Modèle de sculpteur – Plaque représentant un roi

Egypte > provenance inconnue

Nouvel Empire à Basse Epoque ou époque ptolémaïque

[VOIR CHRONOLOGIE]

H. 11,6 CM; l. 11, 6 CM ; ép. 3,4 CM

Calcaire gris

Co.3059

Commentaire

Etat de conservation

L’œuvre est cassée sur les côtés. L’épiderme de la pierre est altéré à cause de l’humidité, notamment sur les pleins. De nombreuses griffures s’observent en surface.

 

Description

Modèle de sculpteur destiné à guider l’artisan dans la réalisation de reliefs, ce bloc comporte trois faces décorées. Chacune des faces est différente. Le chant supérieur a été aplani, le chant inférieur laissé brut.

La première face –la face A- correspond au visage d’un homme, vu de profil. La représentation s’arrête net au niveau de la coiffe. L’image correspond très vraisemblablement à celle d’un roi, tourné vers la gauche. La taille du visage est importante (11,6 cm de hauteur) et occupe toute la surface du bloc de calcaire. La coiffe n’est pas identifiable ; il peut s’agir de la base d’une couronne comme celle d’un némès. La ligne sommitale de cette coiffe rejoint en diagonale l’extrémité supérieure de l’oreille. Au-dessus, l’espace a été laissé vierge de tout décor. L’oreille, au modelé détaillé, est travaillée avec soin. L’œil, représenté de face, est profondément gravé ; la pupille a disparu dans un éclat. Il est cerclé d’un long trait de fard qui s’étend jusqu’à la tempe. Le sourcil est épais, aligné sur les traits de l’œil. Il présente des traces de repentirs, non estompés par l’artisan. Le nez et la bouche ont disparu dans une cassure, seule se distingue encore la commissure des lèvres. Les joues semblent pleines, le menton épais. Le modelé des chairs est souple (voir en particulier au niveau de la joue). Des traces d’outils subsistent le long de la nuque. La forme des différents éléments composant le visage suit un modelé net et précis, suggérant un souci pédagogique. De la terre de fouille est conservée dans les creux du visage.

Le profil s’enchâsse parfaitement dans un bloc de remploi (voir infra, descriptif de la face C). Ce fragment de calcaire a été par ailleurs scié à une époque ultérieure dans sa partie supérieure et inférieure (tentative de séparation des deux faces du bloc lors de leur mise sur le marché de l’art à l’époque contemporaine ?).

Sur l’autre face –la face B-, un buste, de profil également, a été gravé en relief sur un fond badigeonné de gris pâle. La surface de la pierre est émoussée, en particulier dans les parties inférieures du visage.

Le tracé précis et le travail délicat de la pierre soulignent l’expérience de l’artisan, maître des techniques du haut-relief. Les dimensions du personnage représenté sont moindres que sur l’autre face et le travail est resté  inachevé. Il s’agit probablement de l’image d’un roi, ou d’une reine, tourné vers la gauche, au front ceint d’un bandeau, au crâne recouvert d’une imposante coiffe qui va en s’arrondissant sur la nuque. Ce renflement suggère qu’elle est composée d’une matière textile. Il s'agit peut-être d'une coiffure-ibès. Le modelé des chairs est délicat, les proportions bien respectées. L’œil, représenté de face, est étiré en amande et cerclé d’un épais trait de fard qui s’allonge jusqu’à la tempe. La ligne de sourcil souligne l’élégance du regard. Le profil du nez est aquilin, la bouche souriante. L’oreille, nettement plus grande que les traits du visage, se détache nettement sur la coiffe. Bien conservée, quoique légèrement émoussée en surface, elle atteste d’un travail de finition abouti. Un trou circulaire représente l’orifice du conduit auditif externe. Profond, il contient de la terre de fouille. Malgré l’état de conservation médiocre de la partie inférieure du bloc, il est possible de comprendre que cette représentation correspond à un buste. Contrairement au visage, le torse a été laissé sans décor et les épaules sont visiblement absentes, remplacée par la ligne courbe du buste dont la partie arrière a disparu dans une large cassure (sur des modèles de sculpteurs sous forme de buste, voir les rondes bosses musée Rodin Co. 786 et Co. 829 (rois), ou Co. 826 (déesse ou reine divinisée). Comme pour le profil du roi de la face A, les courbes du personnage s’ajustent à un fragment de pierre antérieurement taillé. La ligne du sciage contemporain, qui rejoint celle de la partie inférieure de l’œuvre, s’y distingue.

