colonnette papyriforme

Scène mythologique

ÉGYPTE > PROVENANCE INCONNUE

ÉPOQUE GRECQUE OU ROMAINE > 332 AVANT J.-C. – 395 APRÈS J.-C.

[voir chronologie]

BRONZE (ALLIAGE CUIVREUX)

H. : 14 cm ; L. : 2,1 cm ; Pr. : 1,4 cm 

Co. 2398

Commentaire

Etat de conservation

L’œuvre est en mauvais état de conservation. 

Le métal est oxydé et les détails sont patinés. De nombreuses concrétions blanchâtres, des chlorures, mélangées à de la terre d’enfouissement sont visibles sur l’ensemble de l’objet, particulièrement sur la tige de la partie inférieure. 

L’œuvre présente une surface composée de sels noirs et de carbonates de cuivre vert pâle avec des traces de sulfates. La surface reste cependant assez lisse. 

Description

L’objet présenté ici se compose de deux parties. 

La première est une colonnette papyriforme au fût bombé et à la base et au chapiteau circulaire. On note un resserrement du fût à l’amorce du chapiteau. Un animal est représenté grimpant le long du fût de la colonne. Il s’agirait soit d’un chat (d’après l’échelle), soit d’une musaraigne allongée. Son museau pointu annonce de hautes oreilles, largement comblées de chlorures blanches. Deux petites cavités marquent les yeux. Son dos, arrondi, précède une longue queue, fine et représentée étendue le long de la colonne. Les quatre pattes ont été figurées de chaque côté du corps. 

 

Le chapiteau de la colonnette sert de support à une seconde scène. Un personnage s’y tient debout, probablement soit une femme, soit un enfant d’après les rondeurs de son corps. Une autre figure, vraisemblablement animale, se tient le long de sa jambe gauche ; il est possible d’y voir peut être l’image d’un babouin, assis sur son postérieur, pattes avant reposant sur ses genoux. Son museau est carré et ses oreilles sont rondes. Une crinière recouvre ses épaules. On retrouve ici la position stéréotypée du babouin accroupi, animal sacré du dieu Thot. 

 

Surmontant le personnage auprès duquel l’animal est assis, un homme se tient debout, représenté à une échelle moindre. Les traits de son visage sont aujourd’hui peu discernables, mais il s’agirait de la divinité Bès. D’allure svelte, il est représenté de face, le bassin large et les jambes arquées. Il porte une perruque courte ronde qui encadre son visage, recouvrant ainsi les oreilles ; s’il s’agit bien d’un Bès, il faut y voir une crinière. Ses oreilles sont proéminentes, ses épaules sont larges, sa taille est fine et ses jambes massives. Une excroissance de métal suggère la présence de parties génitales, aujourd’hui masquées. Un objet épais, long et strié horizontalement est maintenu dans les mains du dieu, il s’agit certainement d’une lyre comme on peut le voir sur l’œuvre du Metropolitan Museum of Art 17.194.2234 ; voir également ROEDER Günter, Ägyptische Bronzefiguren, Berlin, 1956, § 140 d, t. 14 [g, h]. Plusieurs sillons obliques sont encore visibles sur son corps, marquant les pectoraux et l’aine, celle-ci étant surmontée d’un nombril rond. De dos, deux lignes dessinent les muscles fessiers. On remarque également que le creux des genoux est figuré. La divinité pose sa jambe gauche sur l’épaule gauche du personnage situé sous lui et sa jambe droite, fléchie, au sommet de son crâne. Bras gauche placé le long du corps, la femme, ou l’enfant, lève le bras droit pour saisir la cheville droite du Bès. 

 

Deux autres exemples peuvent être rapprochés de l’œuvre Co. 2398, où l’image d’un enfant est surmontée d’une figure de Bès. La figurine du musée de Berlin n° 13125 et celle du musée d’Athènes n° 596 (respectivement ROEDER Günter, Ägyptische Bronzefiguren, Berlin, 1956, § 138 i, t. 14 [q] et § 611 f, t. 87 [c]). On peut également citer celle du Penn Museum n° 29-71-747C

 

Tant l’objet que la scène est rare, mais attestée en Égypte ancienne. L’association de Bès au dieu Thot, représenté ici grâce à la présence du babouin, rappelle le Mythe de le Déesse Lointaine (cf. CORTEGGIANI Jean-Pierre, L’Égypte ancienne et ses dieux : dictionnaire illustré, Paris, 2007, p. 298-299). Cette légende raconte une dispute, particulièrement violente, entre Rê et une déesse féline dont l’identification change selon les versions. Selon le Livre de la Vache Céleste, la colère de la déesse, souvent assimilée à Mout, Sekhmet ou Tefnout, est due à l’humiliation d’avoir été trompée par son père Rê. Celui-ci ayant ordonné à sa fille le massacre des humains, la déesse exauça les souhaits de son père au-delà de ses espérances. Pour calmer ses ardeurs, Rê décida d’enivrer la déesse avec de la bière rougie artificiellement, simulacre de sang humain. Humiliée, la déesse se refugia dans une lointaine contrée située en Nubie. Rappelée par Rê, la déesse orgueilleuse refusa de mettre fin à son exil volontaire. Rê envoya alors Thot sous la forme d’un babouin et Chou, appelé ici Onouris (« Celui-qui-ramène-la-Lointaine ») pour convaincre la déesse de revenir. Apaisée, la déesse retourna en Égypte, accompagnée de Bès qui la divertit en jouant et dansant tout au long du voyage.

S’il s’agit bien de ce mythe, l’animal représenté sur le fût serait plus vraisemblablement un chat et non une souris et le personnage serait plutôt l’image d’une déesse que celle d’un enfant. Les figures de Bès du British Museum EA20845 et du Metropolitan Museum of Art 04.2.103 racontent la même légende. 

 

La finalité de la colonnette Co. 2398 reste, en revanche indéterminée. Le plus probable serait d’y voir un manche fragmentaire ou le sommet d’un pavois.

Œuvres associées

Les collections du musée Rodin ne conservent aucun œuvre similaire à Co. 2398. 

Inscription

Anépigraphe. 

Historique

Acquis par Rodin entre 1893 et 1913.

 

 

Donation à l’État français en 1916.

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