Amulette de Thouéris

Egypte > Provenance exacte inconnue

 Nouvel Empire à période Héllenistique et romaine, probablement

[VOIR CHRONOLOGIE]

H. 5,6 CM : L. 2,2 CM : P. 2,3 CM 

Faïence

Co. 2331

Commentaire

Etat de conservation

L'œuvre est en mauvais état de conservation. Sous les naseaux, la partie droite du muffle a disparu. Le poignet droit et la main gauche de la déesse sont mutilés. La bélière dorsale est également cassée. La partie inférieure de la déesse a disparu, seul subsiste le haut de la cuisse droite, permettant de restituer une position debout.

 

Description

Cette figurine représente un hippopotame au corps anthropomorphe féminin, coiffé d’une perruque tripartite. Cette perruque descend jusque sous les omoplates et atteint le haut des seins. Les mèches, droites et régulières, sont finement incisées. La tête est celle d’un animal, soigneusement détaillée. Les oreilles de l’hippopotame sont étirées sur la perruque, ses yeux sont largement ouverts, sa gueule béante. Canines et langue sont apparentes, les joues sont pleines et très arrondies. Les bras sont collés aux flancs, les coudes sont légèrement repliés et les mains reposent au-dessus de la zone du pubis, entourant dans un geste protecteur un ventre aux formes pleines, silhouette caractéristique d’une femme enceinte.  Il s’agit d’une effigie de la déesse Thouéris, à l’attitude bienveillante et protectrice. Au dos, dans la partie basse de la perruque, apparaissent les attaches d’une bélière brisée. Un pilier dorsal, orné de légères incisions en épis croisés, longe la colonne vertébrale et s’achève sous la perruque.

L’ensemble de la figurine est empoussiéré. Des larges traces noires apparaissent dans la partie la plus basse de la figurine. L’ancien numéro d’inventaire de la figurine, celui de la Donation Rodin, est le N° DRE 208.

Cette figurine est à l’effigie de la déesse Thouéris, divinité à la popularité accrue dès le Nouvel Empire. Thouéris, forme hellénisée de la déesse égyptienne Ta-Ouret, « La Grande », s’inscrit dans la grande famille des divinités protectrices du foyer, telles que Bès ou Hathor. Représentée sous la forme d’un hippopotame, la déesse peut aussi arborer la tête d’une femme ou revêtir un corps totalement anthropomorphe. Déesse associée aux eaux primordiales, elle assure plus particulièrement la protection des femmes et assure le bon déroulement des accouchements. Ses seins, toujours pendants et généreux et son ventre habituellement arrondi, rappellent le caractère nourricier de la divinité.

Elle partage une gestuelle commune à Bès et aux autres divinités protectrices du foyer. En effet, sous la forme d’un hippopotame, la déesse a souvent la gueule ouverte, dans une grimace censée effrayer et repousser les forces maléfiques. Le plus souvent, ses bras pendent le long de son corps, mais sur certaines amulettes la déesse tient un nœud d’Isis comme c'est le cas pour la figurine 83.2.311 conservée au Metropolitan Museum of Arts de New York. La figurine Co. 2331 est donc un bel exemple des figurines protectrices également connues sous le nom d’amulettes. Ces objets, aux dimensions généralement petites, apparaissent dès le début de l’histoire. Si le mot amulette peut être traduit de différentes façons en égyptien, l’étymologie renvoie toujours à la notion de protection. Les amulettes, réalisées en différentes matières, représentaient des symboles mythologiques, comme par exemple l’œil oudjat ou le pillier djed,  des signes hiéroglyphiques ou bien encore l’image de divinités. Mais il peut aussi s’agir de rouleaux de papyrus contenant des incantations magiques, pliés selon un certain procédé et portés par la personne à protéger. Cette tradition sera notamment très répandue au cours de la période ramesside (voir DONNAT, 2016). Avant le Nouvel Empire, les amulettes ont été généralement retrouvées en contexte funéraire. Ces objets « précieux » étant utilisés aussi bien par les vivants que pour les morts, et ce  durant toute l’histoire pharaonique, on en plaçait, parfois en quantités conséquentes, entre les bandelettes des momies afin d’assurer au défunt un voyage paisible dans l’au-delà. Les amulettes sont également portées sur soi, soit en forme de pendentifs, de bracelets ou de bagues ; ce fut notamment le cas à Amarna (STEVENS 2009, p.10). La production des amulettes s’intensifia nettement au cours de la XVIIIdynastie, aidée en cela par une fabrication quasi industrielle d’objets en faïence. Les amulettes, dont les matières devinrent de plus en plus variées, furent incluses en tant que bijoux dans les colliers ou les bracelets. Les amulettes, élément central de la piété populaire, nous informent sur les rituels ayant lieu au sein du foyer. Il n’est pas exclu que certaines d’entre elles étaient suspendues ou placées à divers endroits de la demeure afin d’assurer la protection de la maisonnée. Malheureusement, la documentation actuelle nous livre peu d’informations concernant les rites de consécration de ces objets.

Bien qu’artificielle, la couleur bleu-vert de cette amulette est chargée de symbolique divine, soigneusement distinguée dans l’écriture de la couleur bleue naturelle pour laquelle les Egyptiens ajoutaient maa (véritable) devant hesebedj (bleu). Parmi les matières premières nécessaires à la fabrication d’objets émaillés de couleur dite “bleu égyptien”  se trouve la silice, élément nécessaire à la vitrification. La silice se trouve en particulier dans le quartz (disponible dans le désert oriental et à Assouan) ainsi que dans le sable d’Egypte.  L’ajout de feldspaths à la pâte peut compléter l’apport en silice. Comme il est nécessaire d’ajouter des substances au quartz pour le faire fondre à basse température, on retrouve dans les pâtes égyptiennes des alcalins tels que la soude, présente dans le natron disponible en particulier dans le Ouadi Natroun. L’ajout de chaux permet de former des silicates, permettant la fusion du quartz à basse température. Des éléments tels que la gomme arabique, l’argile et le natron sont également nécessaires pour conférer de la plasticité au quartz. C’est par l’oxyde de cuivre, issu de la calcination et de l’oxydation du cuivre, que naît cette tonalité bleue caractéristique de l’ancienne Egypte. Le cuivre était disponible dans le Sinaï, le désert oriental ou importé de Nubie et d’Asie mineure. L’ajout de cobalt pour renforcer la couleur bleue est possible. Afin de réaliser la figurine Co. 2331, la pâte composant la tête de Bès a été coulée dans un moule. Durant la cuisson, la vitrification a permis d’obtenir un objet finement émaillé.

De nombreuses amulettes à l’effigie de Thouéris, la plupart en faïence ou en terre cuite vernissée,  ont été retrouvées à l’instar des amulettes 26.7.888 du Metropolian Museum of Arts de New York. La figurine 26.7.887 du Metropolitan Museum of Art de New York est, par exemple,  similaire à celle du musée Rodin Co.2331. À Swansea, l’Egypt Centre conserve également une figurine similaire sous le numéro EC899.

Inscription

Anépigraphe.

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