Scène d’offrande du vin par un Ptolémée

Égypte > provenance inconnue
Époque ptolémaïque > Ptolémée VIII ou IX
Bas relief en calcaire
H. 60 cm ; L. 80 cm ; P. 9,2 cm
Co. 1300

Commentaire

Etat de conservation

Le bas-relief est fragmentaire. Les chants supérieur et inférieur sont des plans originaux, tandis que les chants dextre et senestre correspondent à des cassures.
La pierre, en mauvais état de conservation, a été restaurée en 2007. Très altérée et pulvérulente, elle présente de nombreux éclats et épaufrures. L’humidité est probablement à l’origine des altérations et de la migration de sels en surface. L’épiderme est ponctué de restes de coloration d’ocre rouge et de bleu. 

Description

La scène est gravée en relief en creux, signalant que l’ancienne localisation de ce bloc était l’une des façades extérieures d’un temple. À l’intérieur des espaces délimités par le relief, les différents éléments sont modelés ou striés, conférant à la scène un certain dynamisme. Le décor était, à l’origine, rehaussé de couleurs comme en témoignent des traces de pigments ocre rouge et bleu encore visibles à certains endroits. 
 
Sur ce relief fragmentaire, un pharaon effectue une offrande face à une divinité, aujourd’hui disparue. Le roi est identifiable grâce aux deux cartouches placés au-dessus de lui, mais aussi à ses regalia. Il porte, en effet, un casque orné d’un uraeus sur le front et achevé par un bandeau qui flotte à l’arrière. Au-dessus, une couronne composite se développe, constituée de deux cornes de bélier opposées et surmontées par deux plumes d’autruche. Cette composition élaborée est également flanquée de part et d’autre de deux uraei portant le disque solaire. Au centre, un disque solaire est aussi apposé sur les cornes de bélier. Cette couronne est généralement désignée dans les textes par le terme henou. Il s’agit d’une couronne composite relativement courante durant la XVIIIe dynastie dans l’iconographie royale thébaine. Également portée par plusieurs divinités, cette couronne doit être associée aux manifestations du dieu Amon-Rê et à son apparition en tant que Horakhty le matin (GOEBS 2015). Les cornes de bélier symboliseraient alors l’horizon, d’où émergent des plumes et les disques lumineux. Le pharaon porte aussi plusieurs bijoux, un collier ouserkh autour de son cou et un large bracelet à son poignet.
 
La figure du roi est caractérisée par des traits fins et une bouche esquissant un léger sourire. Le modelé du visage accentue le creux entre les yeux et le nez, mettant en évidence l’arcade sourcilière et rehaussant légèrement les joues. L’œil s’allonge en amande, maquillé avec trait de fard horizontal qui se développe en direction du casque. 
Bien que le torse et le bas du corps ne soient pas visibles, les deux mains du pharaon apparaissent à hauteur de sa tête. L’une d’entre elles tient, posé dans la paume, un petit pot globulaire surmonté par un col court et un bord horizontal. De l’autre main, le pharaon esquisse un geste d’adoration caractérisé par la paume ouverte vers l’avant. Le petit pot globulaire que le roi tient dans sa main droite, nommé nou dans les textes, est caractéristique des libations (offrandes liquides). Du vin ou de l’eau pouvaient alors être présentés à la divinité dans ces petits vases ronds (cf. LACAU, CHEVRIER 1956, p. 32, pls. 19, 22 et 35). Les offrandes de liquides contenues dans des vases-nou sont bien représentées dans l’art égyptien, que ce soit en deux dimensions comme le relief Co. 1300, ou en trois dimensions comme la statuette bien connue de la VIe dynastie, où Pépi Ier agenouillé offre deux vases-nou à une divinité non représentée (New York, Brooklyn Museum of Art, Inv. 39.121). À l’époque gréco-romaine, l’offrande de ces vases et de leur contenu est largement dépeinte dans de nombreux temples, comme à Edfou, Philae, Dendera, Esna, Kom Ombo ou encore Karnak. 
 
L’offrande du vin est avant tout un « service à la divinité », le don d’une boisson offerte en échange d’une bénédiction au roi et/ou au pays. Mais, le vin offre également une puissance créatrice et rajeunissante, un acte en lien avec la restauration et le maintien du cosmos. En effet, bien qu’extrêmement lacunaire, l’inscription conservée sur le document Co. 1300 fait mention de l’œil d’Horus et de la déesse Hathor, deux entités régulièrement évoquées dans les légendes des scènes d’offrandes de vin durant l’époque ptolémaïque (POO 2009, p. 87-132). Selon Mu-Chou Poo, le vin, symbole du sang, servirait à guérir l’œil d’Horus et à lui redonner vie. Pour D. Meeks, la restitution de l’œil d’Horus dérobé par Seth (également maître des vignobles des oasis), grâce à l’offrande du vin, permet au roi d’assumer une royauté restaurée tel le dieu récupérant son « œil égaré » – cette appellation est aussi celle de la déesse Hathor-Sekhmet dans le mythe de la Déesse lointaine – après la révolte des humain. Cet élément explique, dès lors, la présence récurrente d’Hathor dans ce rite, et notamment sa mention dans la légende fragmentaire du relief Co. 1300.
 
Un grand relief en calcaire assez semblable au bloc Co. 1300 est conservé à la Glyptothèque Ny Carlsberg de Copenhague. Trois scènes d’offrandes royales sont disposées verticalement. Ptolémée IV y est représenté adorant trois dieux. Chaque figuration est placée sous le signe du ciel. Dans l’une de ces scènes, le roi présente trois vases-nou contenant du vin (l’inscription stipule qu’il « effectue une offrande de vin ») pour un dieu identifié comme étant « Horus, fils d’Osiris » qui, en retour « lui donne tout pouvoir » (Inv. N° ÆIN 637 in JØRGENSEN 2009, p. 180-182 N° 73).
 
Les pharaons lagides, d’origine macédonienne, eurent à cœur de légitimer leur pouvoir en usant notamment des programmes décoratifs qu’ils firent graver dans les temples égyptiens. Dans ces lieux sacrés, ils se firent représenter selon une iconographie égyptienne classique, en réemployant certains motifs et en créant de nouveaux programmes décoratifs. Le Ptolémée du relief Co. 1300 est ici figuré dans une attitude tout à fait classique, arborant les regalia pharaoniques et effectuant une offrande à une divinité très probablement égyptienne bien que son image ne soit pas conservée sur ce fragment. 

 

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