Si les profils des faces A et B suivent l’iconographie du Nouvel Empire, il est vraisemblable d’y voir une œuvre archaïsante de la Basse Epoque.

Dans l’épaisseur du bloc, un troisième décor se distingue à l’arrière des profils royaux. Vestige d’une première gravure, il correspond à une phase antérieure d’utilisation du bloc et atteste de son remploi pour la représentation des profils royaux des faces A et B.

Composé d’écailles légèrement incisées, son orientation est inverse de celle des deux faces royales. Ce décor, que l’on peut appeler face C, semble correspondre soit au plumage d’un oiseau (pour comparaison, voir l’oiseau-ba  de la Glyptothèque Ny Carlsberg de Copenhague Inv. N° ÆIN 1279 acquis en 1911 en Egypte par Carl Jacobsen (JØRGENSEN 2009 a, N° 111 p. 256-257), soit aux écailles d’un reptile ou d’un saurien (pour comparaison, voir la statuette de crocodile de la Glyptothèque Ny Carlsberg de Copenhague Inv. N° ÆIN 274 (JØRGENSEN 1998, N° 147 p. 346-347), voire au pelage d’un bélier comme sur le modèle de sculpteur figurant une statuette de bélier de la Glyptothèque Ny Carlsberg de Copenhague Inv. N° ÆIN 248 (JØRGENSEN 2009 a, N° 144 p. 314).

L’ensemble a été installé à l’époque contemporaine sur un socle en bois. Comme pour l’encadrement du modèle de sculpteur à double-face musée Rodin Co. 5838, il s’agirait vraisemblablement d’une réalisation du sculpteur japonais Kichizo Inagaki, effectué à la demande de Rodin. L’utilisation d’un bois exotique, ainsi qu’une conception légère et peu intrusive, correspondent en effet à la sensibilité qui caractérise son travail. La structure des deux supports est cependant complètement différente. Pour le modèle de sculpteur Co. 5838, elle est pivotante, permettant ainsi de regarder chacune des deux faces, sculptées tête-bêche, dans le bon axe. Elle est au contraire fixe pour le Co. 3059, les deux faces étant taillées recto-verso. D’autre part, contrairement au modèle de sculpteur Co. 5838 qui reste enchâssé dans le support conçu par K. Inagaki, le système du Co. 3059 est composé en trois parties emboîtées qui laissent le bloc de pierre libre de son support.

Le numéro d’inventaire actuel est inscrit à l’encre noire sur pellicule isolante au bas d’une des tranches.

La collection égyptienne du musée Rodin ne possède pas de modèle de sculpteur similaire.

Des plaques à double-faces, utilisées comme modèles de sculpteurs, sont assez fréquentes du Nouvel Empire à la période hellénistique et romaine. Un exemple ptolémaïque est conservé au Metropolitan Museum of Art de New York sous le numéro d’inventaire 07.228.3.

Inscription

Anépigraphe. 

Historique

Acquis par Rodin entre 1893 et 1913.

BOREUX 1913 : Hôtel Biron, 43, "Modèle en creux représentant une tête royale tournée vers la gauche, coiffée de [dessin] (cf. le n° 35) le haut de la coiffure manque. Calcaire. Haut. 13 ; Larg. 12. Estimé deux cent cinquante francs."

Donation Rodin à l'État français 1916.

< Retour à la collection