Amulette de chatte

Déesse anthropomorphe

Egypte > Provenance exacte inconnue

Basse Époque

[VOIR CHRONOLOGIE]

H. 8,4 CM : L. 3 CM : P. 3 CM

Faïence

Co. 2392

Commentaire

Etat de conservation

L'œuvre est en mauvais état de conservation. Cassé sur la partie droite du crâne, à l’arrière de la tête. De nombreux défauts sont visibles sur l’ensemble de la glaçure. La figurine empoussiérée et de la terre de fouille se trouve dans les replis.

Description

Cette figurine représentant une chatte anthropomorphe a été réalisée en faïence vernissée verte. La figurine se tient debout, bras le long du corps, mains collées aux cuisses. Les bras ont été soigneusement libérés du corps, mettant ainsi en valeur la taille gracile et féminine de la déesse. En position de marche, son pied gauche est avancé. Le sommet droit du crâne a disparu dans une cassure. Seule subsiste l’oreille gauche, proéminente et très fine, sur laquelle se remarque deux orifices recouverts par la glaçure. S’agit-il des stigmates de bulles d’air ou bien de l’indication de percements destinés à accueillir des boucles d’oreille ? La divinité est coiffée d’une perruque tripartite sur laquelle repose une crinière longue, aux touffes soigneusement peignées. Le visage possède des traits félins, les arcades sourcilières sont saillantes, les yeux, arrondis, sont en léger relief. La gueule est ouverte, la truffe est légèrement retroussée. La perruque descend jusque sous les omoplates. La divinité, à la silhouette élancée, est vêtue d’une robe fourreau descendant jusqu’aux chevilles. Les bretelles et le bas de cette robe sont ornés d’une ligne noire. Ce même trait de peinture matérialise un large bracelet, peint sur le haut des bras et les poignets.

 

Les seins sont légèrement saillants. Les fesses sont légèrement rebondies, une légère incision horizontale indiquant le haut des cuisses. Les poings sont serrés et il n’est pas possible de distinguer les doigts. On remarque cependant qu’un objet plat, tenu dans les mains, pend de chaque côté. A l’arrière du crâne, une bélière a été ménagée. La figurine repose sur une petite base rectangulaire. Elle a été ultérieurement fixée sur un socle en pierre de type marbre rouge, à une époque contemporaine de sa mise en vente sur le marché de l’art.

 

Il s’agit de toute évidence d’une représentation de la déesse Bastet. Déesse ancienne, Bastet était originellement vénérée dans la ville éponyme de Bubastis, ou Tell Basta. Divinité liée au culte hathorique, elle garantit la protection du foyer, la maternité ainsi que la douceur féminine. Si dans l’imaginaire collectif, Bastet est cette déesse apaisée et apaisante, il faut pourtant attendre la Troisième Intermédiaire pour que l’image de la déesse se fixe dans ce sens. Auparavant, c’est une déesse féline qui inspire la terreur, à l’instar de la lionne Sekhmet, et qu’il faut sans cesse apaiser afin d’éviter sa fureur. La différence majeure entre les déesses Bastet et Sekhmet, toutes deux visages d’Hathor, réside sans doute dans le caractère nourricier de Bastet (CORTEGGIANI, 2007, p.79-80). Par la suite, elle devient avant tout la chatte bienveillante, visage apaisé de Sekhmet. Tantôt lionne, tantôt chatte, l’iconographie de la déesse est variée. Souvent représentée avec un corps anthropomorphe, ses nombreuses représentations retrouvées dans ses sanctuaires -les boubasteion- sous la forme d’une chatte assise ou couchée, parfois accompagnée de chatons, frappent l’imaginaire. C’est après la Troisième Période Intermédiaire que le culte de Bastet devient de plus en plus populaire et que la déesse intervient de façon marquante dans les pratiques religieuses privées. La figurine Co.2392 rassemble tous les éléments caractéristiques de l’iconographie de Bastet dont la gueule ouverte incarne la volonté de repousser les forces maléfiques.

