Sarcophage - Cuve d'Osiris accompagné de son épouse Isis

Egypte > provenance inconnue

Époque hellénistique et romaine

[VOIR CHRONOLOGIE]

H. 12,5 CM L. 5,3CM  P. 4,4 CM

Calcaire gris

Co. 5627

Comment

State of preservation

L’objet est en très mauvais état de conservation. Brisé en deux fragments jointifs recollés, sa surface est très émoussée. De nombreuses cassures et de nombreux éclats parsèment l’objet. Un fragment manque sur le rebord du sommet droit et à l’orifice inférieur de la cuve. Tout le côté gauche du sarcophage correspond à une cassure. Des traces d’outils sont observables dans la cavité. Aucune trace de polychromie n’a été décelée.

 

Description

Cette cuve de petites dimensions (12,5 cm de hauteur), a été taillée dans un calcaire gris, aujourd’hui friable. Elle adopte la forme d’un sarcophage. Au revers on distingue un haut-relief figurant deux personnages se tenant debout, les pieds reposant sur une base. Osiris se tient à gauche, Isis à droite. Toutes les proportions sont exagérément allongées. Osiris, le dieu des morts, est nettement plus grand et domine la scène. Présenté sous son aspect momiforme, il est gainé dans un linceul, bras repliés sur la poitrine, tenant un  sceptre-héqa, regalia pharaonique en forme de crosse. Il est coiffé d’une haute couronne Atef. Isis apparaît à ses côtés, debout, bras allongés le long du corps. Elle arbore la coiffe hathorique et un disque solaire. Féminine et élancée, coiffée d’une perruque tripartite, elle semble nue ; l’état de conservation très érodé de sa représentation ne permet plus de discerner sa robe moulante. Isis est presque deux fois plus petite que son époux Osiris. Cette disproportion est en partie compensée par la hauteur vertigineuse de la couronne de la déesse.

 

Osiris est une des divinités les plus importantes du panthéon égyptien. Au IIe siècle, Plutarque rédige De Iside et Osiride, seul récit presque complet de la légende osirienne. Nous devons aussi notre connaissance du mythe et du culte d’Osiris à d’autres auteurs classiques tels que Hérodote, Strabon, ou encore Diodore de Sicile. Plutarque nous raconte comment Osiris fut mis au monde par Nout le premier des cinq jours épagomènes et comment il apporta la civilisation au peuple d’Egypte. Mais Seth, son frère jaloux, fit construire un sarcophage à ses dimensions et promit, lors d’un banquet, de l’offrir à celui qui pourrait s’y allonger. Quand ce fut le tour d’Osiris, il referma le couvercle, le fit jeter dans le Nil où il atteignit la mer par la branche Tanitique. Sa sœur et épouse, Isis, apprenant qu’il était arrivé à Byblos, parti le rechercher. Une nuit, Seth le retrouva et le découpa à la hache en quatorze morceaux qu’Isis partit ensuite chercher dans les marais du Delta. Elle aurait offert une sépulture à chaque morceau ou bien, selon d’autres, elle aurait fabriqué des simulacres du corps afin que son époux soit adoré dans toutes les villes d’Egypte. Néanmoins, elle ne put retrouver le phallus, dévoré par le pagre, l’oxyrhynque et le lépidote. Plutarque ne mentionne par la confection d’un faux phallus par Isis et l’union posthume des deux dieux, qui engendreront ce jour-là Horus, certaines représentations montrant Isis sous la forme d’un milan planant au-dessus du corps de son défunt époux.

 

Dès lors, Osiris, tué par son frère Seth, devint le dieu des morts et du jugement des défunts avec comme particularité de n’être associé à aucune forme animale. Dieu ressuscité grâce à Isis, il est également celui de la renaissance et de la végétation, Il est presque toujours représenté de façon momiforme, portant la couronne-atef, la couronne-henou, le némès, le disque solaire ou lunaire, des sceptres, un uraeus ou parfois ayant la partie supérieure de son corps remplacé par un pilier-djed. Le dieu est également reconnu dans la constellation d’Orion tandis qu’Isis se manifeste en Sothis, l’étoile annonçant l’inondation. Si l’étymologie de son nom Wsjr reste énigmatique, sa graphie, comportant un trône, souligne le caractère siégeant de la divinité, tout comme Isis dont le nom s’écrit par l’idéogramme d’un siège.

 

Au premier millénaire, Osiris fit l’objet d’un culte plus prestigieux que celui d’Isis. En effet, lors des périodes de troubles et de déclins politiques, Osiris, dieu ressuscité, polarisait les espoirs d’une population et son besoin d’une religion de salut. Sa personnalité et ses rites se démultiplièrent alors, les rituels variant en fonction des localités ; certaines formes du dieu sont d’envergure nationale tel qu’Osiris d’Abydos. Si peu de temples lui furent consacrés, chaque grand sanctuaire se vit doté d’une chapelle dédiée à son culte. Sous les Ptolémée, un temple lui fut construit ainsi qu’à la déesse Opet dans l’enceinte sacrée de Karnak. A l’époque impériale, un temple lui fut dédié ainsi qu’à Isis dans l’oasis de Kharga, à Douch.

 

Élaborée à l’origine à Abydos et à Bousiris, la fête de Khoïak était une des fêtes osiriennes les plus populaires. Les textes de Dendera nous rapportent qu’elle avait lieu le 4e mois de la saison des crues et Hérodote nous indique que les cérémonies, nocturnes, commémoraient la quête d’Isis partie recueillir les différentes parties du corps d’Osiris. Elle illustre également un aspect secondaire d’Osiris, l’aspect agricole, ainsi que son association à Népri, dieu des moissons. Des figurines du dieu étaient façonnées en terre ainsi que des « jardins d’Osiris », nom donné à des cuves qui prenaient la forme du dieu gainé, emplies de terre et où des graines étaient semées. Le rituel avait lieu dans les chapelles osiriennes de différents temples. La végétation qui en poussait symbolisait la fertilité, aspect essentiel de la personnalité d’Osiris. Ces cuves pouvaient également avoir l’aspect de sarcophage, sur lequel était gravé la représentation d’Osiris avec ou sans Isis. Le sarcophage symbolise le ventre de Nout, permettant à Osiris de renaître. Le 26e jour des cérémonies correspondait au point culminant du rite, étant celui de la fête de Sokar-Osiris, jour de la renaissance du dieu. Dans la nuit du 30ème jour, les moules étaient enfouis et les végétaux ayant poussé des « jardins d’Osiris » jetés à l’eau. C’était la clôture du cycle des mystères d’Osiris.

 

Co. 5627 serait donc à voir comme l’un de ces sarcophages. La partie interne étant creusée en forme d’obélisque et un orifice circulaire ayant été ménagé dans la partie inférieure de la base sur laquelle les époux divins se tiennent, il lui a peut-être été prévu comme fonction celle d’un « jardin d’Osiris », cuve d’Osiris végétant destinée à participer à la fête de khoïak. C’est par cet orifice que s’écoulaient -virtuellement- les humeurs fertilisantes du dieu momiforme ainsi que les eaux purificatrices versées sur le sarcophage pendant les libations.

 

La collection égyptienne du musée Rodin ne possède pas d’objet similaire. La plupart des cuves d’Osiris végétant retrouvées sont en terre cuite à l’instar de celle conservée sous le numéro d’inventaire 20.2.30 au Metropolitan Museum of Art de New York.

 

Inscription

Anépigraphe.

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