Relief funéraire

Femmes assises sur leurs talons, tournée vers la droite

Égypte > provenance inconnue

Nouvel Empire, fin de la XVIIIe dynastie

[voir chronologie]

Calcaire

H. 11,8 CM ; l. 22,3 CM ; P. 3 CM

Co. 3061

Comment

State of preservation

Fragment de bas-relief en bon état de conservation. Le revers et les quatre chants correspondent à des cassures. Ils sont tous très morcelés. Au revers, la pierre présente un délitage par feuillets. Sur la face gravée, une désagrégation de l’épiderme donne au modelé un aspect émoussé. Le relief a perdu de son épaisseur et la subtilité du motif a perdu en lisibilité.

 

Une ligne à la base indique l’horizontalité du fragment et la partie inférieure d’un registre : la tête, les épaules et les mains du personnage de droite manquent ; le personnage de gauche a été arasé : on devine le contour de son corps, mais son ventre (avec le nombril), son bras gauche et ses jambes sont visibles. Aucune trace de pigment n’est apparente.

 

Des traces jaunes, au revers, seraient imputables à l’application d’un adhésif de renfort moderne.

Description

Bien visibles au premier plan, deux personnages sont tournés vers la droite. D’après la morphologie et les vêtements, il s’agit de jeunes femmes agenouillées sur le sol, assises sur leurs talons. Fait inhabituel, la plante de leurs pieds (longue et fine) est tournée vers l’extérieur. Comme les femmes du relief de Rodin sont pieds nus, leurs orteils sont détaillés, ce qui permet de constater que seuls quatre orteils ont été matérialisés pour la femme assise au centre du fragment ; le quintus aurait peut-être disparu dans une cassure. On peut comparer, par exemple, avec une autre représentation exceptionnelle d’orteils féminins dans la tombe du dignitaire amarnien (du nom du site actuel où se trouvent les ruines de la capitale fondée par Akhénaton, Tell el-Amarna) Meryneith à Saqqâra (RAVEN, WALSEM 2014, p. 124-6 et plan de situation de la scène p. 79 (n° 30). Dans une scène de rituel « d’ouverture de la bouche », l’épouse  de Meryneith est figurée aux côtés de son époux défunt, assise sur un coussin. Les orteils de ses deux pieds sont bien visibles, librement étendus derrière elle (« The highly mannered representation of the woman’s feet is noteworthy », RAVEN, WALSEM 2014, p. 124).

 

La femme de droite se penche en avant, main droite posée sur son genou. Ses genoux, serrés, sont représentés côte à côte. Cette position fait naître trois plis au niveau de son thorax. Sa tête n’est pas conservée, mais cinq des mèches composant sa perruque sont visibles sur son dos. La femme placée derrière elle se tient droite et lève son bras gauche, le seul conservé, la paume ouverte tournée vers sa compagne. Entre elles, l’image d’une troisième dame se distingue, vêtue d’un même châle manteau plissé. L’extrémité des mèches de sa perruque apparaît également. La dame est sculptée dans un relief moins accentué, rendant une impression de second plan. Devant les genoux de la première dame, la plante de pied d’une quatrième femme se discerne ; on peut donc en déduire qu’au moins trois femmes se trouvaient au premier plan, et une au second.

 

La face décorée étant émoussée, il est difficile de restituer le vêtement porté par ces dames, vraisemblablement une longue robe tissée en un lin fin et léger. En conséquence, l’abdomen et le nombril sont apparents. Leurs épaules sont recouvertes d’un long châle manteau plissé noué sous la poitrine, qui recouvre partiellement les bras. Les perruques et les vêtements féminins représentés sur le relief Co. 3061 n’apparaissent pas avant le milieu de la XVIIIe dynastie, cf. DRIOTON 1949.

