Avant-pied droit féminin

Égypte > provenance inconnue

Probablement Ancien Empire > 2700-2100 avant J.-C.

[voir chronologie]

Bois polychromé

H. 6,5 cm  ; L. 15,5 cm  ; Pr. 7,5 cm  

Co. 6427 

Commentaire

Etat de conservation

L’objet est en assez bon état de conservation. Le bois est sain, mais la polychromie est altérée. La couche picturale ocre jaune, en particulier, est pulvérulente et présente de nombreux soulèvements. Le bois est apparent en plusieurs endroits sur le dessus du pied. Un petit enfoncement est visible sur la partie droite de l’œuvre, au-dessus du petit orteil.  

Description

Co. 6427 correspond à la partie antérieure d’un pied droit. La carnation est peinte en ocre jaune, ce qui, selon les canons de représentation égyptiens, indique que l’œuvre appartenait plus probablement à une figure de femme, les hommes ayant le plus généralement une carnation brun-rouge. Ce fragment d’avant-pied provient très certainement d’une statue en bois presque grandeur nature. Les deux petites chevilles de bois, visibles sur le dessus du pied et au revers sous les orteils, ainsi que dans la cavité visible à l’arrière, au bas de la section dépourvue de pigment, sont les vestiges d’un système d’assemblage par tenon-mortaise, caractéristique de ce genre de sculpture. Par ailleurs, cet élément semble trop lourd pour provenir d’un couvercle de momie. 

 

Ce pied est admirable par sa taille, ses proportions et son traitement réalistes. Les volumes sont bien représentés, notamment le coup de pied et la voûte plantaire, ainsi que l’épaississement de la peau à la base des orteils, donnant l’illusion que le pied est bien posé au sol. Les orteils sont longs, bien espacés, et les ongles représentés par un léger surcreux dans le bois. On note l’alignement et la taille presque naturalistes des orteils, prenant en compte la courbure de l’auriculaire, ainsi que le fait que le doigt du milieu est, en général, plus long et plus haut que tous les autres.  

 

Quoiqu’également enduit d’un badigeon préparatoire de couleur crème, le revers ne présente aucune polychromie. Son traitement est plus sommaire : la voûte est plate, les orteils plus grossièrement taillés. Ces éléments, de même que l’existence de la cheville traversant le pied de part en part, donnent à penser que celui-ci était fixé sur un socle.  

 

Un parallèle peut être établi avec un autre objet du Musée Rodin, la partie antérieure d’un pied gauche d’homme (inv. N° Co. 3400). L’essence des deux objets est différente ; le pied féminin Co. 6427 a été réalisé en tamaris, le pied masculin Co. 3400 en acacia du Nil (ASENSI 2019). De couleur ocre rouge, ce dernier est de plus petite taille que Co. 6427 et arbore un modelé plus pointu, les orteils longs et fuselés étant très espacés les uns des autres. Les deux objets possèdent néanmoins un plan d’assemblage presqu’identique  : une première cheville de bois traverse le pied de part en part pour venir le fixer dans un socle aujourd’hui disparu, et une seconde maintient le pied à la partie inférieure de la jambe. Cet assemblage est assez commun pour ce type de sculpture. Un exemple de la XIXe dynastie illustre ce système de maintien, en négatif : la statuette de jeune femme Inv. N° 3105 de la collection Drovetti du Musée de Turin, dont les pieds sont manquants (SCAMUZZI 1966, pl. LXXI  : «  Une jeune femme  »).  

 

Un autre rapprochement peut être fait avec un avant-pied droit masculin, conservé à l’Ashmolean Museum d’Oxford (Inv. N° E 1970). Réalisée en bois et recouverte d’une polychromie ocre rouge, l’œuvre d’Oxford est elle aussi quasi grandeur nature, et montre un modelé délicat et réaliste très proche de celui de Co. 6427. Ce fragment de pied, daté de la Veme dynastie, proviendrait de Dechacha (ou Deshasheh).  

 

Il semble plausible de suggérer que le fragment de pied Co. 6427 provient de la représentation funéraire d’une maîtresse de maison, elle-même propriétaire de la tombe ou épouse du défunt (tout comme Co. 3398, par exemple). La taille du pied semble écarter la possibilité d’y voir une statue féminine en porteuse d’offrandes (telle Co. 2348). S’il n’y a pas assez d’éléments probants pour confirmer une datation fiable, le rapprochement avec l’avant-pied conservé à Oxford permet cependant de suggérer une datation remontant à l’Ancien Empire.  

Inscription

Anépigraphe.

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