Applique de mobilier : satyre

Égypte > provenance inconnue

IVe -Ve siècle ap. J.-C. ?

[VOIR CHRONOLOGIE]

H. 8,44 cm ; l. 3,5 cm ; P. max 1,9 cm

Os, humérus droit de bœuf, face antérieure.

Co. 2116

Commentaire

Etat de conservation

Deux pans de fracture en biais ont entraîné la perte de la partie inférieure de l’applique. En conséquence, seul le haut des jambes du personnage est encore conservé. Si le bord senestre est préservé sur une bonne partie de sa hauteur, il n’en est pas de même du bord dextre, endommagé par de nombreux petits d’éclats. On note également une large perte de matière dans l’angle supérieur senestre, tandis qu’un éclat ampute aussi l’angle supérieur dextre. L’élément de mobilier était recouvert d’une couche importante de salissure atténuée par la restauration, mais encore perceptible en surface de l’os à cause de la nature spongieuse de la matrice retenue. Plusieurs taches ocre brun ponctuent la surface : près de la tête du personnage, sur les bras, ainsi que sur le pubis. Des sédiments subsistent dans les trabécules, au dos de l’applique.

 

Description

L’identification du personnage n’apparaît pas évidente de prime abord. Le gonflement du haut du buste, ainsi que la coiffure, font naître une hésitation quant au genre à lui attribuer. Toutefois, l’aspect bouclé de la chevelure, et la notation discrète des organes génitaux, nous oriente plutôt vers un personnage masculin. Il pourrait s’agir d’un satyre tenant un attribut difficile à déterminer. Le bras gauche, barrant le torse, porté assez haut, semble soutenir une corbeille, ou frapper un tympanon au dessin très simplifié. L’applique inv. 18938 du musée Benaki (Marangou 1976, n° 44 p. 94-95, pl. 13b) nous offre un élément de réponse en proposant la contre-partie symétrique de notre relief. D’après L. Marangou, le satyre nu, dansant vers la gauche, lève un grand tympanon de forme oblongue à la hauteur de son visage. Cet instrument est habituellement davantage réservé aux ménades, et la posture du satyre aux bras pliés et relevés ne s’observe que rarement sur les reliefs en os.

 

Le corps svelte du satyre de notre applique s’accorde à l’étroitesse de la matrice osseuse. Vu de trois-quarts, le personnage s’avance vers la droite, alors que sa tête pivote brusquement vers la gauche. Il porte son regard derrière lui, suivant probablement des yeux les autres membres du cortège dionysiaque qui le rejoignaient. Doté d’une tête relativement petite, il présente son profil droit, marqué par une joue rebondie et un menton fuyant. Un nez informe surmonte des lèvres épaisses aux contours mal définis. Sous une arcade sourcilière fortement incisée, vient se loger l’œil droit dont la pupille est en légère saillie. La chevelure en calotte aux mèches bouclées dégage une nuque raide. Le visage n’est pas sans rappeler, par son orientation et son traitement, cependant moins en finesse, celui du satyre supportant une ciste sur l’applique inv. 18917 conservée au musée Benaki (Marangou 1976, n° 35 p. 93, pl. 12f).

 

Le visage se greffe sur un corps juvénile, mince, aux chairs lisses, par l’intermédiaire d’un cou très étiré. La courbure du dos et des épaules a été très accentuée, sans être aussi appuyée que sur l’applique Co. 2081 du musée Rodin. La figure de faune de cette pièce de comparaison offrait sans doute une position analogue, bien qu’en miroir, à celle de notre pièce. Un himation retombe dans le dos du jeune homme, uniquement visible le long des hanches et de la cuisse gauche. La notation des détails anatomiques demeure discrète : la musculature du biceps du bras gauche est légèrement développée tandis que le nombril est absent. Une incision courbe traduit de façon quelque peu maladroite le gonflement des pectoraux.

 

Le corps tourné vers la droite du satyre le rapproche –, pour la partie inférieure –, des figures des appliques Co. 2101 ou encore Co. 2068, même s’il s’en démarque par une attitude plus statique. Sa jambe gauche devait probablement être projetée en avant, à l’image des postures des satyres des appliques Co. 2068, Co. 2097, Co. 2262 - Co. 2313, Co. 2093.

 

La pose peu courante qu’adopte notre satyre le met indiscutablement en lien avec l’applique inv. 18938 du musée Benaki (Marangou 1976, op. cit.), sur laquelle la figure évolue en sens opposé. La pièce inv. 18942 appartenant à la même collection (Marangou 1976, n° 33 p. 93, pl. 14d), a l’avantage d’offrir une silhouette à l’attitude particulièrement proche, la main relevée à hauteur du visage. Malgré cette proximité en matière de posture, le rendu de l’exemplaire du musée Rodin est bien différent de celui, assez subtil, des pièces citées. L’attitude manquant de naturel, la stylisation extrême de l’attribut tenu par le satyre, ainsi que l’approche indécise dans le travail de la matière, incitent à ne pas placer la réalisation de cet élément de mobilier avant le IVe-Ve siècle.

 

Comparaisons :

-Athènes, musée Benaki, inv. 18938 (attitude et attribut), inv. 18942 (attitude), inv. 18917 (visage).

-Paris, musée Rodin, Co. 2068, Co. 2097, Co. 2262 - Co. 2313, Co. 2093 (position des jambes).

 

Inscription

Anépigraphe.

Historique

Acquis par A. Rodin entre 1893 et 1917. Donation A. Rodin à l’État français en 1916.

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