Reliquaire

Serpent lové

ÉGYPTE > PROVENANCE INCONNUE

ÉPOQUE TARDIVE OU ÉPOQUE PTOLÉMAÏQUE > XXVIe - XXXIe dynastie > 656 - 30 AVANT J.-C.

[voir chronologie]

BRONZE (ALLIAGE CUIVREUX)

H. : 5,2 cm ; L. : 14,1 cm ; P. : 4,6 cm 

Co. 5643

Commentaire

Etat de conservation

L'oeuvre présente un très mauvais état de conservation.

Le métal, très oxydé sur l’ensemble de l’œuvre, particulièrement entre les entrelacs de la queue, s’effrite sous les doigts. Le reliquaire, ouvert à l’arrière, est vide. Une ouverture de forme approximativement losangée perce le socle à l’avant du côté droit. On note cinq excroissances de forme non géométrique, correspondant à des défectuosités du métal. Trois sont visibles sur le côté gauche, une autre sous le reliquaire, et une à l’intérieur de celui-ci. Les deux dernières semblent être dans le prolongement l’une de l’autre. On remarque également plusieurs agglomérats de sédiment sur l’ensemble de l’objet.

 

Le reliquaire présente une épaisse couche de carbonates verts assez vifs (malachite). La surface est très grenue. Des traces de terre d’enfouissement sont encore bien visibles. Des chlorures sont disséminés sur la surface. Il a une petite lacune sur l’une des parois et son ouverture est béante sur un des côtés du reliquaire. 

Description

L’œuvre est un reliquaire destiné à accueillir la momie d’un animal divin. Il consiste en un socle creux de forme rectangulaire surmonté d’un serpent, placé approximativement au centre de la face supérieure. La queue du reptile, d’égale épaisseur sur toute sa longueur à l’exception de l’extrême fin qui s’amincit sensiblement pour finir en pointe, s’enroule sur elle-même formant un 8. Deux bélières, de part et d’autre du reptile, l’encadrent. L’une est placée sur le côté avant gauche, l’autre sur le côté arrière droit. Elles permettaient de maintenir le coffret en hauteur sur les parois d’un sanctuaire, par exemple. La tête du reptile repose sur un anneau de la queue et non sur le reliquaire lui-même. Les détails de sa gueule ont complètement disparu.

À l’intérieur du reliquaire, quelques fines bandes de tissu subsistent. On ne peut déterminer aujourd’hui sans d’autres analyses, si le tissu est contemporain ou postérieur à l’œuvre. S’il est contemporain, il pourrait s’agir de restes de bandes de tissu qui entouraient le reptile ou son simulacre entreposé dans ce réceptacle.

 

Les reliquaires de l’Antiquité égyptienne sont des objets archéologiques assez bien connus, les cimetières d’animaux sacrés étant nombreux sur le territoire égyptien. Ils comprenaient deux types d’animaux, les « uniques » et les « multiples » (cf. CHARRON Alain (dir.), La mort n’est pas une fin, Pratiques funéraires en Égypte d’Alexandre à Cléopâtre, Catalogue d’exposition 28 septembre 2002-5 janvier 2003, Musée de l’Arles antique, Arles, 2002, p. 176). La première catégorie regroupe des animaux choisis, parmi ses congénères et par les prêtres grâce à une statue divine qu’ils manipulaient, pour représenter de son vivant une divinité particulière. Les « uniques » les plus connus sont les taureaux Mnévis et Apis dont la plus ancienne attestation d’inhumation date du règne d’Amenhotep III. Ici, avec l’œuvre Co. 5643 il s’agit du reliquaire d’un « multiple ». Ces « multiples » n’étaient pas choisis pour leur caractère sacré mais c’est par les rites de leur mise à mort, leur momification et les prières récitées à cet instant que leur était conféré un caractère divin. Les animaux les plus représentés sont les serpents, les chats, les chiens, les ibis et les crocodiles. Ils n’avaient pas de pouvoir à part entière, c’était le dieu qu’ils représentaient à leur mort qui était encensé. Ils devenaient alors un ba de la divinité, acquéraient un rôle de médiateur et devenaient capables de transmettre les doléances de la population. Les reliquaires étaient créés sur demande des dévots et les prêtres se chargeaient d’y insérer l’animal entièrement momifié, soit une partie de sa momie, voire même un paquetage imitant la forme de l’animal. Ces « meurtres » étaient pratiqués cachés du regard de la population car la loi égyptienne condamnait à mort toute personne ayant tué même accidentellement un animal. Quoiqu’il en soit, ils étaient courants afin de subvenir aux besoins des commanditaires. Au fil du temps, les commandes devenant de plus en plus nombreuses, certaines bêtes étaient ainsi élevées dans le seul but de servir à leur mort d’objet de dévotion.  

Le serpent avait une symbolique très forte dans la mythologie égyptienne. Les forces dangereuses étaient vénérées soit pour gagner leurs bonnes grâces, soit pour vaincre les ennemis. L’œuvre Co. 5643 a été très probablement commandée dans l’un ou l’autre de ces buts. Le serpent représenté sur le reliquaire ne présentant aucune iconographie divine particulière, nous ne pouvons déterminer avec exactitude de quel personnage divin il s’agit. Ce reliquaire serait une commande privée d’un dévot souhaitant se protéger d’un malheur qui le frapperait. 

 

Au British Museum, plusieurs reliquaires présentent la même iconographie, les œuvres EA 71432, EA 71430, EA 71427, EA 36147, EA 36145, EA 35642, EA 12704, ...

Deux reliquaires très similaires sont conservés dans les collections égyptiennes des Musées Royaux d’Art et d’Histoire de Bruxelles (don Emile de Meester de Ravestein en 1884,  E.8841a et E.8841b ; THERASSE Isabelle, in L. Delvaux, I. Therasse, Sarcophages sous les étoiles de Nout, catalogue d’exposition, Bruxelles, Musées royaux d’Art et d’Histoire, 15 octobre 2015-20 avril 2016, Bruxelles, 2015, p. 190-191 et fig. 19).

Œuvres associées

Dans les collections du Musée Rodin, les œuvres Co. 5786 et Co. 2403 sont également des reliquaires surmontés d’un serpent. Néanmoins, il s’agit dans les deux cas de cobra dressé avec la queue allongée (Co. 5786) ou enroulée (Co. 2403), alors que l’œuvre Co. 5643 est un simple serpent.

Inscription

Anépigraphe.

Historique

Acquis par Rodin entre 1893 et 1913.

 

BOREUX 1913 : Meudon, pavillon de l’Alma, vitrine 23 et 24, 533. Serpent enroulé sur une base rectangulaire creuse, ayant servi de sarcophage (Bronze). Long. De la base : 13 cent. 1/2. Haut. De la base 3 cent. 1/2. Estimé vingt-cinq francs.

 

Donation à l’État français en 1916.

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