Reliquaire

Poissons barbus bynni

ÉGYPTE > PROVENANCE INCONNUE

ÉPOQUE TARDIVE OU ÉPOQUE PTOLÉMAÏQUE > XXVIe - XXXIe dynastie > 656 - 30 AVANT J.-C.

[voir chronologie]

BRONZE (ALLIAGE CUIVREUX)

H. : 2,8 cm ; L. : 3,7 cm ; P. : 7,3 cm

Co. 2435

Commentaire

Etat de conservation

L'oeuvre est en très mauvais état de conservation.

Le métal oxydé s’effrite au contact des doigts. Les détails décoratifs de l’objet ont complètement disparu. De nombreuses fissures, ayant créé des écailles, parsèment l’œuvre. Celle-ci devait à l’origine reposer sur un réceptacle recevant les restes momifiés (ou leur simulacre) de l’animal représenté. L’objet Co. 2435 est donc incomplet. 

 

Le reliquaire est très altéré par les chlorures et les sulfates. Les parties manquantes du réceptacle ont été reconstituées à l’aide de plâtre qui a contribué à la sulfatation et à l’altération de l’œuvre. La plâtre a été peint de la couleur de la surface de l’œuvre. 

Description

L’œuvre figure deux poissons de dimensions et de genre identiques. Il s’agit de poissons barbus bynni, connus également sous le nom lepidotos, reconnaissables à leur petite nageoire dorsale triangulaire. Ils sont placés parallèlement sur le ventre, reposant sur une base rectangulaire. Un espace d’environ un centimètre les sépare au niveau de la queue.

Les deux poissons présentent les mêmes caractéristiques. Le museau pointu et légèrement relevé introduit une bouche horizontale marquée par une simple ligne. Triangulaire et épineuse, la nageoire dorsale se dessine dans le prolongement du front. Le corps se rétrécit de façon progressive et naturelle jusqu’à la nageoire caudale. On note l’absence des nageoires pectorales.

Originellement, les poissons ne touchaient la base qu’au niveau de l’estomac et de la pointe inférieure de la nageoire caudale. Aujourd’hui, l’oxydation du métal a comblé tous les espaces autrefois vides, à l’exception du dessous de la tête du poisson de gauche et de la naissance de la queue de celui de droite.

 

Les reliquaires de l’Antiquité égyptienne sont des objets archéologiques assez bien connus, les cimetières d’animaux sacrés étant nombreux sur le territoire égyptien. Ils comprenaient deux types d’animaux, les « uniques » et les « multiples » (cf. CHARRON Alain (dir.), La mort n’est pas une fin, Pratiques funéraires en Égypte d’Alexandre à Cléopâtre, Catalogue d’exposition 28 septembre 2002-5 janvier 2003, Musée de l’Arles antique, Arles, 2002, p. 176). La première catégorie regroupe des animaux choisis, parmi ses congénères et par les prêtres grâce à une statue divine qu’ils manipulaient, pour représenter de son vivant une divinité particulière. Les « uniques » les plus connus sont les taureaux Mnévis et Apis dont la plus ancienne attestation d’inhumation date du règne d’Amenhotep III. Ici, avec l’œuvre Co. 2435 il s’agit du reliquaire d’un « multiple ». Ces « multiples » n’étaient pas choisis pour leur caractère sacré mais c’est par les rites de leur mise à mort, leur momification et les prières récitées à cet instant que leur était conféré un caractère divin. Les animaux les plus représentés sont les serpents, les chats, les chiens, les ibis et les crocodiles. Ils n’avaient pas de pouvoir à part entière, c’était le dieu qu’ils représentaient à leur mort qui était encensé. Ils devenaient alors un ba de la divinité, acquéraient un rôle de médiateur et devenaient capables de transmettre les doléances de la population. Les reliquaires étaient créés sur demande des dévots et les prêtres se chargeaient d’y insérer l’animal entièrement momifié, soit une partie de sa momie, voire même un paquetage imitant la forme de l’animal. Ces « meurtres » étaient pratiqués cachés du regard de la population car la loi égyptienne condamnait à mort toute personne ayant tué même accidentellement un animal. Quoiqu’il en soit, ils étaient courants afin de subvenir aux besoins des commanditaires. Au fil du temps, les commandes devenant de plus en plus nombreuses, certaines bêtes étaient ainsi élevées dans le seul but de servir à leur mort d’objet de dévotion.

Le poisson bardeau (barbus bynni Forskal) ou lépidote (lepidotos, du grec ancien signifiant « écaille ») est plus communément connu sous l’appellation de « carpe du Nil » (voir VERNUS Pascal, « Barbeau lépidote », in P. Vernus, J. Yoyotte, Bestiaire des Pharaons, Paris, 2005, p. 204-205 et bibliographie p. 756).

Le matériel votif attestant de sa dévotion est multiple dès le Nouvel Empire mais particulièrement abondant à l’époque tardive (amulettes, figurines, momies, sarcophages et reliquaires similaires au Co. 2435). Il était associé à la déesse lionne Mehyt, « Maîtresse de Thinis, ville de Haute-Égypte et capitale politique à l’époque thinite, 3100 - 2700 avant J.-C., (voir « Mehyt », in J.-P. Corteggiani, L’Égypte ancienne et ses dieux : dictionnaire illustré, Paris, 2007, p. 314-315). Comme toutes les déesses lionnes, Mehyt est une divinité dangereuse, colérique et destructrice que seul l’exercice de son culte peut apaiser. 

 

D’autres reliquaires présentant un ou plusieurs poissons sont conservés dans différents musées du monde. Le type de poisson le plus fréquemment représenté est le poisson oxyrhynchus, par exemple au Museo Egizio di Torino (n° d’inventaire S. 18097) ou au MMA de New York (n° d’inventaire 03.4.30 et 04.2.660). Sa longue nageoire dorsale le différencie du poisson barbus bynni.

On note néanmoins un nombre conséquent de poisson barbus bynni notamment au Musée du Louvre (n° d’inventaire E 3099, AF 283, N 4014 D, E, F, G, H et I).

Au Penn Museum de Philadelphie, quelques figurines en bronze de poisson sont conservées, toutefois aucune information quant à leur type n’est précisée (n° d’inventaire 69-29-796, 69-29-780, 69-29-794, 29-85-589 et 29-70-726).

Un porte-enseigne en bronze, destiné à être fichée au bout d’un bâton, présente l’iconographie similaire de deux poissons (Berlin, numéro d’inventaire 2570, ROEDER Günter, Ägyptische Bronzefiguren, Berlin, 1956, p. 451 § 616 c, fig. 673 et pl. 61 i). Les poissons du porte-enseigne de Berlin sont de dimensions nettement supérieures (10,5 cm de long) à ceux du Co. 2435 (environ 3 cm).

Œuvres associées

Les collections du musée Rodin ne conservent que ce seul exemple de reliquaire de poisson sacré.

Inscription

Anépigraphe.

Historique

Acquis par Rodin entre 1893 et 1913.

 

BOREUX 1913 : 402. 

 

Donation à l’État français en 1916.

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