Ouchebti en costume des vivants

Contremaître

Égypte > provenance inconnue.

Nouvel Empire, XIXe dynastie

[VOIR CHRONOLOGIE].

Pierre dure gris-vert foncé (grauwacke probablement).

H. 5 CM ; L. 4,6 CM ; P. 2,4 CM

Co. 2381

Commentaire

Etat de conservation

Bon. Seule la tête et les épaules de la statuette funéraire sont conservées, jusqu’au milieu de la poitrine. La cassure est nette, elle part en oblique du bras droit au bras gauche. Une partie de la main droite est visible. Un fragment du bras gauche est en lacune.

 

Les détails du visage, de la perruque et des outils agricoles sont finement incisés, les boucles de la perruque sont particulièrement bien définies. Au dos, un résidu poudreux et blanchâtre est observable dans les creux de la perruque.

La partie saillante du visage a été arasée : le nez n’est pas conservé mais les yeux, la bouche et le menton sont parfaitement reconnaissables.

Description

Ouchebti en pierre dure de couleur gris foncé, grauwacke probablement. Le personnage devait être représenté debout, les pieds joints. Les manches plissées de son vêtement indiquent qu’il s’agit d’un serviteur funéraire « en costume des vivants », c’est-à-dire qu’il était vêtu d’un grand pagne et d’une longue tunique. Il ne porte pas de collier. L’arrondi du décolleté du vêtement est nettement visible sous son cou, ainsi que les larges manches, au lin soigneusement plissé, de la chemisette luxueuse d’un personnage de rang supérieur.

 

Les bras étaient croisés sur la poitrine, chaque main fermée tenant une petite houe incisée dans la pierre. Le pouce droit, tendu, et une partie de l’index droit sont conservés et il est visible que les doigts étaient à l’origine soigneusement détaillés. La tête est ornée d’une longue perruque tripartite à revers qui descend sur les épaules et qui laisse les lobes des oreilles découverts. Cette perruque sophistiquée, ornement de la tête du contremaître, est constituée en deux parties. Des mèches bouclées en zigzag, qui partent du sommet de la tête et rayonnent autour du crâne, ondulent en zigzag jusqu’au niveau des épaules. Sous cette épaisse perruque, deux revers recouvrent les épaules à l’avant du personnage. Les boucles de ces deux revers, étagées et cylindriques, sont résolument différentes de celles de la perruque sommitale. L’épaisseur confortable de la perruque accorde au sommet du crâne du personnage un rendu plat. Les traits du visage fin et allongé du contremaitre, loin d’être écrasés par cet imposant postiche, sont au contraire mis en valeur.

 

Le visage, de forme ovale, se termine par un menton orné d’une toute petite barbe (bien visible de profil). Le nez a été aplati par un choc. Les yeux, grand ouverts, sont légèrement saillants. La paupière supérieure porte un épais trait de maquillage qui s’étire gracieusement jusqu’aux tempes. Il est rendu en relief, tout comme les sourcils, bien marqués et plutôt fournis (en particulier au-dessus de l’œil gauche). La bouche est petite, et les lèvres, charnues, sont placées horizontalement.

 

L’ouchebti faisait partie de l’équipement funéraire des défunts aisés (sur ce type de figurines funéraires, voir BOVOT, ZIEGLER 2003). Au fil du temps, ces figurines funéraires étaient réunies dans la tombe en nombre de plus en plus conséquent. Chargée de répondre à l’appel du défunt pour effectuer à sa place les tâches agricoles dans le monde des morts (transposition de celui des vivants), la figurine Co. 2381 tient dans ses poings fermés des houes, instruments aratoires. D’autres outils agricoles sont visibles dans son dos : une palanche est suspendue à l’épaule droite, deux petits pots ronds y sont accrochés, et un sac de graines, rendu par un quadrillage finement incisé, est placé derrière son épaule gauche.

 

Le matériau et le style de l’ouchebti Co. 2381 permettent de le dater avec assurance de la XIXe dynastie (époque ramesside). C’est en effet à l’époque de Ramsès II que les serviteurs funéraires sont parfois équipés d’un grand pagne, semblable à celui que les dignitaires portaient de leur vivant. (Cf. AUBERT 2005)

 

Ces serviteurs sont appelés « contremaîtres », car ils devaient commander les humbles corvéables, représentés momiformes. De nombreux exemplaires en sont connus, tel le « contremaître funéraire d’Ipepty », conservé au musée du Louvre (E 5644). Cet ouchebti en très bon état de conservation, daté entre 1300 et 1150 av. J.-C., partage de nombreux points communs avec Co. 2381 (matériau, perruque, houes, barbichette). Un autre contremaître de même style, mis au jour au Ramesseum, a été réalisé avec une finesse d’exécution exceptionnelle. Il est au nom de l’intendant Ptahmès (Louvre AF 12824).

Œuvres associées

La collection du musée Rodin comporte plusieurs figurines de serviteurs funéraires, de différentes époques et de styles variés. La datation de l’ouchebti Co. 2381 permet de le rapprocher de l’ouchebti momiforme Co. 2357, au nom de Pentaour (XIXe dynastie, calcaire polychrome). D’autres exemplaires, datés de l’époque ramesside mais en terre cuite, sont de style fort différent : Co. 2350, Co. 2416 et Co. 2431.

Inscription

Anépigraphe (en raison de l'état de conservation de l'objet).

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