 

La figurine Co. 2392 s’inscrit dans la longue tradition des amulettes égyptiennes. Ces objets, aux dimensions généralement petites, apparaissent dès le début de l’histoire. Le mot amulette peut être traduit de différentes façons en égyptien mais l’étymologie renvoie toujours à la notion de protection. Ce terme désigne donc tout objet ayant une fonction protectrice pour son porteur. Les amulettes peuvent être de différentes matières et représenter des symboles mythologiques, comme par exemple l’œil oudjat, le pilier djed ou bien des signes hiéroglyphiques ou encore des représentations de divinités. Il peut aussi s’agir de rouleaux de papyrus contenant des incantations magiques, pliés selon un certain procédé et portés par la personne à protéger. Cette tradition sera notamment très répandue au cours de la période ramesside (voir DONNAT, 2016). Avant le Nouvel Empire, les amulettes sont surtout retrouvées en contexte funéraire. En effet, ces objets étaient utilisés aussi bien pour les vivants que pour les morts et durant toute l’histoire pharaonique, on en plaçait, parfois en larges quantités, entre les bandelettes des momies afin d’assurer au défunt un voyage paisible dans l’au-delà. Les amulettes sont également portées sur soi, comme pendentifs, bracelets ou bagues, comme ce fut notamment le cas à Amarna (STEVENS 2009, p.10). Néanmoins, la production des amulettes s’intensifie nettement au cours de la XVIIIème dynastie. La production industrielle d’objets en faïence influe également la fabrication d’amulettes dont les matières et formes deviennent de plus en plus variées. Les amulettes sont un élément central de la piété populaire. Il n’est pas exclu que certaines d’entre elles étaient suspendues ou placées à divers endroits de la demeure afin d’assurer la protection de la maisonnée. Un solide système de suspension a été moulé à l’arrière du crâne de la déesse figurée sur l’amulette Co. 2392. Malheureusement, les rites de consécration de ces objets sont encore mal connus.

 

Bien qu’artificielle, la couleur bleu-vert de cette amulette est chargée de symbolique divine, soigneusement distinguée dans l’écriture de la couleur bleue naturelle pour laquelle les Egyptiens ajoutaient maa (véritable) devant hesebedj (bleu). Parmi les matières premières nécessaires à la fabrication d’objets émaillés de couleur dite “bleu égyptien”  se trouve la silice, élément nécessaire à la vitrification. La silice se trouve en particulier dans le quartz (disponible dans le désert oriental et à Assouan) ainsi que dans le sable d’Egypte.  L’ajout de feldspaths à la pâte peut compléter l’apport en silice. Comme il est nécessaire d’ajouter des substances au quartz pour le faire fondre à basse température, on retrouve dans les pâtes égyptiennes des alcalins tels que la soude, présente dans le natron disponible en particulier dans le Ouadi Natroun. L’ajout de chaux permet de former des silicates, permettant la fusion du quartz à basse température. Des éléments tels que la gomme arabique, l’argile et le natron sont également nécessaires pour conférer de la plasticité au quartz. C’est par l’oxyde de cuivre, issu de la calcination et de l’oxydation du cuivre, que naît cette tonalité bleue caractéristique de l’ancienne Egypte. Le cuivre était disponible dans le Sinaï, le désert oriental ou importé de Nubie et d’Asie mineure. L’ajout de cobalt pour renforcer la couleur bleue est possible. De toute évidence, la figurine Co. 2392 a été obtenue par moulage. 

 

La collection égyptienne du musée Rodin  conserve une autre figurine de Bastet en faïence similaire à la Co. 2392, à savoir la Co. 2396.

 

Des exemplaires similaires sont conservés dans différents musées, par exemple celui du Louvre E22709 ou celle du Petrie Museum UCL36125.

Inscription

Anépigraphe.

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