Sistre hathorique

manche

ÉGYPTE > PROVENANCE INCONNUE

ÉPOQUE TARDIVE OU ÉPOQUE PTOLÉMAÏQUE > XXVIe - XXXIe dynastie > 656 - 30 AVANT J.-C.

[voir chronologie]

BRONZE (ALLIAGE CUIVREUX)

H. : 13,6 cm ; L. : 3,6 cm ; P. : 3,6 cm 

Co. 794

Commentaire

Etat de conservation

L'oeuvre présente un état de conservation correct.

Le manche est entier, la partie supérieur du sistre étant manquante. Le métal est oxydé, particulièrement le plateau de la partie supérieure de l’objet dont le coin droit manque. L’oxydation a nettement patiné les détails des visages et de la petite figure animale du dessus. Les bords de cette petite enseigne sont irréguliers, dégradation due également à l'oxydation du métal.

 

Des chlorures en quantité importante, peut-être encore actifs, sont visibles sur la partie supérieure. Aux emplacements conservés, un voile de carbonates verts subsiste recouvert parfois d’une très fine couche de terre d’enfouissement.

Description

L’œuvre est une petite enseigne hathorique, composant à l’origine le manche d’un sistre hathorique. De l’instrument lui-même, seules subsistent le départ des deux attaches de sa fixation au manche, de part et d’autre du plateau sur lequel il était placé. 

Ce manche est composé d’une colonne cylindrique, surmontée de l’emblème proprement dit où figure sur deux faces le visage d’Hathor. Un plateau, approximativement rectangulaire, surmonte l’ensemble. Ce plateau accueillait à l'origine l'instrument, aujourd'hui manquant. Le centre de ce plateau est orné d’une petite figure animale. Les deux petits côtés du rectangle présentent un bord montant alors que les deux côtés longs ont un bord descendant. L’identification de la figure animale, probablement rapportée, reste à déterminer. Il s’agirait d’une image d’animal divin, petit félin ou alors d’une tête de vache au museau carré, aux oreilles tirées vers l’arrière et au large cou. Deux dépressions de chaque côté du museau créent les yeux. 

Les deux figures d’Hathor sont semblables. Le visage adopte la forme d’un triangle. Il est encadré d’une perruque à longues mèches, qui s’achève en une boucle recourbée vers les épaules. Cinq paires de stries figurent les rubans qui retiennent ces mèches au niveau de la raie de la perruque, au niveau des tempes, au-dessus des boucles. Deux épais sourcils en saillie couronnent de larges yeux, étirés en amande. Les pupilles arrondies ont été incisées après démoulage de l’œuvre. Le nez empâté introduit une petite bouche pulpeuse et souriante. Deux oreilles de vaches se dégagent de chaque côté du visage. Enfin, sous le menton de la déesse, on note trois stries verticales. 

Le visage est posé sur un décor circulaire en arêtes de poissons. Il se poursuit de part et d’autre des figures d’Hathor jusqu’aux volutes supportant le plateau sommital. 

La manche est en forme de colonne, s’évasant progressivement vers le bas. Cette partie a été laissée sans décor, la base étant rehaussée d’un bourrelet simple. La partie supérieure de la colonne sert de support à l’emblème hathorique qui constitue l’ornement et la caisse de résonnance du sistre. Plus complexe, cette partie se compose à sa base d’une succession de trois bourrelets simples, surmontés de trois lignes d’un décor incisé en arêtes de poissons. Un dernier bourrelet, plus large et plus épais, couronne le tout. Deux cornes de vache reposent sur celui-ci et accueillent les figures d’Hathor. 

 

D’après le mythe héliopolitain de la création du monde, Atoum, dieu démiurge, donne naissance par masturbation aux jumeaux Chou et Tefnout. Cette main agissant seule est un élément fondamental dans le processus d’organisation de la création. Elle obtient logiquement une dynamique érotique qui sera personnifiée par la déesse Iousâas, dont le nom signifie « elle vient et elle grandit », suffisamment équivoque. Elle est de ce fait associée à la déesse Hathor qui représente les pulsions amoureuses et la féminité. Plusieurs textes anciens mettent en relation le sistre, instrument de musique par excellence d’Hathor, et Atoum le démiurge. Sorte de crécelle, le sistre se compose d’un manche surmonté d’une figure d’Hathor couronnée de deux arceaux traversés par des tringles. Les arceaux sont assimilés aux mains jointes du dieu pour former le sexe féminin et les tringles, par leur mouvement, évoquent l’acte sexuel. C’est cette coiffure particulière qui rappelle les fonctions érotiques de la déesse. Le sistre est également la forme que va prendre Rê pour combattre le serpent Apophis en le fascinant grâce à son pouvoir érotique et ainsi contrer son regard hypnotique. 

Enfin, le sistre, utilisé essentiellement dans un contexte rituel, est un vecteur actif de son et d’images visant à apaiser la colère d’Hathor. De nombreuses scènes d’offrandes représentent cet apaisement dans le temple de Dendera. 

 

Une étiquette en plastique collée sous le socle métallique porte le numéro 96, chiffre qui correspond au numéro d’inventaire de l’exposition Rodin Collectionneur

 

Le sistre est un instrument de musique de la civilisation égyptienne bien connu. Des sistres sont conservés dans de nombreux musées, réalisés principalement en bronze ou en faïence. Ce type d'objet, qui adoptait la forme d'un sanctuaire matérialisé par un manche en colonne à chapiteau hathorique, pouvait servir d'offrande votive de prestige à la divinité.

Musée du Louvre, Paris : N 5038, E 3668, E 8063, AF 325, E 22680, E 1780, E 10244, E 11201, E 678, E 681, E 8076 et E 8077.

Metropolitan Museum of Art, New York :30.8.429, 30.8.431, 30.8.427, 30.8.428, 30.8.430 et 68.44.

Museo Egizio di Torino, Turin : Cat. 6257, Cat. 1403.

Cat. 6853, Cat. 6253, Cat. 6254, Cat. 6255 et Provv. 0784.

Penn Museum, Philadelphie : E13002, E 12, E15273 (manche de sistre), 54-33-5, E14249 et CG2015-4-423.

Walter Art Museum, Baltimore : 54.493 et 54.1207.

British Museum, Londres :EA6368, EA38175, EA6357, EA6365, EA63573, EA6356, EA30735, EA65254, EA38172, EA6371 et EA64558.

Pour un aperçu des collections de Berlin, voir ROEDER 1956, pl. 63 et 64.

Œuvres associées

Les collections du musée Rodin conservent un autre fragment de sistre hathorique, Co. 3096. 

Inscription

Anépigraphe. 

Historique

Acquis par Rodin entre 1893 et 1913.

 

Une étiquette en plastique collée sous le socle métallique porte le numéro 96, chiffre qui correspond au numéro d’inventaire de l’exposition Rodin Collectionneur

 

BOREUX 1913 : 374.

 

Donation à l’État français en 1916.

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