'aux pieds. Abydos, XIIe dynastie. Haut. 13 cent. Estimé deux cent francs.

Donation Rodin à l'État français 1916.

Commentaire historique

Rodin acquit le groupe en granit avant 1913, date où il fut décrit par Charles Boreux dans l’inventaire de la donation. Le sculpteur choisit de l’exposer à l’hôtel Biron, parmi les chefs-d’œuvre de la collection, en préfiguration de son futur musée. On peut l’apercevoir sur une photographie prise du vivant de Rodin (musée Rodin, Ph.013620), posé sur une étagère, dans la grande vitrine murale de la salle 14, au premier étage.

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