Jarre ovoïde blue-painted

Céramique

Provenance > Égypte ?
Datation : fin XVIIIe dynastie – mi XIXe dynastie
H. 28 cm ; L. 18 cm ; D. ouverture 13,5 cm
Terre cuite peinte
Co. 6437
 

Commentaire

Etat de conservation

La jarre est dans un état d’altération avancé. La terre a perdu une partie de sa cohésion. L’action des sels solubles a provoqué des soulèvements très importants et une grande partie de l’engobe est tombée. Les décors peints sont extrêmement lacunaires. La base et le bord sont ébréchés.

Description

Cette jarre ovoïde possède un col court au profil convexe et une base arrondie qui se termine en pointe. Elle a été confectionnée en pâte argile limoneuse (B2, selon la classification du Système de Vienne). 
 
Un engobe blanc ivoire recouvrait à l’origine la totalité de la paroi externe de la jarre ainsi que la paroi interne de son bord. Sur cet engobe, des traces de polychromie bleue et noire sont observables sur la partie externe, en dépit de son état de conservation. Un décor mieux préservé, constitué d’une succession de bandes ocre-beige marneuses, s’y distingue plus nettement. 
 
Les céramiques peintes en bleu (appelées plus généralement « blue-painted ») font partie des récipients égyptiens les plus élaborés de l’époque pharaonique. Elles apparaissent à la XVIIIe dynastie, à partir du règne de d’Aménophis II, et sont produites jusqu’au début de la XXe dynastie, sous le règne de Ramsès IV. Poteries peintes principalement en bleu, leur décor est complété par du rouge et du noir. Les décorations sont variées, avec des motifs floraux et fauniques, mais aussi des figurations de divinités comme Bès, Hathor, ou encore Renenoutet. Ces décorations évoquent la fertilité de l’environnement naturel, mais aussi le rôle protecteur des divinités représentées. Attestées par de nombreux spécimens et tessons, ces productions proviennent essentiellement de centres palatiaux (Gourob, Amarna, Memphis ou Pi-Ramsès), mais aussi – à partir de la XIXe dynastie – des centres administratifs (Assiout, Abydos et Éléphantine). On en identifie aussi en dehors de la vallée du Nil, notamment à Umm el-Rakham, près de la frontière libyenne, ou sur les sites syro-palestiniens comme Hazor. Cette diffusion importante témoigne de l’implication de ces récipients dans les relations diplomatiques et commerciales. À Hazor, on remarque même une production locale de ce type de céramique, signalant que l’engouement ne se limitait pas aux égyptiens (NATAF 2014, p. 26, fig. 3).
 
Dans la vallée du Nil, les argiles employées pour produire des blue-painted sont des terres marneuses/calcaires (« Marl »), qui proviennent des franges désertiques, ou des argiles limoneuses (« Nile »), qui sont prélevées directement sur les berges du fleuve. Un changement progressif s’opère dans l’usage de ces terres. L’argile marneuse est largement employée pour les blue-painted au début de la période, jusqu’au règne de Thoutmosis IV. Puis, à partir d’Aménophis III, on remarque un passage à l’usage de l’argile limoneuse pour ce type de production. Les céramiques sont toutes peintes avant leur cuisson. Le pigment bleu est réalisé à partir de cobalt aluminate, tandis que le noir est obtenu à partir de manganèse et d’ocre rouge.
 
Ces poteries étaient destinées au stockage et à la présentation d’aliments et les archéologues les ont découvertes dans de nombreux contextes. À Abydos, Éléphantine ou encore à Karnak-nord, elles proviennent de zones cultuelles, des temples et des nécropoles, tandis qu’à Malkata ces vases sont associés au jubilé d’Aménophis III. L’hypothèse d’un rôle joué par ces récipients dans le cadre d’un culte est renforcée par les figurations de divinités, et d’animaux présumés sacrés, sur certaines d’entre elles. Mais ces récipients peints apparaissent aussi plus simplement dans des contextes domestiques, au sein desquels de telles céramiques devaient être appréciées pour leur esthétique et le raffinement de leur décor. 
 
Le type de la jarre Co. 3578 conservée au musée Rodin est attesté à partir de la fin de la XVIIIe dynastie, à Amarna (ROSE 2007, p. 84, 222, SF4, n°324). D’autres spécimens ont été découverts sur d’autres sites égyptiens, comme dans l’habitat de Kom el-Rabia (Memphis) dans des niveaux datés entre le début et mi-XIXe dynastie (HOPE 2016, p. 63, n°12959, 12984 et 12986 ; BOURRIAU 2010, p. 276, fig. 65, 10.4.20) ou encore dans la tombe de Tombe Maya et Merit (ASTON 2011, p. 29, n°43[88-280], 44[88-347] et 45[88-676]). Plusieurs vases similaires sont conservés dans les musées européens, comme au Louvre (N882 3 ou N882 6). Tous ces exemplaires ont été réalisés en argile limoneuse issues des berges du Nil (Nile B2, selon la classification du Système de Vienne).
 
Contrairement aux productions de la première partie de la XVIIIe dynastie, qui possèdent de très riches décorations graphiques, les céramiques datées de la période amarnienne et post-amarnienne sont essentiellement ornées d’éléments stylisés, de pétales disposés en lignes verticales et de croissants horizontaux. À cette époque, la polychromie des vases est appliquée avant cuisson et selon 4 étapes. Dans un premier temps, de la peinture de couleur crème est appliquée comme fond sur laquelle des lignes noires horizontales et des pétales sont tracées. Ensuite, de larges bandes bleues horizontales sont apposées sur les décorations noires. Enfin, des lignes horizontales rouge et des points sont ajoutés. À partir de la XIXe dynastie, cette simplification dans l’exécution des décors va induire une plus grande variété d’artisans. 
 
Les jarres Co. 3578 et Co. 6437 conservées au musée Rodin témoignent de cette période charnière, celle d’une plus grande diffusion des céramiques de type blue-painted au sein d’une population aisée. Cependant, si on les compare aux autres types de céramiques, les spécimens de vases « blue-painted » demeurent rares.
 

Œuvres associées

Co. 3578

Inscription

Anépigraphe

Historique

Sans

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