Applique de mobilier : satyre tenant une grappe de raisin

Égypte > provenance inconnue

IVe siècle ap. J.-C. ?

[VOIR CHRONOLOGIE]

H. 8,32 cm ; l. 3,8 cm ; P. 1,8 cm

Os, humérus gauche de bœuf.

Co. 2093

Commentaire

Etat de conservation

L’applique est cassée à la fois en partie supérieure, le long du bord dextre et en partie inférieure. La tête du satyre et le bas de ses jambes ont donc disparu. Un manque de matière s’observe sur le grain gauche du rang supérieur de la grappe de raisin. Au revers, on remarque également un léger fendillement longitudinal de la surface interne du bord senestre.

 

Une large tache de couleur verte, résultant de l’oxydation d’un objet métallique ayant été en contact avec la pièce, s’étend sur la jambe droite, la partie gauche de la grappe de raisin et la feuille de vigne qui l’agrémente. De petites taches ocre brun apparaissent sur l’épaule et sur la paroi de de la cavité médullaire. La face externe de l’œuvre est recouverte d’une couche de salissure importante, et présente en divers endroits des marques noirâtres d’aspect gras. Il subsiste quelques sédiments dans les incisions pratiquées sur la face principale, et dans les trabécules visibles sur la face interne.

 

Description

La figure de jeune homme se dirige d’un pas alerte vers la droite. L’inclinaison du buste, jointe aux jambes croisées, traduit l’amorce d’un mouvement vers l’arrière. A l’instar des satyres sculptés sur une série d’appliques du musée Rodin (Co. 2145, 2068, 2097, 2262-2313, 2063, 2055, 2101), le personnage devait pivoter la tête vers la gauche de façon à regarder derrière lui et à entrer en relation avec les autres suivants de Dionysos composant le thiase. À l’origine, il supportait sur l’épaule droite soit une outre remplie de vin, soit une corbeille garnie de fruits, ou levait le bras droit au-dessus de la tête, dans une attitude imitant celle de Dionysos Lykeios. Nu, à l’exception d’un himation tombant des épaules, dont on aperçoit les plis pesamment accentués de part et d’autre du torse et entre les jambes, il tient une imposante grappe de raisin dans sa main gauche. Cet attribut s’observe sur une autre applique du musée Rodin : Co. 2057, mais le jeune faune qui en est pourvu évolue vers la gauche.

 

La singularité du relief réside ici dans la taille disproportionnée du fruit et le soin apporté à sa restitution dans la matière osseuse. Les gros grains définissant une forme triangulaire assez régulière sont surmontés d’une feuille à cinq lobes aux nervures soulignées par des incisions. Le relief inv. 30.62 conservé dans les collections du musée Pouchkine de Moscou (Bank &, Bessonova 1977, n° 304 p. 161-162), propose un type iconographique proche, hormis le fait que ses jambes ne sont pas croisées. Une grappe de raisin tout aussi volumineuse que sur l’exemplaire du musée Rodin apparaît sur une pièce conservée au Virginia Museum of Fine Arts de Richmond (inv. 66.12.3, Gonosová & Kondoleon 1994, n° 68, p. 206-207), ainsi que sur l’élément de mobilier en os inv. KK 991 du Suermondt Ludwig Museum d’Aix-la-Chapelle (Sporn 2005, n° 373 p. 248).

 

C’est avec cette pièce et le relief Co. 2262-Co. 2313 du musée Rodin que la confrontation s’avère la plus frappante. Le mouvement de torsion du buste et l’impression de déséquilibre du corps dans l’espace se retrouvent presque à l’identique sur les trois appliques. Si la position des jambes rappelle aussi les pièces Co. 2068 et Co. 2097 du musée Rodin, leur musculature affirmée et leur solidité les en distinguent. Le pas de danse semble également plus rythmé.

 

Sur ces trois appliques, les sculpteurs ont doté les figures d’une indéniable consistance plastique, en détachant fortement le corps de l’arrière-plan occupé par le drapé. La musculature exacerbée est rendue à la fois par un profil senestre suivant le mouvement des muscles et un modelé du torse séparant nettement les pectoraux de l’abdomen. Les mamelons sont transcrits par deux petits cercles incisés de façon un peu systématique, séparés par une profonde incision indiquant le sternum, se poursuivant plus bas jusqu’au nombril pour signaler la linea alba. On notera que les détails anatomiques sont davantage appuyés sur notre pièce que sur les deux spécimens de comparaison. Les appliques, dont la taille avoisinait sans doute 12 cm de haut à l’origine, accueillent une figure assez trapue ; toutefois, celle qui nous intéresse offre un buste plus étroit, marqué par une certaine frontalité et une plus grande rigidité.

 

Bien que la manière de noter avec minutie certains détails anatomiques, tels les mamelons, renvoie à des appliques datées de l’époque sévérienne par L. Marangou : inv. 12757 et inv. 18914 du musée Benaki (Marangou 1976, n° 37-38 p. 93, pl. 12b-c), le traitement moins subtil de l’articulation des muscles du torse, la raideur affectant le haut du buste, ainsi que la rudesse visible dans le traitement du drapé et de la grappe de raisin, plaident en faveur d’une réalisation au cours du IVe siècle.

 

Comparaisons :

-Aachen, Suermondt Ludwig Museum, inv. KK 991 (iconographie et style).

-Athènes, musée Benaki, inv. 18914 (position et détails anatomiques).

-Moscou, musée Pouchkine, inv. 3120 (position et détails anatomiques).

-Paris, musée Rodin, Co. 2057 (grappe de raisin), Co. 2262 - Co. 2313 (position et buste).

-Richmond, Virginia Museum of Fine Arts, inv. 66.12 (grappe de raisin).

Inscription

Anépigraphe.

Historique

Acquis par A. Rodin entre 1893 et 1917. Donation A. Rodin à l’État français en 1916.

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