Femme debout dans un naos

Égypte > Provenance inconnue

Basse Époque

[VOIR CHRONOLOGIE]

calcaire polychrome

H. 15,8 CM ; L. 8,3 CM 

Co. 3052 

Commentaire

Etat de conservation

L'œuvre est en bon état de conservation. 

Description

Cette figure féminine nue, anciennement connue sous le n° DRE 361, appartient au type particulier de femme nue debout dans un naos. L’objet ne peut tenir debout. La figure féminine porte une perruque composée de 15 mèches distinctes dans sa partie inférieure et 15 autres mèches dans sa partie supérieure. Des traces de pigments noirs sont visibles sur l’ensemble de la perruque, notamment entre chaque mèche. Les traits du visage sont finement incisés. Deux traits horizontaux marquent les yeux et deux autres traits parallèles et légèrement arqués indiquent les sourcils. Les traits du nez et de la bouche sont presque complètement effacés mais on distingue un trait horizontal pour la bouche et un autre, légèrement arqué vers le bas indiquant le menton. Des traces de pigments noirs sont visibles sur les traits du visage, en particulier sur les yeux et les sourcils. Le cou est fin et à sa base sont peints en noir deux traits parallèles, le trait supérieur étant plus épais que le trait inférieur, représentant un pectoral ou un collier à deux rangs. Les seins sont petits, ronds et fermes mais éraflés sur les parties saillantes. La taille est fine et ceinte d’un double trait de pigment noir. Joignant ces traits, juste en dessous de chaque sein, sont peints deux ronds noirs pleins. Le nombril est creusé en profondeur, ses bords sont saillants et l’orifice est couvert de traces noires. Le pubis est peint en noir, la partie supérieure du triangle légèrement arquée. Des traces noires sont visibles sur l’ensemble du pubis, notamment vers le bas. Les cuisses et les jambes sont fines. On remarque des traces noires sur les cuisses et les genoux quasiment effacées. Deux séries de pointillés noirs apparaissent entre le genou et la cheville droits et trois séries de pointillés noirs sont visibles entre le genou et la cheville gauches. Les pieds sont petits, les orteils ne sont pas dessinés. Des traces noires apparaissent sur le dessus du pied droit et dans la partie intérieure du pied gauche. Les bras pendent le long du corps, les mains reposant entre le milieu des cuisses et les genoux. Les doigts ne sont pas dessinés. Des traits noirs sont visibles entre l’épaule et le coude gauches ainsi qu’entre le coude et le poignet gauches. Des restes de pigments noirs sont également observables sur le bras droit, mais quasiment effacés. On a donc une figure féminine sortant d’un naos, parées de bijoux et de tatouages.

 

La forme générale de l’objet semble épouser la forme d’un naos et un naos est lui-même représenté en relief sur l’objet, posé sur une ligne horizontale faisant office de base. Il y aurait donc une superposition de deux naos. L’intérieure de la niche est colorée de pigments ocre ainsi que sur les contours du naos, à l’exception de la partie supérieure qui est fortement abîmée. Les faces du naos, notamment les parties supérieures, sont également ornées de traces ocre mais dans des teintes plus claires qu’au niveau des contours. L’endroit est altéré et l’on remarque de nombreux éclats. Les angles inférieurs sont cassés. Le revers est également abîmé et laisse apparaître de nombreuses traces d’outils faisant penser à des ciseaux. De nombreux restes de terre de fouille ont été trouvées au revers.

 

