Fragment de stèle funéraire

Amenemhat, préposé à la proue, adorant Osiris

Égypte > provenance inconnue

Datation > fin de la XVIIIe dynastie, probablement

[VOIR CHRONOLOGIE]

H. 34 CM ; L. 51,2 CM ; P. 7,5 CM

Calcaire polychrome

Co. 3493

Commentaire

Etat de conservation

L’œuvre est en bon état de conservation. Les chants droit et gauche sont originaux, la partie supérieure est en revanche barrée par une large cassure diagonale tandis que le chant inférieur est cassé presque parallèlement à la ligne de sol du relief. La face présente quelques traces d’outil évoquant une petite pointe et le revers est couvert de traces de ciseau. Le chant inférieur a été repris à la râpe. Des traces de polychromie, très partiellement conservées, sont observables à l’œil nu. De la terre de fouille est conservée, principalement sur les chants droit et gauche, et au revers.

Description

Ce fragment de stèle funéraire privée en calcaire polychrome à conservé l’image d’un défunt, en position d’orant devant le dieu Osiris, assis face à lui sur un trône. Son identité est connue par les inscriptions. L’homme, qui s’avance en élevant les bras en signe d’adoration et de prière, paumes tournées vers le dieu, est Amenemhat, préposé à la proue (c’est à dire pilote de vaisseau). Son vêtement, un long pagne bouffant en trois parties assorti d’une tunique transparente couvrant ses bras jusqu’au coude, est typique de la mode des XVIIIe et XIXe dynasties. Vêtement de parade, il souligne son appartenance à une certaine élite. Sa tête est coiffée d’une élégante perruque gaufrée mi-longue et son cou orné d’un large pectoral.

 

D’autres personnages sont mentionnés dans les colonnes de textes. On trouve le nom du fils du défunt, l’échanson Tourefimen (la lecture du nom est incertaine), ainsi que celui d’une dame, Ourel, dont le lien avec le défunt reste inconnu en raison des lacunes du texte.

 

Le dieu est assis sur un trône au dosseret recouvert d’un coussin. Les ligatures marquées sur la ligne de sol seraient peut-être l’indication que la scène se déroule dans une chapelle en bois. Devant le dieu, deux offrandes symbolisent le culte qui lui est rendu : un grand guéridon couvert de tranches de gâteaux et un vase contenant des fleurs. Bien que son nom ne soit pas mentionné dans les textes conservés, Osiris est reconnaissable à tous ses attributs. Sa tête est coiffée de la couronne Atef et son menton prolongé de la barbe postiche. Les traits lourdement fardés, il tient dans ses mains repliées vers sa poitrine le sceptre Héqa et le flagellum Nekhekh. Le corps du dieu est gainé dans un linceul, et son cou est orné d’un large pectoral.

 

Les motifs étaient réalisés en léger creux. Quoique ce ne soit presque plus apparent aujourd’hui, la stèle était entièrement peinte et cette polychromie se discerne par endroits, appliquée sur une sous-couche préparatoire blanc-crème. On trouve de très fins restes de pigment bleu dans les hiéroglyphes et de pigment vert sur les feuillages, tandis que de l’ocre- rouge est encore visible sur les carnations du personnage, le bord droit du vase à fleurs et les lignes séparant les colonnes de texte. Enfin, des pigments verts s’observent encore dans l’incision de la ligne figurant le sol.

 

Si le traitement des visages est soigné, la facture générale de la stèle est de qualité moyenne : le pectoral du défunt se fond ainsi dans sa manche gauche, ou la barbe postiche du dieu semble posée sur son cou, attestant d’une forme de maladresse de la part du sculpteur et d’un manque de finition.

 

Cette stèle privée, mettant en scène un simple particulier en train d’adorer directement une divinité, s’inscrit dans le mouvement général au Nouvel Empire d’essor d’une « piété individuelle » d’un nouveau genre (BAINES & FROOD 2008 ; LUISELLY 2008). Jusque-là cantonnée à l’usage d’objets de petites dimensions comme les amulettes et peut-être à des pratiques dont nous n’avons pas trace, la dévotion de l’élite s’exprime progressivement à partir de la XVIIIe dynastie par un nouvel usage iconographique : la représentation directe des particuliers en train de rendre hommage à des divinités, comme ici, ou à des membres divinisés de la famille royale (comme sur la peinture sur mouna Co. 3431), quand ce privilège (en tout cas dans les images) était jusque-là réservé au seul roi régnant.

 

Outre les vêtements d’Amenemhat, des éléments stylistiques appuient sans conteste une datation située à l’extrême fin de la XVIIIe dynastie. La pratique du relief dans le creux se répand notamment à cette période, et c’est elle qui est employée sur cette stèle, alors que l’inverse (fond légèrement descendu, motifs traités en léger relief plat avec détails incisés) est plus fréquent avant comme après cette période. L’allongement caractéristique des doigts ou encore la ligne de ventre légèrement sinueuse et le pagne dont la taille est figurée en diagonale et non à l’horizontale comme c’est l’habitude avant et après cette période, sont directement hérités de la période amarnienne, c’est-à-dire du règne d’Akhenaton, auxquels s’ajoute le traitement sinueux des courbes du corps masculin (voir, en particulier, le gonflement de la poitrine du dieu). Ces caractéristiques stylistiques naissent avec les autres « innovations » mises en place sous ce roi et sont radicalement bannies dès le courant du règne d’Horemheb, dernier roi de la XVIIIe dynastie, après le retour à la religion traditionnelle et la damnatio memoriae sans appel appliquée à ce souverain et à son règne baptisée le « temps de la révolte ». La présence du dieu Osiris assure également que nous nous situons dans une période post-amarnienne.

 

La provenance de cette stèle n’est pas connue. D’après le style, cependant, le site de Saqqâra pourrait être proposé.

Historique

Fragment d’étiquette avec liseré bleu collé sur la face dans l’angle inf. gauche portant la boucle d’un chiffre; Ancien N° 102 inscrit au graphite sur le chant inférieur ; Co. 3493 inscrit en noir sur une pellicule isolante.

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