Relief

Têtes masculines, de face et de profil

Provenance > Égypte
Datation > Ancien Empire, probablement
Calcaire
H. 20 cm ; L. 34 cm ; P. 3,6 cm.
Co. 3416

Commentaire

Etat de conservation

Ce bas-relief est composé aujourd’hui d’un grand fragment et de trois autres petits, assemblés en 2013. Le revers est plan avec des traces de râpe. Des morceaux de frison, témoins d’un ancien principe de conservation, se sont colmatés sur le revers. Le chant inférieur est plan avec des traces de râpe. Le chant supérieur est, lui aussi, plan, avec un décochement à senestre et des traces de râpe. Le chant dextre, quant à lui, correspond à une cassure. Enfin, le chant senestre correspond à une cassure pour la moitié. Il est plan avec des traces de râpe pour l’autre moitié. 
 
La polychromie d’origine est encore bien visible.
 

Description

Les figures sont dessinées par des incisions, en très léger relief. Quelques éléments sont modelés, notamment l’intérieur des oreilles et les yeux, tandis que le fond a été évidé afin de faire ressortir les figures. 
 
À gauche, un premier visage a été représenté complètement vu de face, fait notable dans l’art égyptien. De forme arrondie, cette figure à la carnation ocre jaune, est ornée de larges oreilles particulièrement bien détaillées et d’une longue barbe trapézoïdale qui se développe depuis le menton. Au centre, les différents éléments qui composent le visage sont parfaitement symétriques, selon l’axe formé par le nez : les sourcils sont arqués, les yeux sont teintés de rouge et en amande, le nez est long et s’achève par des ailes très larges, la bouche est horizontale et charnue. L’homme est coiffé d’un bonnet, ou possède des cheveux courts. Aucun autre élément du corps n’a été représenté.
 
À droite, un autre visage masculin a été dépeint de profil, selon une iconographie bien plus classique ne laissant voir que la partie gauche du visage. L’homme, coiffé d’une perruque longue qui tombe dans la nuque, possède une carnation plus foncée que le personnage de gauche, comme en témoignent les restes de polychromie ocre rouge encore visibles sur le relief. Son oreille et sa barbe quadrangulaire sont également plus petites que celles de l’homme figuré à gauche. Là encore, seul le visage a été matérialisé.
 
Bien que parfaitement détaillés, ces deux visages ne sont pas des représentations de particuliers, ni des modèles de sculpteurs mais bien plutôt des signes hiéroglyphiques, d’ou l’expression relativement neutre des traits. Le signe her (ḥr) – D2 de la liste d’A. Gardiner – est un visage masculin vu de face. Cependant, la représentation est en réalité une stylisation de la face humaine, un assemblage selon une combinaison d’angles de vue de divers signes hiéroglyphiques et d’éléments pour lesquels l’écriture égyptienne ne fournit pas de modèle. En effet, les oreilles ne sont pas vues sous l’angle d’une face réelle et sont artificiellement rapportées sur les côtés du visage. Le dessin de l’oreille est le hiéroglyphe de l’oreille humaine (D18 de la liste de A. Gardiner), livrant ainsi la physionomie d’un personnage aux oreilles décollées. Les lobes et toute la partie proche du pavillon auditif débordent souvent sur les joues. L’oreille est généralement placée au niveau des yeux, parfois un peu plus bas. Pour figurer les yeux, les hiéroglyphes de l’œil (D4 dans la liste d’A. Gardiner), conventionnellement représenté de face par exigence de lisibilité, sont rapportés sur le visage. De même, la bouche reprend le modèle du signe de la bouche (D21 dans liste d’A. Gardiner), très stylisée. Néanmoins, la figuration du nez semble avoir posé plus de problème aux scribes qui ne disposaient pas d’un signe hiéroglyphique existant, puisque cet organe est toujours représenté de profil dans l’écriture (signe D19 dans la liste d’A. Gardiner). Vu de face, il se présente alors avec des ailes très larges, aplati et parfois même épaté. Les autres éléments qui composent ce signe hiéroglyphique her (ḥr) – comme la barbe ou la coiffure –sont, quant à eux, clairement inspirés de l’iconographie de l’Ancien Empire. 
 
L’autre signe représenté à droite du bloc, correspond au signe D1 de la classification de A. Gardiner, le hiéroglyphe tep (tp) – ou dep (dp) d’après D. A. Werning (WERNING 2004). Celui-ci prend la forme d’une tête masculine vue de profil selon un mode de représentation identique aux figurations de personnages dans les scènes dépeintes dans les tombes. Sur le bloc Co. 3416, où la polychromie est encore bien visible, on constate que le signe D2 -le visage vu de face- est peint en jaune, bien que cette couleur soit généralement employée pour les femmes. Au contraire, le signe D1 – le visage vu de profil – est caractérisé par la carnation ocre rouge, également utilisée pour les représentations masculines en deux et trois dimensions. Selon E. Hornung, cette différence de couleur aide à distinguer le hiéroglyphe D1 de D2 (HORNUNG 1996, p. 15-16), au même titre que les coiffures et les barbes.
 
L’association des signes her (ḥr) et tep (tp) – ou dep (dp) – se rencontre dans l’écriture égyptienne pour former hery-tep/dep (ḥr(.y)-tp/dp) « celui qui est sur », « le supérieur », « le chef ». Le fragment conservé au musée Rodin pourrait donc bien être une portion de légende hiéroglyphique, extraite d’une chapelle funéraire d’un grand dignitaire de l’Ancien Empire.
 

Historique

Sans

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