Harpocrate assis

Égypte > provenance inconnue

Troisième Période intermédiaire à époque hellénistique et romaine

[VOIR CHRONOLOGIE]

H. 12,3 CM : L. 4,1 CM; P. 7,1 CM

Pierre noire

Co. 3419

Comment

State of preservation

Bon état de conservation général. La pierre est cependant très émoussée et les détails fortement érodés. On remarque de nombreux éclats et traces d’impact, ainsi qu’à certains endroits de fines traces blanches. Le côté gauche affiche un poli très marqué qui résulte peut-être d’une érosion différentielle de cette moitié lors de l’enfouissement, partiel, de la figurine.

Description

Le dieu Harpocrate est ici assis sur un siège à pilier dorsal, légèrement déporté sur la droite. En dépit des cassures parcourant l’objet et de la facture sommaire du siège, l’artiste a apporté un soin tout particulier aux traits du dieu-enfant : les proportions du corps sont harmonieuses, le nombril a été matérialisé avec soin. Les traits du visage ont en revanche presque totalement disparu. On ne distingue plus que les yeux.

Harpocrate est un dieu enfant égyptien : son nom n’est que la transcription en grec de « Hor-pa-khered » qui signifie littéralement « Horus-le-jeune-enfant ». C’est par ce nom que l’on désigne, à partir de la fin du Nouvel Empire, Horus en tant que fils né de l’union d’Isis et du défunt Osiris, afin de le distinguer d’une autre forme qui apparait dans d’autres mythes, celle de « Horus l’Ancien ». On reconnaît bien ici Harpocrate, grâce à la présence de la mèche torsadée qui retombe derrière son oreille droite, ainsi qu’à l’index porté à sa bouche. Ces deux éléments servent, dans l’iconographie égyptienne à signifier la petite enfance, et ce jusque dans l’écriture hiéroglyphique. Varron, au Ier siècle av. J.-C. est le premier à mentionner explicitement ce geste. Si les textes égyptiens n’ont pas besoin de le décrire, puisqu’ils le décodent sans difficulté, cet auteur romain, en revanche, le comprend comme une invitation au silence (Matthey, 2011, p. 545). Or, cette interprétation résulte d’un malentendu : le geste symbolisant le silence dans l’Égypte pharaonique n’est pas l’index, mais la paume entière portée à la bouche, comme dans le mot gr « se taire », ou encore le bras levé comme dans l’iconographie de l’Ancien Empire. Il faut plutôt voir dans le geste d’Harpocrate la représentation de l’idée de nourriture, ou bien de la succion d’un doigt par les nourrissons en remplacement du sein maternel, tout comme les bébés occidentaux sucent leur pouce.

Le dieu enfant est élevé par sa mère Isis dans les marais de Chemnis, à l’abri de son oncle Seth, responsable du meurtre d’Osiris, qu’Horus devra chercher à venger. Dès la XXIe dynastie, Harpocrate endosse un rôle de plus en plus important dans le panthéon égyptien et finit par englober les formes juvéniles non seulement d’Horus, mais également d’autres divinités. Il incarne ainsi le jeune soleil du matin, est assimilé à Nepri et à Min en tant que divinité liée à la fertilité, et personnifie l’héritier divin devant succéder à son père, ce qui réactive le lien qui l’unit à l’Horus de Nekhen ou « Horus l’Ancien », prototype de la monarchie égyptienne. Du fait d’un mythe où la magie de sa mère guérit Harpocrate d’une piqûre de scorpion, le dieu-enfant s’assimile également à Shed, dieu sauveur d’origine asiatique, aux vertus apotropaïques notamment face aux animaux dangereux et venimeux. C’est dans ce cadre qu’Harpocrate acquiert progressivement une valeur apotropaïque, complétée par celle du génie Bès, auquel il est fréquemment associé, notamment sur l’objet Co. 5610 du musée Rodin.

 

Les collections égyptiennes à travers le monde regorgent de figurines à l’effigie d’Harpocrate, extrêmement populaire tout au long du Ier millénaire. La collection égyptienne du musée Rodin possède une autre figurine très similaire sous le numéro d’inventaire Co. 2402. On peut aussi citer la figurine inv.no. A251 du musée Calvet. Tout comme elles, l’œuvre Co. 2343 possède un caractère votif évident. Son système de suspension permet d’envisager que cette effigie du petit dieu était suspendue dans un sanctuaire ou dans l’intimité d’un foyer. Ainsi, Harpocrate pouvait-il protéger le dédicant.

 

La représentation d’Harpocrate, un dieu qui émerge au Nouvel Empire, est courante durant le Ier millénaire av. J.-C. De même, le choix de la pierre noire, un matériau très favorisé pour la statuaire de cette période, permet de supposer que la figurine a été produite entre la Troisième Période intermédiaire et l’époque hellénistique. Le musée Rodin possède une autre représentation d’Harpocrate, cette fois en bas-relief et dans l’attitude classique d’« Horus-sur-les-crocodiles » (Co. 5610).

Inscription

Anépigraphe.

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