Amon

ÉGYPTE > PROVENANCE INCONNUE

TROISIÈME PÉRIODE INTERMÉDIAIRE, ÉPOQUE KOUSHITE > XXVe dynastie > 715 – 656 avant J.-C.

[VOIR CHRONOLOGIE]

BRONZE (ALLIAGE CUIVREUX)

H. : 22,8 cm ; L. : 6,3 cm ; P. : 9 cm 

Co. 783

Commentaire

Etat de conservation

L’œuvre est en assez mauvais état de conservation.

Le métal est oxydé et présente une teinte rougeâtre parsemée de taches de vert-de-gris. La jambe droite et une grande partie du bras gauche sont manquants, tout comme les objets ou attributs que le personnage tenait en main. Une longue fissure traverse le ventre et le dos au niveau de la taille, et la jambe restante est également fissurée en deux endroits.

Sous le pied, un large tenon est encore présent. Il permettait l’insertion de la statuette dans un socle antique (non conservé au musée).

Description

La statuette figure un homme debout, placé dans la position classique de la marche apparente, c’est-à-dire la jambe gauche avancée. Son bras droit repose le long du corps. Son poing droit est serré, tenant un objet aujourd'hui disparu. Son bras gauche, légèrement replié vers l'avant, tenait un sceptre long et fin. Un fragment de cet attribut est conservé le long du mollet gauche.

 

Il semble probable de restituer que cette figurine représente Amon. Le dieu est vêtu d’un pagne chendjit simple, très court et descendant bas sous le nombril. Ce vêtement, dont le pan frontal descend très bas,  est moulant. La ceinture serrant la taille est large et plane. Tout le tissu du vêtement a été laissé lisse. Il est coiffé d’un modius, sa couronne caractéristique composée d’un mortier haut surmonté de deux hautes plumes rapportées, aujourd’hui disparues (sur le dieu Amon, voir CORTEGGIANI 2007, p. 29-32). Le mortier, descendu bas sur le front et dans la nuque, s’évase légèrement dans sa partie haute. Sa partie sommitale est légèrement bombée. Son menton est prolongé d’une longue barbe postiche, maintenue par un lien simple qui s’étire jusqu’aux oreilles. Très droite et de forme parallélépipédique, cette barbe a été laissée lisse et vierge de tout décor. Son extrémité a disparu dans une cassure nette.

 

Le visage est carré, aux joues pleines, modelées grâce à des creusements sous les yeux et à un sillon labio-nasal marqué. Les yeux, étirés en amande, étaient probablement incrustés. Une ligne de fard épaisse souligne chaque œil, en suivant la courbe peu arquée des sourcils. Le nez, fin à sa naissance, s’élargit ensuite nettement pour devenir épaté et les lèvres sont charnues. Ces traits semblent annoncer une production de la XXVe dynastie kouchite, celle de rois d’origine nubienne. De même, les membres sont massifs et les chevilles épaisses. Le buste est élancé, les muscles des bras sont détaillés, et les plis de l’aisselle et du coude bien marqués.

 

Les traits de la figurine Co. 783 peut être rapprochée des statues réunies dans la « Cachette de Kerma » retrouvée à Doukki Gel, et représentant des pharaons kouchites, aussi appelés « pharaons noirs » (BONNET, VALBELLE 2005). Ceux-ci ont régné durant la XXVe dynastie, lors de la Troisième Période intermédiaire, alors que l’Égypte était dirigée successivement par diverses lignées de souverains égyptianisés mais d’origine non égyptienne. Cette dynastie d’origine soudanaise régna d’abord sur la Nubie (ancienne colonie égyptienne redevenue indépendante), puis étendit sa souveraineté sur son ancien suzerain égyptien (sur le Soudan, voir Histoire et civilisations du Soudan). Les élites nubiennes avaient, à cette époque, adopté de longue date les codes culturels, les cultes égyptiens et l’écriture hiéroglyphique, et ces souverains eurent à cœur de prouver leur légitimité en tant que pharaons, notamment en s’investissant dans la réfection et l’embellissement des lieux de culte, dont l’immense temple de Karnak dédié à Amon, une divinité qui s’est implantée durablement dans le paysage religieux nubien (GUERMEUR 2005).

 

Il semble possible, au vu de la patine particulière de la statuette, qu’elle ait été moulée dans un alliage cuivreux incorporant de l’or et de l’argent, « bronze noir »caractéristique du Nouvel Empire et des époques directement postérieures pour se raréfier à la Basse Époque (HILL 2008, p. 39).

 

Bien que le roi représenté soit ici anonyme, le modelé du corps et du visage, on l’a déjà noté, est très similaire à celui des grandes statues royales de Doukki Gel, figurant les pharaons kouchites, parfois appelés « pharaons noirs », qui ont régné en Égypte durant la Ceux-ci ont régné durant la XXVe dynastie, alors que l’Égypte est dirigée successivement par diverses lignées de souverains égyptianisés mais d’origine non égyptienne. Cette dynastie d’origine soudanaise règne d’abord sur la Nubie (ancienne colonie égyptienne redevenue indépendante), puis étend sa souveraineté sur son ancien suzerain égyptien. Les élites nubiennes ont à cette époque adopté de longue date les codes culturels, les cultes égyptiens et l’écriture hiéroglyphique, et ces souverains ont à cœur de prouver leur légitimité en tant que pharaons, notamment en s’investissant profondément dans la réfection et l’embellissement des lieux de culte, dont l’immense temple de Karnak dédié à Amon, une divinité qui s’est implantée durablement dans le paysage religieux nubien.

Œuvres associées

L’œuvre Co. 782 présente des caractéristiques similaires dans le traitement du corps et les traits du visage avec Co. 783. Ces deux statuettes datent probablement de la période kouchite.

Inscription

Anépigraphe. 

Historique

Acquis par Rodin entre 1893 et 1913.
 
BOREUX 1913 : 353.
 
Donation à l’État français en 1916.
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