Modèle de sculpteur

Crocodile allongé sur un socle

Égypte > Provenance inconnue.

Époque tardive (ou Basse Époque)- Époque hellénistique (IVe – IIIe siècle avant J.-C.)

[voir chronologie].

Matériau composite.

L. max. 27, 8 CM ; l. max. 11,40 CM ;  H. 10 CM.

 

Co. 3179

Commentaire

Etat de conservation

Moyen. Un morceau de ce modèle de sculpteur a été cassé. Il comprend une partie de la base et les griffes de la patte avant droite du crocodile. L’œuvre présente de nombreux éclats, qui correspondent à des chocs accidentels. La base comporte également des impacts accidentels, et des épaufrures y sont également observées. 

Description

Crocodile allongé reposant sur un socle d’1,7 cm de hauteur. Le socle est cassé quasiment en diagonale de la partie avant gauche jusqu’à l’arrière de la patte avant.

 

L’animal est représenté sur le ventre avec les quatre pattes pliées, la queue repliée vers la droite. Quatre griffes sont grossièrement marquées sur chacune des pattes, sauf sur la patte avant droite qui est cassée. Sa gueule, suspendue en l’air et projetée légèrement en avant, lui confère un aspect quelque peu menaçant. La gueule est traitée relativement sommairement, toutefois on observe les dents de l’animal à l’intérieur de la gueule entrouverte. Elles sont incisées et la mâchoire est puissante.

 

Les écailles osseuses du crocodile (ou scutelles) sont incisées partout sur le corps sauf sur la gueule, les pattes arrière et le dessus de la queue à gauche, avant que celle-ci s’arrondisse. Une ligne rouge part du museau jusqu’à la queue avant qu’elle ne s’arrondisse. Le dessus de la tête est légèrement abîmé et comporte un évidement.

 

Un axe de symétrie a été tracé en rouge sur le dessus du crocodile. Cette ligne de construction est une ligne de repérage pour le sculpteur. Elle court sur l’arête dorsale, du bout du museau jusque sous la base (jusqu’à ½ cm). 

Œuvres associées

 

Pour une œuvre de moindres dimensions reprenant la même iconographie et conservée dans les collections du musée Rodin, voir le modèle en calcaire Co. 836. L’objet se distingue de Co. 3179 par l’aspect plus allongé du crocodile, la présence d’un « pont » sous la gueule et le fait que les écailles soient représentées en relief mais uniquement sur le dessus du corps.

 

Dans la catégorie des modèles de sculpteur représentant des animaux, ceux que l’on retrouve le plus fréquemment sont les taureaux, béliers, lions et faucons les crocodiles ne représentent donc qu’une minorité, au même titre que les canards, les vautours, ibis et babouins (TOMOUM  2005, p. 85-86). Le contexte de découverte de ces objets est rarement connu, il est donc difficile de savoir s’il ne faut y voir que de simples exercices pour des apprentis sculpteurs ou si ils pouvaient également être utilisés comme ex-votos pour les divinités égyptiennes s’inspirant largement du bestiaire égyptien.

 

La majorité des modèles de sculpteur représentant des crocodiles s’avère être en relief plutôt qu’en ronde-bosse. Il s’agit bien souvent de plaques représentant la partie supérieure d’un crocodile qui peut être doté d’un corps humain (New York, Metropolitan Museum, inv. n°21.6.25 : http://www.metmuseum.org/collection/the-collection-online/search/551558?rpp=30&pg=1&ft=sculptor%27s+model+egypt&pos=30) ou de crocodile (Washington, Freer and Sackler Gallery, inv. n°1908.58 : http://www.asia.si.edu/collections/edan/object.cfm?q=fsg_F1908.58 ; Cambridge, Fitzwilliam Museum , E.GA.4545.1943 : http://webapps.fitzmuseum.cam.ac.uk/explorer/index.php?qu=E.GA.4545.1943%20%20&oid=58996 ; Hildeshein, Roemer und Pelizaeus Museum, inv. n°5270 :  http://www.globalegyptianmuseum.org/record.aspx?id=11367 , Caire CG 33490 : EDGAR 1906, p. 83, pl. 63 ; TOMOUM 2006, p. 241, pl. 82c, n° 166).

 

On ne peut manquer d’associer les représentations de crocodiles en ronde-bosse ou en relief au dieu-crocodile Sobek (sur ce dieu, voir CORTEGGIANI 2007, p. 508-510). Le culte de cette divinité est bien attesté dans les régions du Fayoum et de la Thébaïde, en particulier aux époques gréco-romaines, et notamment par l’existence de deux villes principales appelées Crocodilopolis.

 

L’espèce de crocodiles présente en Égypte est appelée Crocodilus Niloticus et ce saurien peut être tantôt adoré ou tantôt révéré. Il symbolise tant le Nil, sur les rives duquel il pullulait, que le pays tout entier, puisque le hiéroglyphe servant à désigner sa queue (kem) est également employé pour qualifier l’Égypte en tant que telle (kémet) (YOYOTTE, VERNUS 2005, p. 209-240).

 

En égyptien ancien, le crocodile est appelé méseh. Plusieurs signes hiéroglyphiques utilisent le crocodile, qu’il s’agisse de sa forme simple allongé avec la queue droite, de celle où la queue est recourbée (pour signifier « rassembler ») ou encore de l’animal emmailloté dans une gaine ou couché sur la figuration d’un sanctuaire (naos), afin de montrer sa forme divine (YOYOTTE, VERNUS 2005, p. 210).

 

Inscription

Anépigraphe.

Historique

Acquis par Rodin entre 1893 et 1913.

Boreux 1913 : Biron, 174, Crocodile allongé, les pattes repliées sur le sol figuré par une base rectangulaire. Les plis écailleux de la peau sont très minutieusement rendus. Calcaire. Long. de la base 27 1/2. Haut (base comprise) 9 cent. 1/2. Objet faux.

Donation Rodin à l'État français 1916.

Commentaire historique

Le modèle fut choisi pour être exposé dès 1913 dans l'hôtel Biron, en préfiguration du nouveau musée. Il figure sur plusieurs photographies prises dans une salle du premier étage de l'hôtel Biron, sur la première étagère de la vitrine centrale. Celle d'Eugène Druet prise vers 1913 (musée Rodin, Ph. 2476) ou celle d'Henri Manuel, non datée (musée Rodin, Ph. 6146), montrent qu'il était manipulé et changé de sens au fil du temps. Le crocodile est aussi présent sur la photographie reproduite dans l'ouvrage de Gustave Coquiot, Rodin à l'hôtel Biron et à Meudon, paru en 1917.

 

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