Femme

Partie supérieure d'une statue

Égypte > provenance inconnue 

Fin du Moyen Empire > 2033-1710 avant J.-C.

[voir chronologie]

Pierre dure noire (basalte  ?)  

H. 8,2 cm  ; L. 4,6 cm ; P. 2,9 cm (Hors tout) 

H. 6 cm  ; L. 4,6 cm  ; P. 2,9 cm (Œuvre) 

H. 2,5 cm  ; D. 2,5 cm (Socle) 

Co. 816 

Commentaire

Etat de conservation

L’objet est en état de conservation moyen. La statuette ayant été brisée en biais au niveau de la taille, la partie inférieure du corps manque. La partie inférieure du bras droit a disparu dans la cassure. La statuette présente par ailleurs des chocs ponctuels, notamment au niveau des avant-bras et dans le dos. Enfin, la surface est actuellement légèrement usée et encrassée, quoique les détails demeurent lisibles.  

Description

La statuette Co. 816 correspond à une représentation féminine, dont seule la partie supérieure est conservée au musée. La femme porte une perruque tripartite hathorique dégageant les oreilles. On ne distingue aucune trace de polychromie. La partie inférieure de son bras droit, un peu au-dessus du coude, a disparu dans la cassure. De ce fait, il est difficile de reconstituer son attitude d’origine. Seule la position du bras gauche  est évidente : il est replié, la main posée à plat sous la poitrine.  

 

Les yeux sont petits, cerclés d’un trait de fard. Relativement étirés, leur forme presque triangulaire est soulignée par des sourcils minces, incisés dans la pierre. On remarque que l’œil gauche est légèrement plus grand que l’œil droit. Le nez est long et légèrement aquilin, la bouche petite et le menton épais. Les traits du visage (bouches aux commissures tombantes et oreilles démesurées), associés à la main repliée posée sur le thorax, accordent à la dame un air réfléchi et attentif, aujourd’hui mis en valeur par l’état de conservation fragmentaire de la représentation. 

 

Les rondeurs du visage sont relevées par la perruque très caractéristique qui recouvre la tête de la dame. Tripartite, cette coiffure à mèches recourbées est dite «  hathorique  » (sur cette perruque bien particulière, à mettre en relation avec des représentations de reines et de princesses, voir la notice de la statuette du musée du Louvre Inv. N° E 26917 in DELANGE 1987, p. 209). Aplatie au sommet du crâne, elle est incisée de petites mèches parallèles. Les deux retombées latérales de la chevelure, légèrement bombées à l’arrière de la tête, dégagent les oreilles –très grandes- de la femme, et s’achèvent en une boucle, enroulée juste au-dessus des seins. Un ruban horizontal, placé à leur extrémité, retient les petites mèches. Au dos, la retombée de la chevelure est plus plate et de forme trapézoïdale. Les mèches sont maintenues par un lien plus simple que celui des retombées latérales, placé au niveau de la nuque. La chevelure s’arrête sous les omoplates. Cette coiffure, très reconnaissable, peut être comparée avec celle de trois statuettes féminines du Moyen Empire (deuxième moitié de la XIIème dynastie) conservées au musée du Louvre (la statuette en serpentinite du musée du Louvre Inv. N° E 26917 in DELANGE 1987, p. 208-209  ; la statuette en ivoire Inv. N° N 3892 in DELANGE 1987 p. 106-107  ; une perruque en ébène, rapportée sur une figurine en bois aujourd’hui manquante, Inv. N° E 10850 in DELANGE 1987 p. 129).  

 

Bien qu’il soit difficile de l’observer sur la statuette en raison de son état actuel, il est possible de comprendre le vêtement que porte la dame en le comparant avec des statuettes similaires (voir en particulier la statuette du musée du Louvre Inv. N° E 26917). Elle était vêtue d’une robe fourreau au corsage en forme de V, dotée de bretelles couvrant des seins petits et ronds, et soulignant sa taille (type Df.1 de la typologie des éléments de costume in HARVEY 2001, p. 29 et 659, fig. 4  : «  Dress, Female  »). Ce vêtement, régulièrement employé pour les statues tant de divinités que de particuliers tout au long de l’Histoire égyptienne, ne constitue pas un indice de datation probant mais la perruque hathorique, plus rare et n’existant pas encore sous cette forme à l’Ancien Empire (HARVEY 2001, p. 657, fig. 2b  : «  Coiffures and Wigs, Female  »), suggère une fourchette de datation démarrant au Moyen Empire.  

 

L’emphase sur la forme et la taille des oreilles est particulièrement caractéristique de la statuaire royale de la XIIème, puis de la XIIIème et ce jusqu’à la XVIIème dynasties. L’étude de Roland Tefnin a montré qu’il s’agissait d’un élément important de l’idéologie du bon gouvernement au Moyen Empire, tout particulièrement sous le règne de Sésostris III, indiquant à quel point le souverain prêtait attention aux suppliques de son peuple et écoutait ses prières (in TEFNIN 1992, p. 149-160). Cette particularité stylistique a ensuite fait l’objet d’une récupération par la statuaire des particuliers, surtout à l’extrême fin de la Deuxième Période intermédiaire. La découverte récente à Edfou, dans une villa d’élite du début du Nouvel Empire, d’une statue de scribe faisant montre des mêmes oreilles démesurées, (https://news.uchicago.edu/story/ancient-urban-villa-shrine-ancestor-worship-discovered-egypt) attesterait que ces objets, loin d’être confinés exclusivement aux contextes funéraires comme on le suppose souvent par analogie avec la majorité des exemples connus, pouvaient aussi avoir servi, plus exceptionnellement, d’autels voire de petites chapelles domestiques, destinées sans doute à honorer des «  ancêtres  ».  

 

Malgré leur différence stylistique, Co. 816 se rapproche d’une autre statuette en pierre dure noire, Co. 815, avec laquelle elle partage également son module général et plusieurs traits typologiques dont l’emphase apportée aux oreilles, typique de la fin du Moyen Empire et des périodes immédiatement ultérieures. Comme elle, la statuette Co. 816 est sans doute une statuette de défunte, provenant d’une tombe ou d’une petite chapelle privée placée sur un parcours processionnel divin ou peut-être même d’un petit autel domestique. Par comparaison avec d’autres statuettes, dont l’origine est mieux déterminée, elle serait à dater de la fin du Moyen Empire, sans doute plus précisément de la deuxième moitié de la XIIème dynastie. 

 

Inscription

Anépigraphe. 

Historique

Acquis par Rodin entre 1893 et 1913.

Boreux 1913 : Meudon, pavillon de l'Alma, vitrine 20, 513, Partie supérieure d'une statuette de femme (Isis ?) en granit noirâtre. Le bras droit manque, le bras gauche est replié et la main s'en appuie contre la poitrine, un peu au-dessous des seins. Haut. Max. 6 cent. Estimée cinq francs.

Donation Rodin à l'État français 1916.

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