Applique de mobilier : satyre portant une outre de vin

Égypte > provenance inconnue

IVe siècle ap. J.-C. ?        

[VOIR CHRONOLOGIE]

H. 10,5 cm ; l. 3,3 cm ; P. max 2 cm

Os, humérus gauche de bœuf, face postérieure ?

Co. 2145

 

Commentaire

Etat de conservation

Une cassure située à mi-hauteur des jambes a entraîné la perte de la partie inférieure du personnage. L’applique est également brisée sur le bord senestre, la cassure suivant plus ou moins de près les contours du corps du satyre. En outre, un important éclat a fait disparaître l’angle supérieur dextre. Des sédiments subsistent dans la cavité médullaire, et dans une moindre mesure, sur la surface externe de la pièce. Viennent s’ajouter des marques noires à l’aspect gras, atténuées par la restauration. On signalera enfin de minuscules taches ocre sur le ventre de la figure masculine et au revers, ainsi qu’une marque peu visible d’oxydation située sur la clavicule et l’épaule droite. La partie supérieure de la cavité médullaire révèle aussi une teinte légèrement verdâtre.

 

Description

Cheminant ou dansant vers la droite, le jeune homme au corps juvénile détourne le regard vers l’arrière. Une légère torsion du buste se perçoit dans sa partie supérieure, tandis que le visage pivote complètement sur la gauche, présentant ainsi son profil droit. Complètement nu, à l’exception d’un himation, dont un pan couvre sa main droite, il supporte sur son épaule droite, une outre de vin en peau animale, dont la forme rebondie se distingue derrière son visage. Si des satyres askophoroi peuplent les thiases dionysiaques couvrant les faces des sarcophages romains des IIe-IIIe siècles, peu d’entre eux semblent avoir inspiré directement les figures sculptées sur les éléments de mobilier en os. Pourtant, ce schéma iconographique est adopté par au moins la moitié des appliques dévolues à ce type iconographique au sein de la collection du musée Rodin.

 

Structuré par de larges plans, le visage est couronné de cheveux courts aux mèches hirsutes. Il se peut qu’une couronne de feuilles de lierre vienne agrémenter la chevelure, mais celle-ci ne se distingue pas vraiment des boucles épaisses. Cette coiffure désordonnée surmonte un front bas, et enserre une oreille de faune bien mise en valeur. Le traitement de la masse capillaire légèrement ébouriffée renvoie à celui de l’applique Co. 2063. Il n’est pas sans évoquer également celui du satyre du relief inv. 71.57 du Walter Art Museum de Baltimore (Randall 1985, n° 128, p. 86-87). Si le visage de ce dernier regarde du côté droit et se présente de trois-quarts, l’agencement des mèches de cheveux sur deux niveaux, conférant un certain volume à la chevelure, constitue une version plus soignée de la coiffure de notre satyre.

 

Un nez petit et large voisine avec un œil grand ouvert marqué par une large dépression, meublée d’une pupille globulaire. Il surplombe des lèvres épaisses entrouvertes, au-dessus d’un menton qui prolonge une mâchoire carrée. Le choix de rendre la pupille par une bille minuscule, animée par l’ombre et la lumière, plutôt que par une incision, situe ce visage, tout comme les lèvres ouvertes, dans la lignée de la tradition de la sculpture hellénistique (cf. Marangou 1976, p. 75). Un rapprochement peut être une nouvelle fois opéré avec l’applique inv. 71.57 du Art Museum de Baltimore (Randall 1985, op. cit), au sujet du traitement en relief de la pupille et des lèvres ourlées.

 

Raccordée au buste par un cou quasi inexistant, la tête est rejetée en arrière dans une pose peu naturelle. Elle se détache sur le cuir d’une outre gonflée du breuvage dionysiaque. Le souci de rendre la texture de la peau par de profondes incisions trouve des parallèles sur d’autres pièces du musée Rodin : Co. 2055, Co. 2275, et Co. 2063, mais c’est sans conteste la dernière applique de la série, qui se rapproche le plus de notre exemplaire par les vives incisions au dessin triangulaire, qui ponctuent la surface de l’outre de vin. Une double ligne, au-dessus de l’outre, semble indiquer la présence d’une arcade ou d’une moulure au sommet de l’élément de placage.

 

La posture du satyre se retrouve de façon analogue sur une série de pièces du musée Rodin : Co. 2055, Co. 2063, Co. 2068, Co. 2101. L’himation, qui retombe dans son dos, dissimule sa main droite maintenant fermement l’ouverture de l’outre, comme sur la plupart des pièces mentionnées à titre de comparaisons, hormis sur la pièce Co. 2063. Le buste fortement arqué accompagne le mouvement de la tête tournée vers l’arrière. Cette torsion et flexion du haut du torse, trouve des échos éloquents sur les figures des pièces Co. 2055 et Co. 2063. Malgré une moindre accentuation de l’articulation des muscles, l’artisan est parvenu à suggérer le même arc-boutement du corps, en léger déséquilibre. Contrairement à la notation appuyée des détails anatomiques des corps des satyres des appliques Co. 2055 et Co. 2063, la structure musculaire se devine à travers les dépressions créées par les enlèvements de matière. Ainsi, le sternum, les pectoraux, les côtes, la ligne blanche ou les muscles de l’abdomen apparaissent de manière relativement discrète. Le nombril, noté par une timide perforation, surplombe un pubis et des organes génitaux aux contours très accidentés et confus. On notera que le torse large se poursuit en un bassin assez étroit, sans que la taille ne soit indiquée.

 

Malgré sa proximité avec les appliques Co. 2055 et Co. 2063, ce relief propose une facture moins aboutie. La plasticité du visage contraste avec un corps, non dénué de volume, mais caractérisé par un manque de finition. Ces différentes composantes, ainsi que le rappel de certains éléments du visage de l’applique inv. 7157 du Walters Art Museum de Baltimore, assignée par R. H. Randall au IVe siècle, laissent penser à une production au cours de ce même siècle.

 

Comparaisons :

-Baltimore, Walters Art Museum, inv. 71.57 (visage et chevelure).

-Paris, musée Rodin, Co. 2055 (posture et traitement de l’outre), Co. 2063 (posture, anatomie, et traitement de l’outre), Co. 2068 (attitude), Co. 2101 (posture).

 

Inscription

Anépigraphe.

Historique

Acquis par A. Rodin entre 1893 et 1917. Donation A. Rodin à l’État français en 1916.

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