Applique de mobilier : satyre portant une outre de vin

Égypte > provenance inconnue

IVe - début du Ve siècle ap. J.-C. ?

[VOIR CHRONOLOGIE]

H. 9,8 cm ; l. 4,15 cm ; P. max 2,5 cm

Os, humérus gauche de bœuf, face latérale.

Co. 2101

Commentaire

Etat de conservation

La partie inférieure de l’applique est perdue en raison d’une cassure à deux pans de fracture, qui ampute le personnage de ses jambes au-dessus des genoux, et de l’extrémité de son bras gauche. Quelques petits éclats sont visibles en partie supérieure : sur une boucle de cheveux, ainsi que le long du chant sommital.

 

Les profondes trabécules, qui occupent la cavité médullaire au revers de la pièce, sont encore pleines de sédiments. Les bords internes de l’applique sont parcourus par un réseau de fentes longitudinales, qui se développe dans l’épaisseur du tissu compact. Un fendillement s’observe également sur la surface externe. Des petits éclats pourraient même correspondre à un délitage de la matière osseuse, en certains points du torse.

 

Une coloration ocre brun recouvre une grande partie de la pièce : elle s’étend sur tout le côté senestre et sur la zone inférieure. La même teinte se retrouve, dans un ton moins soutenu, sur la surface interne de l’objet.

 

Description

Le satyre se dirige vers la droite mais regarde dans la direction opposée, affectant une pose qui manque de naturel. Son bras droit, masqué par le drapé d’un himation, soutient une outre de vin placée sur son épaule. L’autre bras, aujourd’hui lacunaire devait, soit retomber le long du corps, soit soutenir un pan du manteau, dont on aperçoit les plis à l’arrière plan. Cette posture est celle qu’adoptent plusieurs jeunes faunes sur les pièces de la collection Rodin : Co. 2055, Co. 2063, Co. 2068, Co. 2145. Dans notre cas, la forme de l’outre n’est que suggérée et semble se confondre avec l’arrière-plan.

 

Pourvu d’une musculature vigoureuse, le satyre présente une large carrure. L’extension extrême de l’épaule, comme l’hypertrophie du pectoral gauche, trahissent une mauvaise perception de la torsion du buste, ou une erreur dans la mise en place du raccourci. Vient se greffer sur ce buste fortement charpenté, un long cou soutenant une tête relativement petite. A la différence d’autres satyres à la tête inclinée et au torse arqué, celui-ci offre un buste et une tête droite, montrant son profil droit. Le visage, à la mâchoire solide et volontaire, est couronné d’une épaisse masse capillaire, aux boucles fournies, dont émerge une oreille effilée. Un travail heurté au ciseau a fait naître un nez légèrement retroussé, voisinant avec un œil enfoncé, puis une large bouche, surmontant un menton quelque peu prognathe.

 

A la tête à la plasticité affirmée, répond un buste dont se dégage une impression de puissance et de robustesse. Les pectoraux bombés, séparés par des enlèvements de matière symbolisant l’emplacement du sternum, surplombent un abdomen aux chairs fermes. Sans être aussi subtil dans la transcription de l’articulation des muscles, le torse de notre satyre peut être comparé à celui du relief inv. F 1937/9.3 conservé au Rijksmuseum van Oudheden de Leyde. En partie inférieure, des cuisses stables, vues presque de profil, indiquent peut-être que l’écartement des jambes était moins important sur ce relief que sur d’autres pièces.

 

Le fragment renvoie par l’atttitude du satyre à une applique découverte à Shurafa en Moyenne-Egypte et désormais conservée au musée de Manchester sous le n° inv. 5423 (Petrie & Mackay 1915, p. 44, Pl. LII, fig. 13). Malgré une structure musculaire bien dessinée, le jeune acolyte de Dionysos se distingue du nôtre par une grande stylisation du visage et du corps.

La mise en valeur des volumes par une accentuation et une variation du relief permet de rapprocher l’applique qui nous intéresse de l’exemplaire AF 6570 conservé au département des Antiquités égyptiennes du musée du Louvre (Quoniam 1070, n° 243 p. 186 ; Marangou 1976, p. 96). En dépit d’un polissage très peu poussé, on devine la tension musculaire sous les chairs, comme sur ce relief. La comparaison peut être étendue également à la chevelure formée de boucles à la fois gonflées et légèrement lâches. Le fragment du Louvre semble constituer la contrepartie symétrique de notre pièce, jusque dans le choix du segment d’humérus, puisqu’on repère également le débouché du canal nourricier sur l’abdomen.

 

Le sens plastique dont a fait preuve l’artisan dans la sculpture de cet athlétique satyre compense le manque de soin apporté aux précisions de l’anatomie et au lustrage des chairs. Cette maîtrise sculpturale, signe d’une compréhension du corps humain, et d’un certain savoir-faire, nous permet d’envisager la réalisation de cette pièce au cours du IVe siècle ou au début du Ve siècle.

 

Comparaisons :

-Leyde, Rijksmuseum van Oudheden, inv. F 1937/9.3 (torse).

-Manchester, inv. 5423 (iconographie et attitude).

-Paris, musée du Louvre, DAE, AF 6570 (contrepartie symétrique).

-Paris, musée Rodin, Co. 2055, Co. 2063, Co. 2068, Co. 2145 (iconographie et attitude).

Inscription

Anépigraphe.

Historique

Acquis par A. Rodin entre 1893 et 1917. Donation A. Rodin à l’État français en 1916.

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