Osiris

ÉGYPTE > PROVENANCE INCONNUE

ÉPOQUE tardive ou époque Ptolémaïque > XXVIe - XXXIe dynastie > 656 - 30 AVANT J.-C.

[voir chronologie]

BRONZE (ALLIAGE CUIVREUX)

H. : 9,6 cm ; L. : 2,5 cm ; P. : 1,4 cm  

Co. 2384

Commentaire

Etat de conservation

L'oeuvre est en  mauvais état de conservation. L’œuvre est très oxydée. Les chevilles sont enserrées dans une gangue épaisse où de la masse oxydée se mélange au sédiment dans lequel reposait la statuette. On retrouve ce même sédiment dans les creux de la figurine. 

 

Elle présente une couche de carbonates verts assez vifs (malachite) sur des oxydes rougeâtres (cuprite). La surface est grenue et n’a vraisemblablement jamais été nettoyée. Des traces de gangue d’enfouissement terreuse blanchâtre sont encore bien visibles en particulier en croute épaisse autour du pied. Des chlorures sont disséminés sur la surface mais il n’est pas certain qu’ils soient encore actifs.

Description

L’œuvre figure le dieu Osiris debout, les jambes jointes et les bras croisés sur la poitrine. La main droite serre le sceptre heqa et la main gauche le fouet nekhakha dont les lanières retombent le long du bras droit. Osiris est coiffé d’une imposante couronne atef, composée d’une mitre centrale flanquée de deux hautes plumes d’autruche. Un grand uraeus frontal vient compléter la couronne. Le corps de la divinité est entièrement recouvert de l’habit traditionnel d’Osiris, un linceul funéraire sous lequel transparaissent ses membres. Ce manteau enveloppant remonte au niveau des épaules.

Le visage du dieu est allongé. Malgré le mauvais état de conservation de la statuette, on remarque que les yeux très ouverts sont étirés vers les tempes, que le nez est large et la bouche est pulpeuse. Les oreilles, grandes, sont orientées de face. Une longue barbe postiche tressée prolonge le menton jusqu’au sternum.

 

Avec un décor entièrement gravé de face et une épaisseur réduite (environ 0,5 cm), cette petite figurine était conçue pour être vue de face, comme les figurines d’Osiris en bronze  Co. 806, Co. 2368, Co. 2382, Co. 2383, Co. 2394 et Co. 2426 de la collection Rodin. 

 

Si le mythe d’Osiris, souverain du monde des morts, est divulgué dès l’ère classique grâce au texte de Plutarque, Isis et Osiris, les sources pharaoniques présentent dès l’Ancien Empire les éléments essentiels du mythe. Fils aîné de Geb, dieu de la terre, et de sa sœur Nout, déesse du ciel, Osiris représente le modèle du souverain idéal. Le chapitre 175 du Livre des Morts relate la façon dont Rê le désigna pour le succéder, en le coiffant de la couronne atef. Bien que sa sœur et épouse Isis, experte en magie, assure sa protection, elle ne peut empêcher sa mise à mort par jalousie par leur frère Seth. Osiris devient alors le seigneur du monde souterrain et protecteur des défunts. Son épouse Isis prend l’apparence d’un oiseau pour réanimer le cadavre reconstitué d’Osiris en battant des ailes. C’est lors de cet épisode que leur fils Horus est conçu. Cette naissance a une importance particulière en Égypte ancienne car elle symbolise la vie naissant de la mort, Osiris étant décédé sans laisser d’héritier. 

Associé à la mise en place des cycles de renouvellement, un important rite se développe en Abydos.  Chaque année, sur une statue de la divinité façonnée en terre, des plantes germaient. Ce rite symbolisait ainsi la renaissance de la nature. Coïncidence surprenante, dans les collections d’objets égyptiens acquis par Auguste Rodin se trouve une petite cuve d’Osiris végétanten calcaire de l’époque ptolémaïque, caractéristique de la fête de Khoïak (Musée Rodin Co. 5627, inédite). Osiris est également associé à la crue du Nil, qui apportait les mêmes bienfaits et moyens de subsistance à l’Égypte. C’est dans son rôle funéraire qu’Osiris aura le plus de popularité. Les égyptiens se sont rapidement identifiés à ce dieu qui pouvait leur assurer une vie après la mort. Le mythe d’Osiris est de ce point de vue également fondateur car il insiste sur la transmission du pouvoir père-fils, le fils ne pouvant succéder à son père qu’une fois les rites funéraires accomplis.

 

Le type de figurine dont relève la statuette Co. 2384 reflète la piété personnelle envers ce dieu. Il s’agit pour la plupart d’ex-voto, déposés en offrande par les fidèles. Plusieurs ensembles de ces statuettes en bronze, très répandues à l’époque tardive et l’époque ptolémaïque ont été retrouvés dans les temples. Leur production semble s’être ralentie, sinon arrêtée à l’époque romaine. 

Notons enfin que la statuette est très fine et petite, donc légère, ce qui laisse supposer qu’elle servait d’amulette à un dévot. 

 

Très nombreuses à l'époque pharaonique, elles le sont également dans les collections des musées. En voici quelques exemples. 

Musée du Louvre, Paris : E 3753, AF 12858, N 3951C.

Penn Museum, Philadelphie : 29-70-677, 29-70-704, E 2358, E 3231, E 3236, E 3228, E 3226, E 11558, E 11559, 29-70-646, …

British Museum, Londres : EA 90438, EA 36063, EA 58376, EA 59747, EA 60717, EA 11117, EA 11054, EA 67159, EA 34868, EA 24718…

Walter Art Museum, Baltimore : 54.551.

Metropolitan Museum of Art, New York : 41.6.4, 61.45, 04.2.438, 04.2.578, 90.6.10, 10.130.1339, 04.2.577, 04.2.439, X.609.9, X.609.10, X.609.1 …

Œuvres associées

Les collections du Musée Rodin conservent plusieurs statuettes en bronze d’Osiris similaires à l’œuvre Co. 2384, notamment Co. 772, Co. 790, Co. 792, Co. 806, Co. 2368, Co. 2382, Co. 2383, Co. 2387, Co. 2394, Co. 2412 et Co. 2426.

Inscription

Anépigraphe.

Historique

Acquis par Rodin entre 1893 et 1913.

Donation à l’État français en 1916.

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