Reliquaire

Tête de Thot sous sa forme d'Ibis

ÉGYPTE > PROVENANCE INCONNUE

ÉPOQUE TARDIVE OU ÉPOQUE PTOLÉMAÏQUE > XXVIe - XXXIe dynastie > 672 - 30 AVANT J.-C.

[voir chronologie]

BRONZE (ALLIAGE CUIVREUX)

H. :  cm ; L. :  cm ; Pr. :  cm 

Co. 2380

Commentaire

Etat de conservation

L’œuvre présente un état mauvais état de conservation. 

Le métal est très oxydé et corrodé bien que les détails soient encore visibles. La tête d’ibis est entière à l’exception du bout du tenon qui est brisé et du bec. On note des traces de gangue d’enfouissement terreuse et ocre-jaune encore visibles. L’incrustation des oiseaux est manquante. 

 

L’œuvre présente une couche de carbonates verts assez vifs (malachite) sur des oxydes rougeâtres (cuprite). La surface est grenue et n’a vraisemblablement jamais été nettoyée. Des chlorures sont disséminés sur la surface mais il n’est pas certain qu’ils soient encore actifs. Les incrustations des yeux manquent et le tenon de l’extrémité du cou était destiné à être fiché dans un corps en bois.

Description

L’œuvre Co. 2380 figure une tête d’ibis sur laquelle un tenon s’échappe de la base du cou. Ce tenon permettait d’insérer ce fragment dans un corps d’ibis en bronze ou en bois. Pour des statuettes complètes, voir GUICHARD Hélène (dir.), Des animaux et des pharaons. Le règne animal dans l’Égypte ancienne, Catalogue d’exposition, Lens, Musée du Louvre-Lens, 5 décembre 2014 - 9 mars 2015, Paris, Lens, 2014 et la statuette en bronze ÆIN 270 de la Glyptothèque Ny Carlsberg de Copenhague JØRGENSEN Mogens, Catalogue Egypt V. Egyptian Bronzes Ny Carlsberg Glyptotek, s. l., Ny Carlsberg Glyptotek, 2009, n° 84.1, p. 240-241). 

 

La tête, aplatie au niveau du front, est prolongée d’un long bec où de nombreux sillons et arêtes rendent avec réalisme les détails anatomiques. En effet, deux fines lignes continues entourent l’arête supérieure du bec traitée en relief. Les yeux sont encadrés de deux lignes arrondies et visibles uniquement de profil. Elles soulignent l’arcade sourcilière et les joues. Les yeux sont rendus par deux cavités rondes dans lesquelles était placée une incrustation de pâte de verre ou d’une pierre. De cette incrustation, seul subsiste un dépôt jaunâtre, dans la cavité de l’œil droit. Un autre sillon, profond, marque l’ouverture du bec. Le dessous de celui-ci est concave et met en relief les mandibules. Derrière les yeux, deux autres petites cavités circulaires figurent les oreilles. Le cou présente une courbure et une épaisseur naturelles. 

L’œuvre présente une attitude et un traitement très naturaliste, qui mettent en évidence les qualités d’observation du peuple pharaonique. 

 

Il existait deux sortes d’ibis en Égypte, l’« ibis blanc » (ibis aethiopica sive religiosa) et l’« ibis noir » (ibis falcinellus), auxquels Hérodote consacre son chapitre 76. Le premier affiche un plumage entièrement blanc et un bec rose, alors que le second a le cou, la tête, le bec, les pattes et la queue noirs. L’œuvre Co. 2380 ne présentant aucune trace de coloration, il est impossible de déterminer quelle espèce est ici figurée.

L’ibis était considéré comme un ami des hommes car il détruisait les chenilles et les sauterelles qui menaçaient les récoltent, mais aussi d’après Hérodote, les serpents ailés venus d’Arabie et les scorpions. Il est étroitement et uniquement associé au dieu Thot, dieu lunaire, maître des « paroles divines » et seigneur d’Hermopolis. Thot, forme divinisée de Djéhouty identifié à Hermès par les Grecs, est le plus important des dieux lunaires. Il possède une personnalité complexe comprenant de nombreuses facettes. Il est à la fois la personnification de la Lune, mais aussi son protecteur, son gardien et parfois son adversaire. L’association à l’ibis se fait ici par la forme de son bec qui évoque le croissant de Lune, ainsi que par son plumage bicolore. Dans le Livre de la Vache céleste, Rê en fait son vizir et son substitut en déclarant : « Tu seras à ma place, mon remplaçant. On dira de toi : Thot, le remplaçant de Rê ». En tant que gardien et protecteur de la Lune, elle-même assimilée à l’œil d’Horus, Thot est « Celui-qui-compte-les-parties-[de-l’œil] » dans ses phases croissante et décroissante. Il possède ainsi des dons de calculateur et de mesureur. Les égyptiens ayant avancé que le pas de l’ibis faisait exactement une coudée, il est alors utilisé comme étalon type et Thot devient « maître de la coudée ». On retrouve souvent des statuettes en bronze d’ibis couchés pour que les pattes représentent le signe du bras qui était utilisé pour écrire une coudée. Les collections du musée Rodin conservent un exemple l’illustrant, Co. 5977.

