Relief funéraire en creux

Jeune femme debout, tournée vers la droite

Egypte > provenance inconnue

Fin de l’Ancien Empire à Moyen Empire

H. 19,1 CM : L. 9,7 CM P. 3,2 CM

Grès géologique

Co. 3048

Comment

State of preservation

L'œuvre est en bon état de conservation. Le fragment est cependant cassé au niveau des chants supérieur et droit. Toute la partie supérieure est brisée. On observe de nombreuses traces d’impacts sur l’ensemble de la surface. Le revers a été retravaillé ainsi que les chants, dont aucun n’est d’origine.

Description

Sur ce fragment de scène gravée en creux, un personnage féminin se tient debout, placé devant la jambe d’un personnage masculin représenté à une échelle très supérieure. Les parties supérieure et droite du décor ont disparu dans une cassure. Les parties gauche et inférieure ont été reprises à l’outil. Les nombreuses petites traces d’outils indiquent que ce relief a été déposé. Il appartenait à une composition murale plus large, située probablement dans une tombe.

 

Les deux personnages sont tournés vers la droite. La femme est coiffée d’une perruque tripartite à longues mèches et est vêtue d’une longue robe-fourreau à bretelle qui laisse apparaître son sein gauche, vu de profil. Elle est parée d’un collier court, placé contre son cou et composé de trois rangs de perles serrées. Ce type de collier ras (appelé parfois « collier de chien » par les élégantes), souvent accompagné de bracelets à rangs multiples, apparait dès le début de l’Ancien Empire et reste très populaire au début du Moyen Empire (voir par exemple les anneaux d’or conservés au musée égyptien du Caire (Inv. N° JE 92655-53, 56 et 70 ; ART EGYPTIEN 1999, Cat. 19 a, b et c p. 164) ainsi que les bracelet en ivoire conservés au British Museum (Inv. N° Ea 68316, 68317 et 68318 ; ART EGYPTIEN 1999, Cat. 20 a, b et C p. 165). Sur un fragment de stèle conservé dans la collection égyptienne du musée Rodin (Inv. N° Co. 908), trois dames, aux perruques et robes proches de celle de la femme du relief Co. 3048, portent aux poignets ces bracelets multiples (http://egypte.musee-rodin.fr/fr/collections/reliefs/co-908). En dépit de son allure juvénile, la robe moulante et la parure seyante indiquent que le personnage féminin représenté sur le fragment Co. 3048 est une jeune femme pubère et non plus une enfant. Son bras droit est allongé le long de son corps. L’état de conservation actuel du fragment ne permet pas de distinguer avec certitude de bracelet au niveau de son poignet. Elle tient son bras gauche replié devant elle. Un éclat a emporté l’objet qu’elle saisissait mais il est fort probable qu’elle tenait originellement une fleur de lotus portée à son visage.

 

La jambe du personnage se tenant derrière elle est de toute évidence masculine. L’homme est vêtu d’un pagne court dont toute la partie supérieure a disparu dans un éclat. L’absence du deuxième pied ainsi que la position générale de la jambe trahit une attitude dynamique. Il est possible que l’homme, propriétaire de la tombe d’où provient ce relief, ait été originellement représenté dans une scène dite de chasse et de pêche dans les marais, lançant un javelot en direction de gibier. Ce genre de scène, apparue à l’Ancien Empire sur les parois des tombes, resta populaire jusqu’au cours du Nouvel Empire. Il est également possible de suggérer que le petit personnage féminin représenté devant lui, membre de sa famille et invité à ce titre à figurer sur les reliefs de sa tombe, serait l’une de ses filles. Personnage secondaire du décor d’origine, elle est à présent placée au premier plan sur le fragment du musée Rodin.

 

Le style général rappelle les canons iconographiques de la fin de l’Ancien Empire ainsi que ceux du début du Moyen Empire.

Inscription

Anépigraphe. 

Historic

Acquis par Rodin auprès de l'antiquaire Joseph Altounian le 11 septembre 1912 ?

Donation Rodin 1916.

Historic comment

Ce bas-relief fut probablement acheté auprès de l’antiquaire Joseph Altounian qui l’expédia dans un lot d’objets le 31 août 1912 et le décrivit ainsi :  «  1 Relief en creux en coul femme deb. 100 » (ALT 147, archives musée Rodin).

 

L’antiquaire Joseph Altounian, écrivait à Rodin du Caire le 10 Août 1912 : « Cher Maître, J’ai l’honneur de vous faire savoir que je viens de rentrer aujourd’hui même au Caire après avoir accompli le voyage dans la Haute-Égypte dont voici les principales étapes. Éléphantine, Abydos, Phylae, Héracleopolis, Sakhara, Memphis, etc., ou j’ai séjourné pour recueillir pour votre collection des fragments de bas-reliefs, granit, calcaire, basalte, bref tout ce que j’ai jugé pouvant vous intéresser. Ce lot renferme 24 pièces des bas-reliefs et des reliefs en creux des grands et des petits, le tout appartenant aux différentes dynasties ayant régné dans les régions que j’ai traversées, plus 19 pièces de fragments en ronde bosse le tout présente la sculpture des meilleures dynasties. » J. Altounian était parti du Caire en juillet 1912, et l’on peut suivre son périple sur son agenda (archives Altunian) : Minieh, Mallawi, Assiout, Abou Tig, Assiout, Sohag, Achmim, Abou Tig, Baliana, Abydos, Baliana, Keneh, Kous, Louxor, Sohag, Achmim, Sohag, Mallawi, Le Caire, où il arriva le 7 août.

 

Le 28 Août 1912, Altounian écrit au sculpteur : « Cher Maître J’ai l’honneur de vous annoncer que je suis arrivée à Paris depuis quelques jours. Je me suis présenté 77 rue de Varenne mais on m’a dit que vous étiez absent ; jour cela. Je vous adresse la présente à votre adresse à Paris espérant qu’on vous la faira suivre. Donc je vous prie cher Maître de me dire le jour que vous rentrez à Paris afin que je vienne vous soumettre le bordereau avec la nomenclature des objets que je vous ai expédié du Caire.». Le 6 septembre, Altounian recevait de Rodin « la somme de frs 850 (huit cent cinquante francs) comme prêt pour m’aider à dégager les 6 caisses antiques de la Douane ; Monsieur Rodin n’est pas engagé à acheter ce lot d’antiquités s’ils ne lui plaisent pas. Il achètera que ce qu’il lui plaira.». Rodin choisit un grand nombre d’œuvres de ce lot dont le relief Co.3048 et versa à l’antiquaire 5000 francs le 11 septembre 1912.

 

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