Ils permettent de dater ce fragment de stèle de l’époque post-amarnienne, voire la fin de la XVIIIe dynastie (entre 1350 et 1300 av. J.-C.). Deux autres reliefs permettent de comprendre les codes vestimentaires des quatre figures. Sur un fragment de relief conservé dans les collections égyptiennes du Neues Museum de Berlin, un roi et une reine d’époque amarnienne sont représentés face à face. On peut y observer avec attention les vêtements de la reine, semblables à ceux du relief Co. 3061 : une robe transparente portée près du corps, qui laisse apercevoir les détails anatomiques, et un long châle plissé qui recouvre les bras et le haut du buste. (Voir à ce propos la statuette en quartzite du musée du Louvre, E 25409, qui représente sans doute la reine Néfertiti). Un détail sur le relief de Berlin permet de comprendre la manière dont ce châle est maintenu : il est noué sous le sein droit au moyen d’une ceinture colorée, dont on voit les deux pans qui descendent le long du châle. De plus, si on les compare avec l’image de la princesse officiant en compagnie d’Akhenaton sur la talatate en grès provenant d’Amarna (pierre de construction typique de la période) conservée au Brooklyn Museum de New York, les figures du groupe représenté sur le relief Co. 3061 seraient bien de très jeunes femmes (Inv. n° 60.197.1, Akhénaton et Néfertiti 2008, p. 53, fig. 12 et p. 250, Cat. N° 172).

 

L’état fragmentaire de l’objet permet difficilement d’émettre des hypothèses sur l’interprétation de la scène, que pourrait expliquer l’attitude particulière de ces femmes : scène de banquet, groupe de musiciennes ou attitude de recueillement. Le bras levé de la femme placée à l’arrière, avec la paume tournée vers l’extérieur, nous rappelle en effet la posture des Égyptiens pour effectuer la prière. Sur un fragment de stèle conservé au Metropolitan Museum of Art (05.4.2), qui date de la fin de la XVIIIe dynastie, Ouserhat et son épouse Néfertari sont agenouillés le sol, les bras levés en signe d’adoration. Les vêtements et la perruque de Néfertari sont similaires à ceux des femmes représentées sur Co. 3061.

 

Outre les dimensions modestes du relief Co. 3061, la présence de la ligne de registre dans la partie inférieure nous invite à penser qu’il s’agit peut-être d’un fragment de stèle égyptienne. Il est particulièrement intéressant de le comparer à un autre fragment de stèle présent dans la collection du musée Rodin, le relief Co. 908, sur lequel trois femmes sont assises sur les talons. Bien que le sujet traité soit identique, on remarque une nette différence de style entre ces deux fragments : à la représentation « classique » et plutôt rigide du fragment Co. 908, dont la datation remonterait au Moyen Empire, s’oppose une forme de maniérisme sur le fragment Co. 3061, que ce soit dans l’avancement du buste de la première femme ou dans la position du bras de sa compagne. Un certain naturalisme est aussi présent dans le détail des plis de l’abdomen et le traitement du nombril, tandis que le fait d’avoir placé les plantes de pieds vers l’extérieur est tout à fait particulier. Il faut également mentionner les habiles superpositions de plans, notamment l’effet de perspective rendu par l’ajout de la femme au second plan. On retrouve de tels effets dans les reliefs de la tombe du général Horemheb à Saqqara (fin de la XVIIIe dynastie), par exemple dans les représentations de groupes (membres de l’élite égyptienne, bureaux de scribes ou défilés de prisonniers).

Inscription

Anépigraphe.

Historic

Acquis par Rodin entre 1893 et 1913.

BOREUX 1913 : Hôtel Biron, 148, "Fragment plus grand, qui faisait partie du précédent. Long. Max : 22 cent. Estimé soixante francs avec le 147". (précédent 147 : "Très petit fragment en pierre calcaire. Restes de personnages ayant les bras levés. Style de Tell El Amarna. Haut. max : 13 cent. Larg. Max. 10 cent. Estimé soixante francs avec le 148")

Donation Rodin à l’État français 1916.

Historic comment

Le relief fut exposé à l’hôtel Biron, parmi les chefs-d’œuvre de la collection égyptienne, là où Charles Boreux le décrivit à l’été 1913 dans l’inventaire qu’il fit en vue de la donation à l’État français.

 

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