De par l’observation rigoureuse et minutieuse des phases de la Lune, Thot devient le « savant » par excellence qui fait de lui le maître des écrits et du calame et le patron des scribes. Il établit le cadastre général de l’Égypte, inscrit le nom des rois sur l’arbre iched, légitimant leur accession au trône, et enregistre les résultats de la pesée du cœur. Enfin, il est juge et arbitre entre les dieux, notamment en prenant le rôle de médiateur dans le conflit qui oppose Seth et Horus. 

 

Les innombrables représentations de Thot se limitent à trois types différents. Le plus souvent, le dieu est ibiocéphale. Il peut être également zoomorphe en prenant l’aspect d’un ibis ou d’un babouin assis, second animal sacré du dieu. Il est rare de le rencontrer entièrement anthropomorphe, ou cynocéphale bien que quelques exemples peuvent être cités, notamment dans la sixième heure du Livre de l’Amdouat, face à Nectanébo Ier dans les catacombes de Touna el-Gebel, ou sur la façade du tombeau de Pétosiris sur ce même site. 

Touna el-Gebel est connu pour être le centre culturel de Thot où la cosmogonie hermopolitaine s’est mise en place. On y trouve un ibiotapheion, immense nécropole animale où ibis et babouins y étaient momifiés et inhumés dans des jarres en terre cuite ou dans des cercueils en bois ou en calcaire. L’œuvre Co. 2380 représentant une figure de reliquaire, il est possible qu’elle provienne de ce site. 

 

Les reliquaires de l’Antiquité égyptienne sont des objets archéologiques assez bien connus, les cimetières d’animaux sacrés étant nombreux sur le territoire égyptien. Ils comprenaient deux types d’animaux, les « uniques » et les « multiples ». La première catégorie regroupe des animaux choisis, parmi ses congénères et par les prêtres grâce à une statue divine qu’ils manipulaient, pour représenter de son vivant une divinité particulière. Les « uniques » les plus connus sont les taureaux Mnévis et Apis dont la plus ancienne attestation d’inhumation date du règne d’Amenhotep III. Ici, avec l’œuvre Co. 2380 il s’agit du reliquaire d’un « multiple ». Ces « multiples »n’étaient pas choisis pour leur caractère sacré mais c’est par les rites de leur mise à mort, leur momification et les prières récitées à cet instant que leur était conféréun caractère divin. Les animaux les plus représentés sont les serpents, les chats, les chiens, les ibis et les crocodiles. Ils n’avaient pas de pouvoir à part entière, c’était le dieu qu’ils représentaient à leur mort qui était encensé. Ils devenaient alors un ba de la divinité, acquéraient un rôle de médiateur et devenaient capables de transmettre les doléances de la population. Les reliquaires étaient créés sur demande des dévots et les prêtres se chargeaient d’y insérer l’animal entièrement momifié, soit une partie de sa momie, voire même un paquetage imitant la forme de l’animal. Ces « meurtres » étaient pratiqués cachés du regard de la population car la loi égyptienne condamnait à mort toute personne ayant tué même accidentellement un animal. Quoiqu’il en soit, ils étaient courants afin de subvenir aux besoins des commanditaires. Au fil du temps, les commandes devenant de plus en plus nombreuses, certaines bêtes étaient ainsi élevées dans le seul but de servir à leur mort d’objet de dévotion.

 

Les figures d’ibis sont des objets relativement nombreux. Les simples têtes d’ibis à insérer dans un corps sont en revanche moins représentées. On citera pour l’exemple les œuvres du Metropolitan Museum of Art, New York : 53.185a et 90.6.59. Celles du Penn Museum de Philadelphie : E12550 et E12577. Et enfin ; les statuettes du Brooklyn Museum : 37.385Eb37.385Ea08.480.7116.580.156 et 39.94.

 

Une étiquette ancienne, portant la mention manuscrite du numéro d’inventaire de Boreux, est collée à la base du cou. On pense y lire le numéro 353.

Œuvres associées

Les collections du musée Rodin conservent plusieurs statuettes d’ibis en bronze, Co. 211Co. 776Co. 800Co. 802Co. 2425 et Co. 5785. Malheureusement, aucune de ces œuvres n’est complète. 

Inscription

Anépigraphe. 

Historique

Acquis par Rodin entre 1893 et 1913.

 

BOREUX 1913 : 353 ?

 

Donation à l’État français en 1916.

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