Reliquaire

Félin

ÉGYPTE > PROVENANCE INCONNUE

ÉPOQUE TARDIVE OU ÉPOQUE PTOLÉMAÏQUE > XXVIe - XXXIe dynastie > 656 - 30 AVANT J.-C.

[voir chronologie]

BRONZE (ALLIAGE CUIVREUX)

H. : 2,9 cm ; L. : 1,5 cm ; Pr. : 8,2 cm 

Co. 799

Commentaire

Etat de conservation

L'oeuvre a un état de conservation correct.

Le métal est oxydé, particulièrement sur le flanc gauche et entre les pattes postérieures de l’animal où le métal a pris une coloration verte-bleue. Deux vis percent les pattes avant et arrière droites du félin pour maintenir l’animal sur un socle en bois contemporain. L’œuvre est complète, à l’exception du socle antique sur lequel elle reposait à l’origine. 

Description

L’œuvre représente un mammifère à quatre pattes en position de marche dont le corps correspond à celui d’un grand félin. Il s’agirait de la représentation en bronze d’une panthère en marche, si on la compare avec les panthères en bois provenant de la tombe d’Amenhotep II (KV 35) ou de Thoutmosis III (KV 34) de la Vallée des Rois. La collerette entourant la face de l’animal est néanmoins à rapprocher des deux figures de guépard du lit funéraire de Toutankhamon (musée du Caire).

Les oreilles sont allongées et pointues. Étirées vers l’arrière, il est possible d’observer leur lobe intérieur. Le creusement interne des lobes est triangulaire, agrémenté d’incisions très fines pour dessiner les poils. La face du félin est entourée d’une crinière, similaire à celle des têtes de guépard représentées sur le lit funéraire de Toutankhamon. Les grands yeux sont arrondis et globuleux. L’artisan a réalisé une dépression circulaire qui a fait ressortir l’iris de chaque œil en relief. L’ouverture de la gueule est rendue par une longue incision. La commissure des babines remonte légèrement de part et d’autre du museau, fin et allongé. Les narines sont matérialisées par deux petites dépressions circulaires.

Le cou épais se prolonge sur une légère arête dessinant la colonne vertébrale. Le ventre, élancé, est légèrement arrondi vers le bas. Suivant la nature, l’arrière-train de l’animal est plus haut et plus large que sa partie avant. Les cuisses et les hanches ont été modelées dans le métal, ce qui a eu pour conséquence de déporter les pattes vers l’intérieur, accordant à l’animal une allure pataude. Les pattes sont petites et dépourvues de touffes de poils. Trois larges entailles façonnent les doigts. Une longue queue termine l’arrière-train. La représentation du félin Co. 799 suit le mouvement naturel de sa marche, patte avant gauche et patte opposée arrière droite avancée, queue balancée vers la droite, expression de l’observation précise et soigneuse de la nature par les anciens égyptiens. Cet artifice permet également de consolider l’attache de cette longue queue, qui repose ainsi en partie sur la patte droite.

Aucun détail n’est incisé sur le pelage de l’animal. Il s’agit d’une jeune panthère ou d’un jeune guépard s’avançant, à la démarche fluide et souple.

 

Notons que le dessous des pattes et le bout de la queue sont plats, ce qui suggère que l’animal devait à l’origine être placé sur un socle ou un réceptacle comme un reliquaire par exemple.

 

Les reliquaires de l’Antiquité égyptienne sont des objets archéologiques assez bien connus, les cimetières d’animaux sacrés étant nombreux sur le territoire égyptien. Ils comprenaient deux types d’animaux, les « uniques » et les « multiples » (cf. CHARRON Alain (dir.), La mort n’est pas une fin, Pratiques funéraires en Égypte d’Alexandre à Cléopâtre, Catalogue d’exposition 28 septembre 2002-5 janvier 2003, Musée de l’Arles antique, Arles, 2002, p. 176). La première catégorie regroupe des animaux choisis, parmi ses congénères et par les prêtres grâce à une statue divine qu’ils manipulaient, pour représenter de son vivant une divinité particulière. Les « uniques » les plus connus sont les taureaux Mnévis et Apis dont la plus ancienne attestation d’inhumation date du règne d’Amenhotep III. Ici, avec l’œuvre Co. 799, il s’agirait du reliquaire d’un « multiple ». Ces « multiples » n’étaient pas choisis pour leur caractère sacré mais c’est par les rites de leur mise à mort, leur momification et les prières récitées à cet instant que leur était conféré un caractère divin. Les animaux les plus représentés sont les serpents, les chats, les chiens, les ibis et les crocodiles. Ils n’avaient pas de pouvoir à part entière, c’était le dieu qu’ils représentaient à leur mort qui était encensé. Ils devenaient alors un ba de la divinité, acquéraient un rôle de médiateur et devenaient capables de transmettre les doléances de la population. Les reliquaires étaient créés sur demande des dévots et les prêtres se chargeaient d’y insérer l’animal entièrement momifié, soit une partie de sa momie, voire même un paquetage imitant la forme de l’animal. Ces « meurtres » étaient pratiqués cachés du regard de la population car la loi égyptienne condamnait à mort toute personne ayant tué même accidentellement un animal. Quoiqu’il en soit, ils étaient courants afin de subvenir aux besoins des commanditaires. Au fil du temps, les commandes devenant de plus en plus nombreuses, certaines bêtes étaient ainsi élevées dans le seul but de servir à leur mort d’objet de dévotion.

Œuvres associées

Les collections du Musée Rodin ne conservent pas de parallèle à cet objet.

Inscription

Anépigraphe.

Historique

Acquis par Rodin entre 1893 et 1913.

 

Donation à l’État français en 1916.

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