Lion-gardien couché, tourné vers la gauche

Égypte
Dernières dynasties période hellénistique et romaine 
H. 52 cm ; L. 93,5 cm ; P. 28,5 cm
Calcaire
Co. 1129

Comment

State of preservation

En raison d’une longue exposition en extérieur, dans le jardin de l’hôtel Biron à Paris, la statue est en mauvais état de conservation. La pierre présente des desquamations, des soulèvements et des boursouflures. Les volumes situés dans les zones de ruissellement sont très fortement érodés.

Description

Le lion, couché sur le flanc, repose sur un socle quadrangulaire. Sa tête est perpendiculaire à son corps et fait ainsi face au spectateur. Ses pattes antérieures sont croisées, tandis que ses pattes postérieures sont repliées, de façon à ce que la droite soit entièrement visible tandis que l’on aperçoit seulement une partie de la gauche. Enfin, la queue de l’animal repose longitudinalement sur le socle. Le lion est donc figuré calme, dans une attitude de repos. 
L’ensemble de cette statue est réalisé assez grossièrement, laissant apparaître un minimum de détails. Ainsi, la crinière est-elle seulement marquée par quelques traits et les modelés des membres semblent sommaires. Les yeux et le museau sont peu détaillés, la gueule est fermée.
 
Le lion est un sujet fréquemment représenté dans l’art égyptien dès le prédynastique. Même si la désertification du pays a provoqué son exode vers le sud au cours des hautes périodes, l’animal demeure dans l’imaginaire des Égyptiens un symbole de puissance jusqu’aux époques tardives. L’image asymétrique du lion couché apparaît sous le règne d’Amenhotep III, à la XVIIIe dynastie. Elle est reprise sous Toutankhamon, puis sous Ramsès II. Elle disparaît ensuite du répertoire monumental jusqu’à la XXXe dynastie, mais perdure sous la forme d’amulettes durant la Troisième Période intermédiaire et la Basse-Époque. En revanche, cette iconographie se répand dans tout le Proche-Orient et singulièrement à Chypre, au cours de l’époque achéménide.
 
Bien que la statue Co. 1129 soit très émoussée en surface, il est possible de la rapprocher des lions-gardiens exposés au Louvre et découverts dans le Sérapéum de Memphis (Saqqâra-Nord) par Auguste Mariette et datant du règne de Nectanébo II (Louvre N432A et N432B). Contrairement aux lions du Sérapéum, le lion du musée Rodin ne repose pas sa queue contre la base quadrangulaire. Au musée Grégorien du Vatican, deux lions similaires ont aussi été produits sous le règne de Nectanébo Ier (MV.22676 et MV.22677). Découverts à Hermopollis Parva, dans le Delta, ils ont été réalisés dans un bloc de granite. Ces deux lots de statues sont datés de la dernière dynastie égyptienne – la XXXe dynastie –, avant l’arrivée d’Alexandre le Grand dans le pays. Ces représentations de lions-gardiens, à la tête tournée vers l’entrée d’un bâtiment, allaient par paires. Sereins, maîtres de leurs forces, les félins en protégeaient l’accès. Cet élément architectural, représentatif de l’Égypte ancienne, a été repris jusqu’à nos jours comme décor dans différents bâtis.
 
Le musée Rodin conserve une statuette de lion qui peut être rapprochée de Co. 1129. La statue Co. 837 étant de dimensions bien plus modestes, il faudrait y voir un modèle de sculpteur plutôt que celle d’un ex-voto en forme de lion-gardien.

Inscription

Anépigraphe.

Historic

Acquis par Rodin auprès de l'antiquaire Joseph Altounian le 11 septembre 1912.

BOREUX 1913 : Hôtel Biron, 77, "Lion couché sur une base anépigraphe. Calcaire. Style des lions du Serapeum, la tête est très redressée, la moitié gauche de la gueule manque et la base est très abimée. Long. 94 cent. Haut. 55 cent. Estimé quatre mille francs."

Donation Rodin à l’État français en 1916.

Historic comment

Cette statue fut achetée auprès de l’antiquaire Joseph Altounian qui l’expédia dans un lot d’objets le 31 août 1912 et le décrivit ainsi :  « 1 Lion modèle de sculp. couché (long. 0,80 cm) calcaire socle de la même matière. Il a été trouvé à Memphis, l’attitude de l’animal est très fière, le travail est fini, XVIII e dyn. Epoque à laquelle la sculpture animalière a atteint la plus haute perfection 1800 » (ALT 147, archives musée Rodin).

 

L’antiquaire Joseph Altounian, écrivait à Rodin du Caire le 10 Août 1912 : « Cher Maître, J’ai l’honneur de vous faire savoir que je viens de rentrer aujourd’hui même au Caire après avoir accompli le voyage dans la Haute-Égypte dont voici les principales étapes. Éléphantine, Abydos, Phylae, Héracleopolis, Sakhara, Memphis, etc., ou j’ai séjourné pour recueillir pour votre collection des fragments de bas-reliefs, granit, calcaire, basalte, bref tout ce que j’ai jugé pouvant vous intéresser. Ce lot renferme 24 pièces des bas-reliefs et des reliefs en creux des grands et des petits, le tout appartenant aux différentes dynasties ayant régné dans les régions que j’ai traversées, plus 19 pièces de fragments en ronde bosse le tout présente la sculpture des meilleures dynasties. » J. Altounian était parti du Caire en juillet 1912, et l’on peut suivre son périple sur son agenda (archives Altunian) : Minieh, Mallawi, Assiout, Abou Tig, Assiout, Sohag, Achmim, Abou Tig, Baliana, Abydos, Baliana, Keneh, Kous, Louxor, Sohag, Achmim, Sohag, Mallawi, Le Caire, où il arriva le 7 août.

 

Le 28 Août 1912, Altounian écrit au sculpteur : « Cher Maître J’ai l’honneur de vous annoncer que je suis arrivée à Paris depuis quelques jours. Je me suis présenté 77 rue de Varenne mais on m’a dit que vous étiez absent ; jour cela. Je vous adresse la présente à votre adresse à Paris espérant qu’on vous la faira suivre. Donc je vous prie cher Maître de me dire le jour que vous rentrez à Paris afin que je vienne vous soumettre le bordereau avec la nomenclature des objets que je vous ai expédié du Caire.». Le 6 septembre, Altounian recevait de Rodin « la somme de frs 850 (huit cent cinquante francs) comme prêt pour m’aider à dégager les 6 caisses antiques de la Douane ; Monsieur Rodin n’est pas engagé à acheter ce lot d’antiquités s’ils ne lui plaisent pas. Il achètera que ce qu’il lui plaira.». Rodin choisit un grand nombre d’œuvres de ce lot dont la statue Co.1129 et versa à l’antiquaire 5000 francs le 11 septembre 1912.

La statue fut exposée à l’hôtel Biron, parmi les chefs-d’œuvre de la collection égyptienne, là où Charles Boreux la décrivit à l’été 1913 dans l’inventaire qu’il fit en vue de la donation à l’État français.

 

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