La figurine Co. 2610 est un bel exemple de figurines féminines nues telles qu’elles étaient fabriquées entre la Troisième Période Intermédiaire et la période gréco-romaine. Les figurines représentant des femmes nues sont connues en Egypte depuis l’époque Prédynastique, leurs caractéristiques ayant évolué jusqu’à l’époque gréco-romaine, réparties sur l’ensemble du territoire égyptien, y compris le Sinaï, ainsi que la Nubie (Mirgissa) et la Palestine (Deir el-Balah). Ce type de figurines, présentées dans un naos peut être réalisé en calcaire, mais le plus souvent en terre-cuite, surtout pour la période gréco-romaine. Bon nombre de modèles en terre-cuite ont été mises au jour sur les sites de Tebtynis et de Tell el Herr. Pendant longtemps, ces figurines féminines étaient étroitement associées exclusivement à la sexualité masculine. Leur présence dans les tombes semblait en effet indiquer qu’elles avaient pour rôle de revivifier le défunt et donc de renaître dans l’au-delà, à l’image d’Isis revivifiant Osiris en s’unissant à lui et lui permettant de se régénérer en la personne de son fils Horus. Les figurines féminines ayant un rôle similaire à jouer vis-à-vis du défunt, ceci explique l’importance de leur nudité et l’insistance sur leurs attributs sexuels. Les figurines ont ainsi été considérées pendant longtemps comme étant de simples « concubines du mort ». Néanmoins, la découverte de ces figurines dans des tombes de femmes ainsi qu’en contexte domestique et au cœur de sanctuaires impose de nuancer cette théorie. Etroitement associées à Hathor, elles ne représentent pas toutes la déesse elle-même. Hathor est la déesse de la féminité, de la fertilité, de la fécondité, de l’amour ainsi que la protectrice des défunts. Son culte, particulièrement important au cours de l’Ancien et du Moyen Empire, inclut différentes institutions religieuses regroupant des officiantes, particulièrement actives lors des rites liés à la naissance et à la mort. La plupart des figurines féminines datant du Moyen Empire et de la Deuxième Période Intermédiaire représentent, selon toute vraisemblance, certaines de ces officiantes dédiées à la déesse. Leur présence dans des maisons, des tombes et des temples permettait de perpétuer les rituels hathoriques exercés par ces prêtresses. Ces figurines féminines étaient donc fort probablement des catalyseurs utilisés lors de rituels hathoriques et offerts ensuite à la déesse afin qu’elle facilite la fécondité et la naissance, qu’elle protège les enfants ainsi que les défunts, leur permettant de renaître dans l’au-delà. Ces figurines étaient ensuite déposées en différents contextes en fonction des vœux, d’où leur présence dans des maisons, des temples et des tombes. Ce type de figurine apparaissant au cours de la Troisième Période Intermédiaire, n’est pas sans rappeler l’iconographie des plaques d’Astarte. Ces objets de terre-cuite produits au Levant de l’Age du Bronze jusqu’au cours de la période gréco-romaine, représentent des femmes nues debout avec les attributs iconographiques de la déesse de la guerre et de l’amour qu’est Astarte. Astarte fut introduite dans le panthéon égyptien au cours de la XVIIIe dynastie et fut associée à la déesse Hathor. De tous les types égyptiens de figurines féminines nues, celui auquel appartient la figurine Co. 2610 est un des premiers à adopter une iconographie commençant à ressembler aux plaques d’Astarte.

 

La volonté de représenter le naos est importante. Le naos peut être la partie la plus sacrée du temple, sorte de chapelle à l’intérieur-même du sanctuaire ou bien le tabernacle où se trouve la statue d’une divinité. Ce tabernacle était ouvert tous les matins afin d’accomplir les rites du culte divin journalier et scellé tous les soirs. Selon certains auteurs, il est donc fort probable que ce type de figurine représente de façon marquante les traces de rituels privés se déroulant dans le cadre familial et domestique. L’objet serait lui-même une chapelle dont la figurine est complètement dépendante. Un tel objet permettrait à l’ensemble de la famille d’effectuer des rituels permettant d’assurer la fertilité ainsi que la protection des vivants et des défunts, et ce en contexte domestique mais aussi funéraire et au sien de temples.

 

La figuring Co. 3052 est un travail de très belle facture. La qualité de sa réalisation indique que sa valeur devait être élevée. Cela pourrait suggérer que sa destination était un temple ou bien une tombe bien qu’il soit également tout à fait possible qu’elle servit uniquement, ou bien d’abord, en contexte domestique. La figurine Co. 3052 est donc un exemple de ces figurines féminines, réalisées à l’Epoque Tardive, témoignage d’objets relevant du domaine de la piété personnelle.

Œuvres associées

La figurine Co. 3052 appartient au même type que la Co. 2610.

Le Metropolitan Museum of Art de New York possède dans ses collections deux figurines du même type, la 23.6.78, ainsi que la 23.6.77.

 

Inscription

Anépigraphe.

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