Fragment de pectoral

Représentation d'un dieu ou d'une déesse

Egypte > provenance inconnue

Basse Époque à époque hellénistique et romaine, probablement

[VOIR CHRONOLOGIE]

Faïence

H. 5,9 CM; L. 4 CM; P. 1,1 CM

Co. 2338

Commentaire

Etat de conservation

Le fragment, réalisé en une faïence relativement dure, est bien préservé. La surface est empoussiérée. La glaçure est émoussée. On remarque des traces sombres sur la surface, peut-être de traces de cuisson.

 

Description

Ce fragment de plaque en faïence conserve une scène sur chaque face. La plaque est légèrement incurvée vers son centre, où une cavité sphérique a été ménagée. Munie d’une encoche, il est possible de restituer qu’un élément central –aujourd’hui manquant- y était inséré. La scène conservée, organisée autour de cette cavité centrale, est encadrée sur chaque face par une frise. La pâte est composée d’une matière dure, gris soutenu ; le décor est bleu-vert très clair, sur un fond badigeonné de bleu soutenu.

 

 

Deux objets permettent de comprendre que ce fragment correspond à un pectoral funéraire, le pectoral du musée du Louvre Inv. N° AF 2773 et celui du  Metropolitan Museum of Art Inv. N° MMA 26.7.983, provenant de la collection Carnavon. Le pectoral auquel appartenait le fragment Co. 2338 prenait très vraisemblablement la forme d’un naos, la frise qui encadre l’ensemble matérialisant ses bords. Cette frise est donc à voir non comme un décor d’encadrement mais comme la représentation de murs. Par comparaison avec le pectoral du Metropolitan Museum, il est tout à fait possible de suggérer que la cavité centrale de Co. 2338 contenait un scarabée. Elément du trousseau funéraire d’un Grand d’Egypte, ce pectoral était destiné à être fixé sur une momie. Le musée Rodin conserve l’image d’un pectoral de ce type, suspendu au cou du défunt, sur la planche de momie Co. 871.

 

L’objet étant fragmentaire, il n’est pas possible de déterminer le recto du verso. Sur la première face, un personnage vêtu d’un pagne court se tient debout, sur une ligne de sol épaisse. En position de marche, sa jambe gauche est lancée en avant ; il se dirige vers la droite de la scène. Epaules de face, son bras droit est derrière son corps (position naturelle des membres supérieurs et inférieurs au cours de la marche). Le bras est allongé le long de son corps et  sa main droite maintien un fouet à lanières, au long manche allongé horizontalement à la hauteur de ses cuisses. Son bras gauche est avancé, tenant un sceptre. La partie supérieure de ce sceptre a disparu dans la cassure et son extrémité inférieure est effacée par un éclat. On remarque sur son épaule droite la présence d’un motif de type ruban, correspondant à un pan de coiffe. Toute la représentation supérieure du personnage est manquante, depuis le haut de sa poitrine.

 

Sur l’autre face, une femme tournée vers la gauche se tient sur une même ligne de sol épaisse. Elle est vêtue d’une robe fourreau descendant jusqu’aux cheville. Le galbe de ses jambes se devine sous le vêtement. Son pied droit est légèrement avancé par rapport à son pied gauche. Elle tient le bras droit devant elle, paume de la main vers le ciel tandis que son bras est replié au niveau de la poitrine.

 

 

En absence de toute inscription, il est difficile de déterminer l’identité des personnages représentés sur chacune des faces, très certainement des divinités. Le dieu tourné vers la droite pourrait correspondre à une représentation d’Anubis. En effet, il est reconnaissable à sa perruque tripartite, dont certaines mèches retombent sur son épaule ainsi qu’au flabellum et au sceptre-sekhem dont on ne voit ici que la partie inférieure. Dieu des morts et de l’embaumement, Anubis préside aussi à la pesée du cœur de défunt et surveille la nécropole. Sur l’autre face, la divinité féminine qui se tient debout en position statique pourrait être Isis ou Nephtys, ces deux déesses étant souvent figurées un bras déployé, paume tournée vers le ciel et l’autre replié. On retrouve les déesses dans cette position sur les parois des tombes notamment dans celle de Nefertari où les deux déesses sont  représentées à deux reprises, accompagnant et soutenant Osiris se régénérant en Rê.

 

 

Le pectoral Co. 2338 a été réalisé dans une pâte siliceuse, pressée dans un moule puis recouverte de glaçure colorée. Les parties du décor ont été enduites d’une pâte plus claire afin de créer un contraste avec le fond. Durant la cuisson, la glaçure s’opère, donnant ainsi un objet finement émaillé. Les personnages ainsi que les parois du naos (bleu-vert clair) se détachent sur le fond bleu soutenu.

 

Bien que synthétique, cette couleur bleue de la glaçure est chargée de symbolique divine. Les Egyptiens distinguaient d’ailleurs la couleur bleue naturelle de la couleur synthétique en ajoutant maa (véritable) devant hesebedj (bleu). Parmi les matières premières nécessaires à la fabrication d’objets émaillés de couleur dite bleu égyptien,  se trouve la silice, élément nécessaire à la vitrification que l’on peut retrouver dans le quartz (disponible dans le désert oriental et à Assouan) ainsi que dans le sable d’Egypte. Le quartz nécessitant des fondants afin de fondre à basse température, on retrouve dans les pâtes égyptiennes des alcalis tels que la soude, présente dans le natron. C’est l’oxyde de cuivre, issu de la calcination et de l’oxydation du cuivre qui donne la couleur bleue (le cuivre étant disponible dans le Sinaï, le désert oriental ou importé de Nubie et d’Asie mineure). Parfois, un ajout de cobalt est utilisé pour renforcer la couleur bleue.

 

Il est difficile de donner une datation précise à cet pectoral, doté d’une fonction apotropaïque évidente. C’est à partir du Ier millénaire que se multiplient les objets à l’effigie des divinités du cercle isiaque. En fonction de la matière et du style, il semble possible de le situer dans une échelle de temps comprise entre la Basse-Epoque et l’époque ptolémaïque.

Œuvres associées

 

 

Inscription

Anépigraphe.

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