Planche de momie anthropoïde

Au nom de Nana, scribe du temple

Égypte > Provenance inconnue, peut-être Deir el-Medineh
Nouvel Empire > Époque ramesside
H. 185 cm ; L. 51 cm ; P. 20 cm
Bois stuqué et polychromé
Co.871
 

Comment

State of preservation

Bon état général, malgré l’absence des pieds du défunt. Les teintures du bois et les détails peints sont très bien conservés.

Description

Couvercle de momie anthropoïde réalisé en bois, à l’image d’un scribe du temple peut-être nommé Nana. Le défunt est représenté dans un costume de vivant, une grande tunique en lin blanc qui recouvre complètement ses jambes jusqu’aux chevilles et une partie de ses bras. Les deux pieds sont joints, les bras tendus et les mains posées à plat sur le haut des cuisses. Hormis la perruque, le visage, les bras et les pieds qui sont traités en relief, alors que tous les autres éléments sont peints directement sur le bois. À l’arrière, le couvercle en bois apparaît ceux, permettant d’envelopper une grande partie du corps momifier du défunt. Cette face interne est recouverte d’une résine noire et brillante.
 
Ce couvercle en bois représente un homme au visage rond, au centre duquel se développe un nez disproportionné. Il est coiffé d’une perruque noire à deux retombées dont le pan supérieur arbore des mèches crantées. Les cheveux de la partie inférieure sont, quant à eux, traités sous la forme de petits rectangles verticaux et disposés en quiconque. La coiffure est parée d’un bandeau floral qui a, malheureusement, aujourd’hui quasiment disparu. Celui-ci est composé d’une frise de feuilles lancéolées et de fruits.
La poitrine est ornée d’un très large collier ousekh à motifs floraux réalisés à l’aide de perles ovales et de feuilles lancéolées. La parure couvre les épaules et en partie du torse. Par dessus, un collier de perles ovoïdes et rondes soutenant un lourd médaillon quadrangulaire est ajouté. Il s’agit d’un « pectoral » en métal en forme de chapelle, sur lequel deux nœuds-tit (ou « nœud d’Isis ») sont représentés. Ce type de bijoux est généralement orné de scènes mythologiques ou, comme ici, de symboles, en lien avec la résurrection.
 
Le défunt est vêtu d’une robe longue et ample en lin fin, dont les manches recouvrent une partie des bras. Les nombreux détails de plis sont signifiés par des traits d’ocre.  La tunique est recouverte d’un châle qui enserre la taille et dont le nœud est masqué par la colonne de hiéroglyphes qui se développe du ventre au bas du vêtement. Cette pièce de lin supplémentaire est signifiée à la fois par un léger relief, mais aussi par les nombreux plis tracés en orge rouge qui convergent en direction de l’entre jambes. Une légère dépression sert également à marquer le nombril. 
Les mains ont été particulièrement bien soignées par le sculpteur. Parmi les doigts extrêmement longs et droits, seuls les deux pouces présentent une courbure élégante et rappellent les représentations en deux dimensions du Nouvel Empire. Les doigts sont achevés par des ongles bien marqués et distingués du reste des mains grâce à l’emploi d’une ocre beige. Les poignets sont ornés de bracelets, des parures qui accentuent l’aspect longiligne des membres.
 
Enfin, les pieds du défunt sont manquants, seules les encoches encore identifiables permettent de restituer leur inclinaison. Ils étaient, donc, à l’origine, posés à plat sur une planchette de bois, offrant ainsi l’impression que le défunt pouvait se tenir debout.
 
 
La perruque à pans et le vêtement du défunt, une grande robe en lin fin avec manches, sont des éléments typiques de la fin de la XVIIIe dynastie et surtout de l’époque ramesside. Pour cette période, la majorité des cercueils provient de la région thébaine, notamment de Deir el-Medina où le fameux sarcophage de Sennedjem a été découvert en 1886 (CGC 27308).
 
À l’époque ramesside, le cercueil anthropoïde est devenu la norme. Apparu à la fin de la XVIIIe dynastie, ce nouveau type est caractérisé par des teintes vives recouvertes d’un verni transparent qui, s’étant généralement dégradé avec le temps, peu donner un ton jaunâtre à la surface. Au cours des XIXe et XXe dynasties, un ou deux cercueils par personne était la norme, bien qu’un nouvel élément vienne s’ajouter à l’équipement funéraire : un couvercle de pleine longueur en forme de momie, placée directement sur le corps recouvert de bandelettes. Deux types de couvercles sont connus pour l’époque ramesside. 
Le premier consiste en deux pièces de bois ou en cartonnage. La moitié supérieure comprenait le masque facial, le collier et les bras croisés sur la poitrine, tandis que la partie inférieure était décorée comme un couvercle de cercueil avec des scènes funéraires. Ces planches ajourées semblent plutôt dater du règne de Ramsès II. 
Le second type, auquel appartient le couvercle Co. 871 du musée Rodin, est constitué d’une seule couverture rigide en bois, stuqué et peint, recouvrant le défunt de la tête aux pieds. Un second morceau de bois, jointé aux chevilles, était employé pour la représentation des pieds. On le désigne généralement sous les termes « planche de momie » ou « couvercle-planche ». Ce couvercle était alors posé directement sur la momie du défunt, avant que celle-ci ne soit placée dans le ou les cercueil(s). Il s’agit d’une représentation naturaliste du défunt, dans ses habits de vivant. Les hommes sont donc vêtus d’un pagne de lin blanc ou d’une longue robe, comme durant leur vie sur terre. Ils peuvent également porter une barbe courte, comme Sennedjem, et disposer leurs mains sur les cuisses ou croisées sur la poitrine. 
 
Plusieurs planches de momies découvertes à Deir el-Médineh sont comparables avec celle conservée au musée Rodin. Celle de Sennedjem le montre vêtu d’un pagne long, coiffé d’une perruque tripartite, paré d’un large collier ousekh et les deux mains posées sur les cuisses. Cependant, on remarque plusieurs différences avec le couvercle du musée Rodin, comme l’absence de la colonne de hiéroglyphes au centre et de robe recouvrant le haut du corps, ou encore le port de la barbe.
Ainsi, le couvercle du musée Rodin semble plutôt proche de celui conservé au musée des Arts royaux de Bruxelles (E.6878), au nom de Khây. Le défunt est, en effet, représenté portant une longue robe blanche plissée à manches courtes, recouverte d’un châle noué à l’avant. Les pieds sont également manquants. 
 

Historic

Acheté par Rodin le 19 décembre 1907 pour 105 Frs. Ce couvercle fait partie de la donation Rodin 75. Il est conservé dans la galerie haute de la « chapelle » où les variations d’humidité relative sont très importantes.

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